Acteurs culturels

Inviter un auteur : mode d'emploi

Faire découvrir des livres lors d’une rencontre d'un auteur avec un public est un moment essentiel de la vie d’une bibliothèque. L’organisateur devient le passeur. Il remplit alors une part des missions de lecture publique inscrites dans le manifeste de l’Unesco sur la bibliothèque publique.

Pourquoi inviter des auteurs ?

Une rencontre avec un auteur, c'est un jeu à trois :

  • un auteur
  • des livres
  • un public

Le bibliothécaire organisateur devient le passeur.

Sa tâche est de faire découvrir le travail des écrivains, leur permettre de rencontrer des lecteurs, et de conduire les lecteurs aux livres des auteurs.

Il s'agit aussi de faire connaître l'auteur comme acteur de la vie commune. La littérature n'est pas un monde à part. Les interrogations que portent le travail et l’œuvre d'un auteur, ses cris, la beauté qu'il fait voir, tout cela est aussi l'affaire du plus grand nombre.

Dans tous les cas, il s'agit d'« être dans la langue qui s’invente aujourd’hui », d’« agrandir les terres de lecture ».

(Jean-Gabriel Cosculluela)

Que faire avec des auteurs ?

L'invitation peut-être ponctuelle : rencontre en bibliothèque, dans une classe, sur un salon du livre, dans le cadre d’un café littéraire ou philosophique, une lecture publique ou une présentation d’ouvrages.

Il peut s'agir d'une collaboration plus longue : ateliers d’écriture, résidence d’écrivain, commande de texte.

Quel que soit le type d'intervention, il faut avoir un projet clair : pourquoi cet auteur ? Quelle mise en œuvre construire avec lui ? Quelle communication, quels partenaires ? Un vrai désir de transmettre ces livres doit préexister.

Quels types de projets ?

Il n’y a pas de projets types : chaque auteur a sa personnalité, sa sensibilité, son savoir faire. Il est donc bon et agréable de penser et de construire le projet avec l'auteur. Même une simple rencontre se prépare : valoriser les livres en amont, faire un dossier de presse, des affiches, collecter des impressions de lectures, des chroniques en ligne, imprimer et donner des citations fortes, tout peut stimuler la curiosité des lecteurs.

Inviter un auteur nécessite une préparation :

  •  acquisition et mise en évidence des ouvrages,
  • rencontres préalables entre lecteurs pour discuter des livres,
  • communication par voies diverses sur une géographie élargie,
  • sensibilisation des scolaires s’il s’agit d’un auteur pouvant les intéresser,
  • information à l’adresse des associations concernées par le livre (Amis des bibliothèques, cercles littéraires, clubs de poésie, etc.), d'autres associations en fonction des thématiques abordées
  • implication d’un libraire en amont pour la communication, mais également le jour de la rencontre pour une vente dédicace.

Un comédien ou un lecteur peut être sollicité pour lire des extraits de textes si l’auteur ne souhaite pas lire lui-même.

Enfin, ce type d’action, comme beaucoup d’autres, trouve son public et sa forme dans la durée. En faire un rendez-vous régulier, c’est inscrire ce rendez-vous dans des habitudes de sortie et récolter les fruits d’un bouche-à-oreille.

La venue d’un auteur dans une classe se prépare pareillement en définissant les objectifs de la visite, en instaurant un partenariat avec l’enseignant, en faisant lire un ou plusieurs livres de l’auteur, voire en étudiant plus en détail l’un d’eux. Cela semble aller de soi, pourtant les contre-exemples sont légion.

Les projets de plus grande envergure ou de plus longue durée - atelier d’écriture, résidence, s’élaborent en concertation avec l’auteur tant pour la définition du contenu intellectuel, de l’action envisagée, que pour le  budget prévisionnel. Ils se pensent aussi en lien étroit  avec la politique culturelle de l'établissement. Ficeler par avance un projet, aussi intéressant soit-il, et le proposer ensuite unilatéralement à un auteur, est voué à l'échec.

Cela est aussi vrai pour la programmation d' ateliers d'écriture : chaque auteur a des manières de faire, des facilités avec tel ou tel public (jeunes, adultes, personnes en difficultés, etc) Il n'y a pas deux ateliers d'écriture qui se ressemblent. S’il est clair que dans tout atelier on compose avec les mots, les registres et les finalités de l’écriture divergent  d’un atelier à l’autre. Il est indispensable de réfléchir à chacun de ces facteurs, d’autant qu’ils conditionnent entre le nombre de séances et, par conséquent, le budget à prévoir.

Pour ce qui est des résidences, on peut s'en tenir à ce qu'en disent Geneviève Charpentier et Jean Guiloineau dans l’introduction à leur « Guide des aides aux écrivains », à savoir qu’une résidence d’écrivain « est destinée à encourager les écrivains à poursuivre leur œuvre personnelle dans un contexte géographique inhabituel, et de s’associer aux activités culturelles généralement proposées par la structure d’accueil. » (cf. Références). Il n’y a donc pas de résidence type, chacune s’élaborant en fonction de critères et d’objectifs différents, et chacune s’élaborant en concertation avec l’auteur pressenti. Pour s'en persuader, il n'y a qu'à parcourir la rubrique des résidences menées sur notre département.

Les projets de résidence sont par ailleurs sous-tendus par la volonté d’aider matériellement un auteur en l’accueillant dans de bonnes conditions. Ainsi les résidences mises en place par la la Région Île-de- France en partenariat avec le Département de Seine-et-Marne, prévoient que l'auteur pourra consacrer 70% de son temps de séjour à son propre travail de création, les 30% restants étant consacrés à un projet d’action culturelle élaboré par les deux parties. 

Le choix de l'auteur

La question du choix de l'auteur invité est cruciale.

Ce choix peut être déterminé par la connaissance que l'on a de l’œuvre et le désir de la faire connaître. Il peut enfin émaner d’un projet d’équipe et d’un travail avec des partenaires.

Il faut ensuite, dans la discussion avec l'auteur, évaluer la possibilité qu'il y a de réaliser le projet envisagé avec lui.

Certains auteurs peuvent être empêchés pour des raisons de temps, d’éloignement, de santé, etc. D’autres exercent un métier à plein temps et préfèrent consacrer leurs moments libres à écrire plutôt que parler.

Différents canaux sont possibles pour entrer en relation avec un auteur.

  • à l’occasion de manifestations autour du livre, salons et autres fêtes, ou lors d’actions culturelles menés dans d'autres villes, d'autres départements, ou même d'autres régions peuvent être sources de renseignements ou d’émulations.
  • via certaines institutions comme la Maison des Ecrivains et de la Littérature (MEL), la Société des Gens de Lettres (SGDL), la Charte des Auteurs et Illustrateurs ou Les Ecrivains Associés du Théâtre (EAT), qui font suivre les courriers aux intéressés à la condition toutefois que ces derniers y soient répertoriés (cf. Adresses). Les conseillers livre et lecture de la DRAC Ile-de-France (Direction régionale des affaires culturelles) peuvent aussi être sollicités.
  • le présent répertoire a pour objectif de montrer la diversité de la vie littéraire dans le département, mais également de faire connaître les auteurs qui y vivent et de faciliter un contact.
  • via Internet : beaucoup d'auteurs ont un site, ou leur travail est référencé sur d'autre sites. Il est, en tout cas, toujours intéressant de se renseigner sur un auteur via Internet, on y apprend souvent beaucoup de choses.
  • par l’intermédiaire de son éditeur. Il faut alors s’y prendre assez longtemps à l’avance.

Comment rétribuer les auteurs ?

Pour être reconnu comme auteur, La Maison des Ecrivains, la Société des Gens de Lettres, aussi bien que le Centre national du Livre posent comme première condition d’avoir publié au moins un livre à compte d’éditeur. Cela signifie que l’auteur n’a rien payé pour l'édition de ce livre. Cette pratique s'oppose à celle du compte d'auteur dans lequel l'auteur finance tout ou partie de la réalisation du livre.

La rémunération habituelle de l'auteur se fait sous le mode de droits d'auteur. Il perçoit un pourcentage du produit de la vente de ses ouvrages, soit généralement entre 5 % et 12 % du prix de vente public HT du livre.

L’auteur - qu’il exerce ou non un autre métier - est assujetti de facto à l’AGESSA. Chacune de ses rémunérations en droits d’auteur est donc soumise aux cotisations sociales.

Par ailleurs, un auteur peut décider, s’il répond à certaines conditions préalables, de demander son affiliation à l’AGESSA. En ce cas son statut principal sera celui d’artiste auteur et il bénéficiera d’une couverture sociale et d’avantages sociaux plus ou moins comparables à ceux d’un salarié. On parle alors d’auteur affilié à l’AGESSA.

Pour les diverses actions qu’il est amené à conduire en bibliothèques ou dans d’autres structures culturelles, un auteur peut être rémunéré selon trois modes : en salaire, en honoraires (à condition qu’il ait un numéro de Siret qu’il mentionnera sur sa facture), en droits d’auteur / revenus accessoires aux droits d’auteur selon son statut (affilié ou non à l’AGESSA) et la nature de la prestation.

Le mode de paiement dépend de la nature de l'intervention et du statut de l'auteur.

L’artiste auteur non affilié à l’AGESSA (mais néanmoins assujetti, c’est obligatoire) ne peut être rémunéré en droits d’auteur que si l’activité exercée relève de son statut de créateur : commande de textes ou d’illustrations, présentation de ses ouvrages, lecture publique de son œuvre. Toute autre activité - table ronde, débat, atelier d’écriture, animation - implique une rémunération en salaire ou en honoraires sur présentation d’une facture en bonne et due forme avec un numéro de Siret.

L’artiste auteur affilié à l’AGESSA peut être rémunéré en droits d’auteurs pour toutes les activités relevant de son statut de créateur, sans limite de plafond (ce sont ses droits d’auteur) ; il pourra en outre être rémunéré en droits d’auteur pour des activités annexes telles que participation à débat, table ronde, rencontre, animation d’atelier d’écriture… à la condition que l’ensemble des revenus tirés de ces activités annexes ne dépassent pas annuellement la somme de 6 919,00 euros (chiffre 2015) : on parle alors de « revenus accessoires aux droits d’auteur ».

Il faut noter que le mode de rémunération a une forte influence sur le budget des opérations puisque les taux de cotisations sociales sur les droits d'auteur sont de l'ordre de 12 % alors que ceux liés à une activité salariée sont d'environ 40 % des salaires bruts.

Il convient donc de prêter la plus grande attention à cet aspect administratif.

Face à la relative complexité du mode de rémunération en droits d’auteur, on peut avoir recours à un intermédiaire. En l’occurrence une association culturelle reconnue et habilitée de par ses statuts à traiter de la rémunération des auteurs. L'association présentera alors à la structure une facture d'intervention (majorée, le cas échéant, de la TVA et d'un pourcentage pour ses frais de fonctionnement). Il lui incombera ensuite de rémunérer l'auteur et de satisfaire aux obligations de cotisations sociales.

Note : les auteurs affiliés à l’AGESSA peuvent fournir une attestation d’affiliation téléchargeable à tout moment depuis le site www.agessa.org.

Les obligations de l'organisateur/diffuseur

S’il s’agit d’une rémunération en droits d’auteur ou revenus accessoires aux droits d’auteur, le diffuseur/organisateur doit se faire connaître auprès de l’AGESSA en remplissant un bordereau simplifié de déclaration d’existence (formulaire téléchargeable depuis le site de l’AGESSA).

En retour, il recevra un numéro d’identification qui devra figurer sur toutes ses déclarations. Sur ces dernières apparaît le détail des cotisations sociales que le diffuseur/organisateur prélève sur la rémunération brute de l’artiste-auteur et reverse à l’AGESSA.

S’ajoutent à cette somme qui correspond à environ 11 % de la rémunération brute de l’auteur, la contribution diffuseur, soit 1% du montant brut des droits versés à l’auteur, et la contribution diffuseur à la formation professionnelle des auteurs, soit 0,10% du montant brut des droits versés à l’auteur. Comme indiqué, ces deux contributions sont à la charge du diffuseur et ne doivent en aucun cas être prélevées sur la rémunération de l’auteur.

Important : sur le site de l’AGESSA (www.agessa.org) une page propose un simulateur de cotisations qui s’avère des plus utiles. Avec un tel outil, impossible de se tromper !

Notez que la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse propose également un « outil magique » permettant de calculer les cotisations dues : cf. http://la-charte.fr/le-metier/rencontres/article/l-outil-magique.

Les tarifs

Il n’existe pas de tarif officiel.

Par la force des choses et sous la pression d’associations telles que la Maison des Écrivains et de la Littérature (MEL) et la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, les pouvoirs publics ont reconnu que les auteurs pouvaient percevoir un certain montant de droits d’auteur autrement qu’en vendant leurs livres et ont aménagé la loi dans ce sens.

A titre d’exemples, voici certains des tarifs pratiqués par la MEL en 2016 :

  • Rencontre de deux heures avec une classe : 196 euros brut (175 euros net pour l’auteur) 
  • Intervention en université et grandes écoles : 223 euros brut (200 euros net pour l’auteur)
  • Participation à table ronde, débat ou modération d’une rencontre : 200 euros net pour l’auteur.

Et les tarifs préconisés par la Charte en 2017 :

  •   Journée d’intervention : 414 euros brut (375 euros net pour l’auteur) 
  • Demi-journée d’intervention : 250 euros brut (soit 227 euros net pour l’auteur)
  •   Signatures sur salon : 208 euros brut la journée et 125 euros brut la demi-journée.

Nota bene de la Charte :

  • Certains auteurs sont susceptibles, comme la loi les y oblige, d’ajouter de la TVA au tarif brut indiqué.  
  • Les frais de transport, d’hébergement et de repas sont à la charge de l’organisateur. En aucun cas les auteurs ne doivent être obligés d’avancer les frais de transport, d’hébergement ou de restauration.

Auprès de qui trouver des aides ?

Pour les bibliothèques, un projet peut difficilement prétendre à des aides si sa propre collectivité n'est pas matériellement engagée.

La Médiathèque départementale, reste l'interlocuteur privilégié pour l'élaboration de projets littéraires.

On peut ensuite envisager les choses en élargissant le cercle.

Au niveau régional, deux instances peuvent être sollicitées.

  • Le Conseil régional d'Île-de-France promet une politique active en matière littéraire, principalement pour ce qui concerne les résidences d'écrivain. "La résidence est entendue comme l’association d’un auteur et d’une structure d’accueil pour réaliser un projet d’action littéraire sur une période de 2 à 10 mois. Les organismes porteurs d’un projet de résidence sont les lycées, les bibliothèques, les centres sociaux, les comités d’entreprise, les hôpitaux, etc. » 
  • La DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), qui est en quelque sorte la décentralisation en région du Ministère de la culture, peut également aider à la mise en place de projets, notamment lorsqu’il s’agit d’actions pour le développement de la lecture ou d’actions visant à rapprocher les divers acteurs de la chaîne du livre (auteurs, éditeurs, libraires).

Au niveau national, le Centre national du livre intervient aussi en accordant aux auteurs des bourses de résidence.

La Maison des écrivains et de la littérature, située à Paris, est aussi un partenaire pour les structures souhaitant recevoir des auteurs.

Ces invitations peuvent s’inscrire dans deux programmes en direction de l’enseignement : L’Ami littéraire et Le temps des écrivains à l’Université.

La Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse n’a pas pour mission d’aider financièrement à la mise en œuvre de projets d’actions. En revanche, elle constitue un vivier appréciable d’auteurs et d’illustrateurs bien rodés aux interventions en milieu scolaire.