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Stéphane Jaubertie, où en est-il ?

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  • 07-04-2010
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Stéphane Jaubertie a débarqué dans un bureau du collège.

Entretien avec Stéphane Jaubertie


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V.R : La première fois que vous êtes arrivé sur le lieu, quelles ont été vos impressions ?

Stéphane Jaubertie : C’était clair, lumineux, c’est une impression visuelle. Je me suis dit que ce collège dégageait quelque chose d’agréable, que les gens étaient sympathiques. Je dirais même quelque chose d’assez paisible. Cette impression s’est confirmée lorsque je suis allé à la cantine où j’ai trouvé les gens plutôt détendus, une bonne cuisine, un lieu agréable. Tout est très lumineux ici, il y a des arbustes, du vert, avec de grandes baies, des verrières où le soleil rentre.

V.R : Avez-vous des souvenirs de professeurs du collège de votre jeunesse ?

S.J : Oui, notamment le professeur de Français grâce auquel j’ai découvert le théâtre.

V.R : Vous ne connaissiez pas le théâtre avant ?

S.J : Non, je suis allé très tard au théâtre. En primaire et au collège, je n’y étais jamais allé. Au lycée, je n’ai vu qu’une seule pièce de Ionesco. J’avais commencé à faire du théâtre au collège grâce à un professeur qui nous demandait de jouer des sketchs de Fernand Raynaud et des scènes, de trois minutes à peine, de Molière. Voila mon seul rapport au théâtre jusqu’à 16-17 ans et après j’ai eu envie d’en faire. Mon expérience du théâtre ne vient ni des lectures, ni d’une expérience de spectateur. Je ne regardais même pas le théâtre qui passait à la télé. Par contre, c’est vrai qu’après, j’ai lu des pièces. J’ai fait de plus en plus de théâtre au lycée et c’est là que j’ai commencé à m’y intéresser. Je faisais partie d’un club théâtre.

V.R : Vos premiers contacts avec les premiers jeunes collégiens d’ici ?

S.J : En dehors des ateliers programmés dans la classe, je n’ai pas de contact avec les collégiens. Sauf ce matin, deux jeunes filles, qui tiennent le journal du collège, sont venues prendre rendez-vous pour une interview prochaine. Sinon, avec les autres, non, je n’ai pas relations particulières, je ne suis même pas sûr qu’ils sachent qui je suis, ils me regardent quand ils passent. Ils pourraient dire « oh c’est vous l’écrivain ! ». Certains se demandent peut-être « qu’est-ce qu’il fait lui ? » « C’est un prof qui est puni ? ». C’est peut-être aussi intéressant ces questions… C’est bien aussi l’idée de se fondre, d’être considéré non pas comme un écrivain mais comme quelqu’un « comme tout le monde ».


V.R : Et dans les ateliers, ça se passe comment ?

S.J : Très bien, on a fait un travail d’écriture puis maintenant on va passer à autre chose.

V.R : Ils sont rentrés tout de suite dans le jeu ?

S.J : Oui.

V.R : Et par rapport à votre projet d ’écriture, vous venez ici tous les lundis ?

S.J : Oui et le mardi.

V.R : Quand vous êtes ici dans ce bureau, arrivez-vous à écrire ?

S.J : Oui, mais je n’écris pas tout ici, ca ne se passe pas comme ça. Mais en tout cas, ici je continue, je continue ce que je fais chez moi… En fait, le lieu m’importe peu. J’ai juste besoin d’un endroit calme. Je ne me vois pas écrire dans un café ou autre…

V.R : Le fait que vous soyez ici ne produit pas quelque chose d’autre ?

S.J : Non, parce que pour l’instant je n’ai pas tellement eu de relations avec le jardin. C’était l’hiver. C’est la semaine prochaine qu’ils vont planter des « trucs ». Peut-être qu’après ce sera plus en interaction… mais pour l’instant non. Mais il y a quand même de toutes façons cette idée de jardin qui est mon point de départ en écriture.

V.R : Par rapport à votre note d’intention, vous souhaitiez cette résidence pour "débarquer de la vitesse" ? Y parvenez-vous ?

S.J : Oui, j’aime bien venir ici, parce-que c’est vrai que c’est un moment où je suis tranquille… Pas de téléphone, de mails, je me sers uniquement du traitement de texte. C’est un moment privilégié. C’est juste ponctué par le repas à la cantine.

V.R : A la cantine, est-ce que vous avez des rapports avec les enseignants, le personnel administratif et autre ?

S.J : Oui, ça se passe bien. Tout à l’heure, une enseignante m’a demandé si je pouvais faire trois ou quatre interventions d’une heure avec une classe de 5ème. Pour ces interventions, j’ai dit qu’il fallait que les jeunes lisent les bouquins qu’il y a au C.D.I. pour optimiser la présence de l’auteur au maximum. Il ne faut pas consommer l’auteur comme hélas on a trop tendance à la faire, que les élèves se disent « tiens y’a un gars qui vient et pendant une heure on va pas travailler ». Rencontrer un auteur, c’est être actif : lire ce qu’il écrit c’est la moindre des choses. Ils vont donc d’abord faire ce travail et lire au moins une pièce. Ils auront trois semaines-un mois pour le faire et comme ça ils vont arriver avec des questions, des interrogations…

C’est un long travail. Pour comparer avec la sculpture, je fais plusieurs « couches », à chaque fois j’enlève, modifie, ou rajoute. Je travaille avec la matière… C’est long mais c’est excitant.


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V.R : Aviez vous déjà vécu une résidence d’écriture ?

S.J : Non, pas de cet ordre. J’en ai fait mais uniquement dans la production, l’animation et dans les ateliers d’écriture sans avoir un réel temps d’écriture…

V.R : Que pensez-vous de ce concept ?

S.J : Je trouve que c’est une chance formidable, l’idée d’offrir du temps à un auteur pour écrire. C’est une belle valorisation de son travail, et puis être dans un lieu de vie comme celui-ci, c’ est stimulant. M’isoler pour écrire je ne vois pas trop ce que ca m’apporterait. Cela donne du temps et chaque fois ce repère (le trajet, le collège, ce bureau). Comme je fais pas mal de choses, cela m’oblige à me concentrer le lundi, mais les autres jours aussi…. Pour avancer, il faut du temps ! C’est pas dans la tête que cela se fait mais sur le papier.

V.R : Sans tout dévoiler, comment procédez-vous ?

S.J : Là justement, je suis sur une pièce… Je suis parti du jardin… mais cela ne parlera pas de jardin, parce que je ne suis pas botaniste. Ce qui m’intéresse, ce sont les passions humaines. Le jardin c’est un prétexte, un tremplin. Mais il est question d’un jardin et les personnages s’y rencontrent.

V.R : Vous découpez d’abord les scènes ou vous êtes dans le flux ? C’est le mot, la phrase ou la structure qui fait avancer ?

S.J : Ce que j’essaie de trouver ce sont des situations… une situation théâtrale. C’est différent à chaque pièce. Je ne sais qu’à la fin de la pièce que je veux arriver là. Je perçois ce qu’il se passe entre deux personnages mais rien n’est dans l’ordre. C’est à dire que je peux très bien écrire la scène 7, passer ensuite à la scène 6 et revenir à la première scène.

V.R : Et après, comment vous travaillez la langue ?

S.J : C’est un long travail. Pour comparer avec la sculpture, je fais plusieurs « couches », à chaque fois j’enlève, modifie, ou rajoute. Je travaille avec la matière… C’est long mais c’est excitant. C’est le mouvement qui compte… Je visualise un mouvement et je sens si c’est juste ou pas. Si je ris, je me dis que cela peut toucher d’autres personnes. Je ne donne pas à lire. Les gens ne peuvent pas imaginer ce que j’ai dans la tête, ils ne savent pas et moi-même, j’ai des intuitions mais je ne sais pas comment y arriver. Donner à lire à quelqu’un d’autre, pour moi, ne servirait à rien. Une fois que c’est fini, je donne à lire à très peu de gens… des gens de confiance.

V.R : Quand savez-vous que vous avez fini ?

S.J : Quand la densité est atteinte. Ce qu’il y a d’important pour moi, c’est de ne pas ennuyer. Je sens si ça va devenir trop long, donc j’essaie d’écrire chaque scène comme si c’était la scène principale, chaque scène comme un petit spectacle. J’essaie de donner un souffle à l’ensemble… Pour moi une écriture qui a du souffle, c’est quand chaque scène est une évidence… Je ne veux pas écrire des tragédies. L’humour c’est la pudeur, c’est une arme redoutable ! On dénonce autant de choses avec l’humour qu’en étant sérieux ! C’est une façon de prendre de la distance, du recul, de se préserver aussi. Pour la clôture du 25 juin, on lira des extraits de ce que je fais écrire aux jeunes et je lirai aussi des extraits de ce que j’ai écrit. Cela m’intéresse car c’est l’idée de la résidence, du partage avec l’auteur.

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