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De l’art et des livres pour les enfants en très grande difficulté de développement

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  • 07-08-2018
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Une journée avec l’artiste Natali Fortier, des soignants, des bibliothécaires,…

Un stage, fruit d’un partenariat engagé avec un service de pédopsychiatrie.

La Médiathèque départementale a organisé en avril 2018 un stage en partenariat avec le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital du Sud Seine-et-Marne (site de Nemours). Cette journée qui a réuni des professionnels du champ social, médical et des bibliothèques avait pour but de sensibiliser ces personnes à l’importance de proposer aux enfants et aux jeunes en situation de handicap, ou en très grande difficulté de développement, des lectures d’albums et d’oser s’immerger dans des univers d’auteurs-illustrateurs. Si cette journée a vu le jour, c’est grâce au dispositif « Premières Pages », qui a permis aux différents professionnels d’un même territoire de travailler ensemble, les bibliothécaires de Nemours étant très impliquées sur des actions de médiation culturelle au centre social, aux pieds des immeubles en été, à l’hôpital, …

Les troubles neuro-développementaux chez l’enfant : une large constellation

bibliothècaire et ortophoniste

Karine Tettamanti, orthophoniste hôpital de Nemours
Coralie Amiel, bibliothècaire à Nemours.

Les troubles du développement chez l’enfant s’inscrivent dans une large constellation : les enfants concernés peuvent rencontrer des difficultés dans les domaines du langage et de la communication, de la relation à l’autre, de l’attention, de la construction de soi et de sa propre identité ou encore de la motricité.

Besoin d’un rituel de lecture, besoin d’un cadre contenant

Une bibliothécaire et une orthophoniste habituées à accueillir des enfants en difficulté de troubles du développement insistent sur l’importance, quel que soit le lieu, de préparer un espace « contenant » pour sécuriser l’enfant : assoir les enfants en cercle confortablement et leur proposer des rituels comme une même comptine qui ouvre chaque séance de lecture. Bien installé dans un « cocon de lecture », l’enfant entre ainsi plus facilement dans les histoires que lui propose l’adulte. Il est également important de penser des temps de lectures individuelles qui s’inscrivent dans la durée afin que des changements puissent s’opérer.

Le livre, la lecture : un espace à investir émotionnellement

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La littérature de jeunesse, les albums, les comptines, la poésie, …permettent aux enfants et particulièrement à ces enfants qui sont en situation de troubles du développement, de s’investir émotionnellement. Cette littérature orale ou écrite parle à leur âme, à leur sensibilité, à leur corps. Par exemple, les enfants autistes qui ont une sensorialité exacerbée, ou au contraire peu développée, auront intérêt à découvrir, par le biais de l’adulte médiateur, des récits qui agiront sur trois niveaux : significatif, émotionnel et relationnel. Ces récits auront des effets sur leur vie psychique qui est rarement discernable.

« je veux des livres souvenirs qu’on me racontait à l’école comme Le Géant de Zéralda, Roule Galette. »

Un adolescent en soin, Service de pédopsychiatrie de l’hôpital du Sud Seine-et-Marne.

Stage Larchant

Stage Larchant

Faire l’expérience de la beauté, s’émerveiller !

L’art donne à tout un chacun la capacité de s’émerveiller : nombre d’artistes et d’auteurs illustrateurs ont à cœur de proposer aux enfants des univers esthétiques singuliers qui les emportent. Les livres animés de Bruno Munari, les albums d’Anne Herbauts, de Natali Fortier, d’Elzbieta, de Wolf Erlbruch, de Tomi Ungerer,… offrent une diversité de chemins de lecture tant au niveau du texte que de l’illustration. Ces albums sont de beaux « objets livres », soignés, aux papiers et aux formats particuliers qui ouvrent sur l’imaginaire. 

Des livres pour panser / penser

Les livres constituent pour tous les enfants et particulièrement pour ces enfants sujets à des troubles, « une nourriture psychique qui leur permet de digérer le monde » *. Ils ont également pour fonction de les rassurer grâce à la permanence du texte imprimé sur la page, la structuration du récit comprenant un début et une fin. Les livres, les histoires les réaniment, leur permettant de mettre des mots sur leurs maux, les aident à s’évader, à penser.


Lire pour imaginer d’autres possibles

Les parents, les soignants, les éducateurs ont donc tout intérêt à lire des livres à tous ces enfants afin qu’ils soient plus heureux, se construisent et s’acceptent tout en s’ouvrant au monde et aux autres.

Natali Fortier, ou la danse de la vie : une artiste intervenante à l’hôpital

Natali Fortier, artiste plasticienne d’origine québécoise, créatrice d’albums, est une voisine du Loiret et amie qui est intervenue à plusieurs reprises en Seine-et-Marne : dans le cadre de Premières Pages, au Musée Mallarmé, elle a aussi réalisé un jeu d’artiste pour la Médiathèque départementale. Cette fois-ci, elle a rendu compte de son expérience d’artiste à l’hôpital et a animé un atelier de fabrication de personnages à partir de fils de fer, rubans de clôture électriques de différentes couleurs. Chaque stagiaire a entrepris de constituer un corps à son personnage, à partir de couches successives de matériaux, allant de l’ossature, à la musculature pour finir par une peau et un habit le recouvrant, ces créatures ainsi réalisées pouvant alors s’accrocher, bouger, prendre une attitude ou une autre en s’inspirant de l’univers de Natali. Les albums, les sculptures de Natali sont composés de personnages « différents », discrets, rêveurs (Lili Plume), parfois malmenés par la vie (la petite fille de Sur la pointe des pieds ou Mathurin, le petit elfe mal aimé),  originaux, artistes (Ulysse, le dessinateur pêcheur de L ’amour ça vaut le détour), en instabilité sur leurs pieds ( Conte à bascule), de monstres, de masques, d’oiseaux exotiques, dont les têtes sont parfois interchangeables… Mais les histoires qu’elle nous raconte sont des histoires de relations, de quête, d’amour et de rencontres improbables au final heureuses. Et tout ce monde ne peut laisser indifférent des enfants qui vivent des fêlures, se cherchent, se construisent.

« L’hôpital un lieu de passage déroutant, dépaysant. On y passe par toutes les émotions (…). C'est un endroit à fleur de peau. Un déclencheur de création. »

Natali Fortier

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