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Traces d’exil, racines de création

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  • 12-01-2016
  • Cycle Eclairer le présent

Retour sur le 3 décembre 2015 au Parc culturel de Rentilly.

Les médiathèques au cœur du débat

Il est indispensable que la parole des sciences humaines puisse encore s’entendre, se comprendre et introduire de l’inattendu, de la dissension afin de dépasser les a priori ou les oppositions factices. La complexité de notre monde exige que chacun puisse avoir accès à un éclairage pertinent et nuancé sur de nombreuses questions. Les médiathèques peuvent jouer un rôle majeur en valorisant leurs collections et en devenant des lieux de débats.

Après s’être interrogés sur la justice, la biographie, comme vecteur de savoir, et dernièrement la place des mythes en politique, nous souhaitions interroger avec Frédérique Germanaud, auteure présente sur le territoire de Marne-et-Gondoire en 2015, l’exil et ses implications humaines, sociales et artistiques.

Réinterroger l'Exil, la condition de l'exilé, les non-lieux de l'exil

La matinée a été ouverte par Joëlle Marelli, traductrice, philosophe, directrice de programme au Collège international de philosophie. Une partie de son intervention repose sur des matériaux qui figurent dans un article à paraître dans un ouvrage collectif au printemps 2016, et l'autre partie concerne un travail en cours qui fera sans doute l'objet d'une publication (nous mettrons en ligne les liens dès que possible). Le début de son exposé a abordé la question du rite d’accueil de l’autre, la question de l’hospitalité comme notion disparue aujourd’hui dans nos sociétés, la position du suppliant et les devoirs du supplié.

Un échange s’est ensuite engagé entre Alexis Nuselovici (Nouss) et Christiane Vollaire.

Alexis Nuselovici

Alexis Nuselovici, coresponsable de l’initiative de recherche "Non-lieux de l'exil" à la Fondation Maison des Sciences de l’Homme, est Professeur de littérature générale et comparée à l’Université d'Aix-Marseille. Il vient de faire paraître : La condition de l'exilé aux éditions de la Maison des sciences de l'homme.

"Qu’ont en commun Ovide et Dante, Edward Saïd, Julio Cortázar, un artiste ayant fui l’Allemagne nazie ou la Russie stalinienne au siècle dernier et, de nos jours, l’ouvrière mexicaine de Los Angeles, le demandeur d’asile à Rome ou Paris, le clandestin de Calais ou de Lampedusa ? Les causes sont diverses et les circonstances différentes mais ces êtres ont partagé ou partagent tous une même expérience, celle de l’exil, que nous nommons « expérience exilique ». Penser cette expérience permettrait de mieux appréhender les phénomènes migratoires contemporains - le migrant est d’abord un exilé -, et leur devenir dans la durée, l'héritage de l'exil touchant plusieurs générations"

Alexis Nuselovici a beaucoup insisté sur le sens profond des termes et des différences entre « exilé » et « migrant ». Le migrant est celui qui passe. Il ne peut sortir de sa condition tandis que l’exilé, lorsqu’il a trouvé une terre d’asile, devient un citoyen. Il porte en lui l’exil intérieur mais son statut social évolue. Le migrant est condamné à migrer.

ÊTRE POUSSÉ À L’EXIL, SUBIR L’ENFERMEMENT

Christiane Vollaire

Christiane Vollaire, philosophe et militante, membre du réseau Terra, collaboratrice des Non-lieux de l'Exil de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme nous propose la lecture du texte de son intervention :

"Être poussé à l'exil, subir l'enfermement" (34 Ko)


Elle est aussi l'auteur de Humanitaire, le cœur de la guerre aux éditions L'Insulaire, Paris, mars 2007 et Le Milieu de nulle part (en collaboration avec le photographe Philippe Bazin) aux éditions Créaphis, octobre 2012.

"CE SONT LES TRACES QUI FONT RÊVER" René Char

L’après-midi, la parole a été donnée aux artistes : écrivain, poète, ou auteur de roman graphique.

La question était de savoir comment ils réinventaient l’exil, comment l’exil est aussi racines de création.

Frédérique Germanaud a évoqué la place de la mémoire de l’exil dans son projet d’écriture, sa relation avec l’Algérie, pays peu évoqué par sa famille. Quelques photographies léguées en témoignage ont toutefois déclenché une envie d’écrire, de prendre l’Algérie à bras le corps. Elle explique son projet en cours : tenter de s’approcher de ce qu’on ne comprend pas, de recueillir les débris pour faire œuvre. Entre lectures et entretiens avec des rapatriées, elle tisse un fil de mots singulier. La narratrice de ce récit, en trois parties, est en quête d’une mémoire mais évoque aussi son présent. Paris d’aujourd’hui, Alger mais aussi Angers seront les lieux traversés par cette fiction, auto fiction, comme si l’exil appelait nécessairement une géographie personnelle.

Frédérique Germanaud a lu trois extraits de ce travail qu’elle ne peut diffuser pour l’instant mais elle nous confie un inédit (84 Ko). Ces pages ont surgi spontanément pour elle après avoir vu l’exposition La Rivière et le goudron de la salle des Trophés de Rentilly et de sa rencontre avec Ilanit Illouz.

Zeina Abirached, auteure, illustratrice de bandes dessinées constitue depuis plusieurs années une sorte de saga familiale, en noir et blanc, De Beyrouth à Paris et de Paris à Beyrouth. La sortie de son dernier roman graphique Le Piano oriental est une remontée dans le temps, vers les traces de son arrière grand-père, inventeur obstiné et réjouissant, qui a passé une partie de sa vie à concevoir un piano capable de jouer à la fois les musiques dites occidentales et les musiques dites orientales, l’une et l’autre différentes d’un quart de ton. Ce nouvel album plonge dans le Beyrouth du siècle dernier, sorte de paradis perdu foisonnant, presque impensable aujourd’hui.

Jean-Luc Raharimanana est écrivain, poète, dramaturge, publié aux éditions Vents d’ailleurs. Parti de Madagascar, il est venu en France pour étudier l’ethnolinguistique et y trouver asile. Il a vécu en Seine-Saint Denis puis à Tours, où il poursuit aujourd’hui un travail de metteur en scène s’associant souvent à des chorégraphes. Il évoque ses traces d’exil et ses racines de création, imprégnées par l’histoire de Madagascar liées à l’exploitation et la misère d’un peuple. Son exil éclaire et nourrit son présent, il le réinvente à partir de ses changements de pays et de lieux qui lui confèrent des identités multiples. Pour lui, la notion de racines renvoie aux rhizomes, racines qui s’étendent à la rencontre d’autres racines. Cette image se situe en écho évident avec la réflexion d’Edouard Glissant, auteur du Tout-Monde.

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Le piano oriental par Zeina Abirached
France Culture