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Place aux jeunes dans les bibliothèques d’aujourd’hui !

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  • 14-04-2014
  • Jeunes / Journée d’étude

Les jeunes en bibliothèque : les écouter, leur donner la parole, les associer, les employer aussi.

Le 21 novembre dernier, la bibliothèque de Varennes a accueilli plus de 30 personnes pour réfléchir aux enjeux de la place accordée aux jeunes dans les bibliothèques. Il est aujourd’hui primordial qu’ils puissent s’y impliquer davantage. Cette journée d’étude conçue par la Médiathèque départementale était organisée en partenariat avec le service jeunesse du Conseil général et la Direction départementale de la cohésion sociale, service de l’Etat.

La bibliothèque 3ème lieu et les jeunes, une pluralité de pratiques culturelles

ado dok


Passionnant et dense fut l’exposé de Mathilde Servet, conservateur à la Bibliothèque publique d’information, sur la question des jeunes et de la « bibliothèque 3ème lieu ». L’intervenante a rappelé les fondements de ce concept élaboré par le sociologue américain Ray Oldenburg dans les années 1980, concept qui à l’origine n’est pas propre aux bibliothèques : « Le troisième lieu se distingue du premier lieu, sphère du foyer, et du deuxième lieu, domaine du travail. Il s’entend comme volet complémentaire, dédié à la vie sociale de la communauté, et se rapporte à des espaces où les individus peuvent se rencontrer, se réunir et échanger de façon informelle. ».


C’est une des voies vers laquelle s’orientent les bibliothèques aujourd’hui pour accueillir le public des jeunes en devenant des lieux familiers dans une nouvelle approche culturelle. Une médiathèque, à usage individuel et collectif, lieu forum propice à l’épanouissement du lien social, terrain neutre et accessible pour rompre la solitude. Une médiathèque, lieu de culture, ouvert à la création et à l’expérimentation, lieu de plaisir et de loisir (jeux vidéo) mais aussi lieu de formation et d’apprentissage, maison publique et citoyenne, lieu de débats, d’échanges, de pratiques amateurs et collaboratives, lieu où le numérique prend une place essentielle.

Des exemples de bibliothèques contemporaines axées sur l’accueil, les pratiques et l’implication des jeunes

Delft


Mathilde Servet, grande voyageuse qui a visité de nombreuses bibliothèques en Europe et dans d’autres continents, a illustré son propos en présentant des espaces au design insolite et coloré : des plus prestigieux aux plus modestes mais qui ont tous pour but de permettre au public des adolescents et des jeunes adultes de se retrouver, d’y être bien, de s’y former et d’y être actifs.

En France, la médiathèque d’Issy-les-Moulineaux offre un espace jeux très convivial et largement ouvert, notamment tard dans la soirée ; la future bibliothèque 3ème lieu de Thionville a prévu un « zoning », aménagement convivial de l’espace par zones de services.

A noter : Aux Pays Bas, la bibliothèque d’Heerhugowaard est particulièrement intéressante du point de vue de l’architecture intérieure. La DOK, bibliothèque de Delft. Une bibliothèque finlandaise, la Library 10 à Helsinki. Projet de « Labrary » dans lequel les jeunes sont considérés comme les moteurs du changement. En Grande Bretagne, dans les « Headspace libraries », les jeunes sont impliqués dans le fonctionnement de la bibliothèque.

Howard Gardner soutient La théorie des intelligences multiples : chaque individu a des capacités relevant d'une forme d'intelligence dominante : logique-mathématique, linguistique, interpersonnelle, intrapersonnelle, kinétique, naturaliste, visuelle, musicale.

Certaines bibliothèques proposent aux jeunes adultes particulièrement, des espaces de coworking, véritables espaces de travail, pépinières de talents et lieux de sociabilité basés sur la collaboration et l’échange.

Les bibliothèques contemporaines où l’on y découvre, l’on y expérimente des savoirs et des savoir faire, offrent aux jeunes la possibilité d’y développer des formes d’intelligence que l’école sollicite très peu.

intelligences multiples


Les jeunes en France : qui sont-ils ? quelles sont leurs pratiques culturelles?

Chantal Dahan, sociologue, chargée d’études et de recherches à l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire) a étudié la question des pratiques culturelles des jeunes hors de l’institution scolaire. Elle a délivré quelques clés pour comprendre la jeunesse.

Depuis la 1ère crise économique des années 1970, on assiste à un allongement de la « durée de la jeunesse ». L’adolescence est difficile à cerner, en mutation et en crise par rapport aux modèles collectifs. Les jeunes en majorité se situent dans une dépendance économique par rapport aux parents, tout en étant dans une gestion autonome de leurs relations sociales. Sans doute la singularité des jeunes aujourd’hui réside-t-elle dans leur adhésion à une « culture des pairs », conséquence d’une nouvelle autonomie relationnelle, où les nouvelles technologies communicationnelles prennent toute leur place. La massification scolaire a permis d’augmenter le niveau moyen d’études mais de nombreux jeunes sortent du système scolaire sans diplômes et les inégalités sociales subsistent au sein de cette classe d’âge. En France 23% des jeunes sont pauvres.

Etude du psychiatre Patrice Huerre L’adolescence n’existe pas, éd. O. Jacob.

Olivier Galland, Sociologie de la jeunesse, éd. Armand Colin, 2011.

La culture juvénile s’invente à chaque génération. Actuellement, on assiste à une redéfinition des pratiques culturelles des jeunes due à l’usage incontournable des technologies de l’information et de la communication. La scène de l’expérience se situe dans la rue, mais surtout sur le net. La notion de culture renvoie à une mixité de cultures, au loisir, à la communication, à la culture de masse, à la culture populaire...
Et il appartient aux adultes de retisser le fil de la transmission car les jeunes en danger sont ceux qui se sentent sans héritage ni filiation. Une enquête menée au niveau européen révèle que la famille est une des premières valeurs qui comptent pour eux. Il s’avère également qu’ils ont besoin de dialoguer avec les adultes sur une base de respect et d’écoute.

Place aux jeunes, dans la cité, dans la vie publique et associative.

place aux jeunes


Le partenariat est la clé de la réussite de toute action en direction de la jeunesse. Chaque projet doit se construire avec les associations de jeunes et avec les professionnels des services jeunesse et des services sociaux des collectivités territoriales.

Magali Floch, du service jeunesse du Conseil de général de Seine-et-Marne a présenté le dispositif Place aux jeunes : Il s’agit d’une démarche pour favoriser la participation citoyenne des jeunes Seine-et-Marnais. Objectif : dialoguer avec les 16-26 ans et faire entendre leur voix.
Par ailleurs, un soutien des structures porteuses de projets en faveur des 11/17 ans est proposé par le Département sous forme d’appels à projets. Il est donc plus que jamais nécessaire que les institutions et de surcroît les bibliothèques associent les jeunes dans la construction de projets qui les concernent, car les jeunes ont besoin pour se construire d’être acteurs de leur existence. Ils ont également intérêt à faire des expériences à valoriser dans leur cursus de formation.

Service civique et emplois d’avenir

justine


Pierre-Luc Moreau, conseiller d’éducation populaire à la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS77) a incité les bibliothécaires à employer des jeunes dans le cadre du service civique. Les jeunes de 16 à 25 ans peuvent y avoir accès. Il s’agit d’un engagement volontaire au service de l’intérêt général sur une période de 6 à 8 mois pour une mission d’au moins 24h par semaine.
Le jeune volontaire bénéficie d’une indemnité mensuelle de 540€, d’une couverture sociale et d’une reconnaissance de la mission accomplie dans son parcours : dans son livret de compétence, cursus universitaire ou validation des acquis de l’expérience. Le service civique peut être effectué auprès d’associations, d’ONG, de collectivités territoriales, établissements publics, … en France ou à l’international.

En bibliothèque : les missions peuvent se centrer sur la culture et les loisirs, aider à combattre l’illettrisme en accompagnant des jeunes dans des ateliers d’écriture, service d’aide aux devoirs ou de médiation autour des langues autour de communautés cibles (ateliers FLE, lectures bilingues, …) ou se centrer sur de nouvelles missions (numérique, jeux vidéo). Ainsi la Médiathèque départementale de Seine-et-Marne accueille un jeune volontaire qui participe à la médiation des ressources numériques et à l’animation de réseaux sociaux.
A noter : Le tuteur se doit de suivre une journée de formation pour bien appréhender le dispositif et mieux accompagner le jeune volontaire.

Les emplois d’avenir sont réservés aux jeunes de 16 à 25 ans sans diplôme ou à un niveau CAP/BEP ou très éloignés de l’emploi en raison d’un manque de formation ou de leur zone géographique comme une zone urbaine sensible (ZUS) ou une zone de revitalisation rurale (ZRR). Certains jeunes diplômés peuvent y accéder. Le contrat établi pour une durée de 1 à 3 ans est destiné prioritairement aux associations et collectivités territoriales. Les emplois d’avenir, étant juridiquement des contrats uniques d’insertion, ils sont subventionnés à hauteur de 75% du smic.

En bibliothèque, les emplois d’avenir représentent également un moyen d’insérer un jeune dans le monde du travail en lui permettant d’acquérir une première expérience, de se former à un métier de la culture à forte implication sociale. La bibliothèque a intérêt à confier au jeune des missions de type médiation autour du numérique ou de certains publics (jeunes, handicapés, petite enfance, personnes âgés) à cibler en fonction du contexte et du projet d’établissement.

Impliquer les jeunes en tant que bénévoles et stagiaires

Si cette journée d’étude a vu le jour, c’est à partir du constat suivant : les bénévoles en bibliothèque et notamment dans les bibliothèques rurales sont très rarement des jeunes. Or les jeunes, dès le collège, ont très peu l’occasion de faire des expériences dans des services publics qu’ils pourraient valoriser dans leur CV. Des expériences menées à l’étranger et notamment au Québec, dans les YMCA, prouvent que cela est possible et est fortement valorisé.
Nous avons dans nos villes un vivier de jeunes scolarisés, dans la ville ou à proximité, des étudiants présents durant la semaine ou le weekend, des jeunes gens qui ont des passions, des savoir-faire à transmettre : accordons-leur une vraie place pour qu’ils contribuent à faire vivre la bibliothèque tout en s’émancipant !