Résidences d'auteur
Programmes
Retour de deux ateliers du dimanche
- Retour
- 07-02-2012
- Résidences d'auteur
Partage de petits moments zen.
Au rythme des saisons, Corinne Atlan a concocté, pour tous amateurs ou curieux, de savoureuses rencontres avec des spécialistes d’arts traditionnels japonais, en introduction à quatre ateliers d’écriture de Haïkus.
Pour rencontrer ses prochains invités, rendez-vous le 14 mars « Haïkus et Danse japonaise contemporaine », le 13 mai « Printemps : Haïkus et art floral » et le 24 juin « Eté : Haïku et musique ».
Automne : Calligraphie et Haïku
Le dimanche 27 novembre, quelques clairs rayons de soleil persistaient. Nous étions nombreux ce jour-là au musée Mallarmé, motivés par la découverte de la culture japonaise.
Dans la salle magnifiée par l’exposition de peintures d’Anne Slacik, Corinne Atlan nous accueille et Maitre Manda nous éclaire : la calligraphie est aussi appréciée que la peinture au Japon, car ce n’est pas seulement l’art d’une belle écriture, mais une véritable œuvre artistique qui conjugue harmonie, beauté et transmission d’une sagesse millénaire. Petits et grands se concentrent pendant les démonstrations du Maître. Nous nous entraînons ensuite à encrer et à manier correctement le pinceau de bambou sur du papier journal, en copiant des signes plus ou moins complexes : pour chaque trait sont importants le début, la direction, la forme et la fin, l’équilibre entre les éléments et même l'espace vide. L’aboutissement de ces exercices nous permet de dessiner verticalement trois hiéroglyphes noirs sans repentir possible, sur une feuille blanche de papier de riz. Sans doute inspirées par les limpides toiles qui nous entouraient, les calligraphies sont en harmonie avec la saison et les impressions personnelles de chacun : ciel, nuage, automne, arbre, eau, lumière…un passage en douceur vers l’atelier de haïku.
Corinne Atlan nous invite alors à déambuler dans le jardin du musée, en laissant libre cours à nos sensations, et en notant les images et les ressentis du moment : la fraicheur du vent sur la peau, la terre humide qui colle, les oiseaux filant et piaillant dans le ciel, les feuilles racornies qui crissent sous les pas, le rose passé des pétales, l’odeur douceâtre des pommes pourries…
De retour dans le musée, tout habités de calme, Corinne nous donne ensuite les règles de base : plus qu’un jeu poétique, l’art du haïku -attribué au poète Bashō, au 17ème siècle- consiste à exprimer dans un poème très court de 3 lignes, la représentation symbolique de la nature à l’instant présent. Puis Corinne lit des poèmes variés, nous permettant de saisir que l’expression des impressions peut comprendre des effets visuels ou sonores, que la légèreté n’est pas dénuée de profondeur, et parfois d’humour.
Le haïku comporte traditionnellement 17 mores [sorte de syllabes] en trois segments [lignes] 5-7-5. Si la contrainte pousse à la créativité littéraire, le français ne s’adapte pas facilement à cette forme très codifiée. En tant que néophytes, il nous est donc permis de prendre quelques libertés sur la longueur des phrases. Studieusement, nous écrivons plusieurs haïkus, guidés et conseillés par Corinne Atlan. Puis ils sont accrochés au mur (entre deux tableaux magnifiques) et chacun désigne les poèmes qu’il apprécie au moyen de pastilles de couleurs. Suit un moment riche d’échanges : un haïku réussi, inspiré par l’évanescence du spectacle de la nature, reste subtil. Sa puissance évocatrice permet de multiples interprétations, chaque lecteur peut ainsi créer sa propre image mentale et l’apprécier intimement.
Après l’application de l’indispensable sceau final sur nos œuvres calligraphiées, nous repartons flottant sur de petits nuages…
Hiver : Cérémonie du thé et Haïku
Le dimanche 29 janvier s’annonçait sous le signe de nuées moins engageantes : il faisait froid, humide, venteux et gris. Si certains se disaient comme moi, qu’un bon thé parfumé et chaud nous attendait pour nous revigorer, ils se mettaient le chashaku dans l’œil !
Pour une petite préparation mentale à ce rituel zen, Corinne Atlan nous conseille une promenade au jardin. Puis nous pénétrons dans un musée -presque- transformé en maison de thé : table avec les ustensiles et le réchaud, paravent, encens, calme…
En tenues traditionnelles, Maître Soki et sa jeune assistante Julia Inissan, nous accueillent. (A ce moment-là, on regrette de ne pas avoir mis une tenue plus chic, un kimono de soie plutôt qu’une parka). Pour notre confort occidental, nous nous asseyons sur des chaises, au lieu de tatamis.
Maître Soki nous explique que cette cérémonie était pratiquée dès le XIIIème siècle par les Samouraïs, seigneurs de guerre aux coutumes raffinées. Précédant le départ au combat, cet art codifié de recevoir des hôtes permettait une grande concentration et le détachement spirituel. Il est célébré dans un lieu dépouillé, où doivent se rencontrer les quatre éléments : la terre, le feu, l’air, l’eau. Trois hôtes de marque sont désignés et bénéficieront des attentions du Maître. Tour à tour, ils se lavent les mains, méditent devant une pensée calligraphiée, s’inclinent devant le maître, s’assoient et patientent.
Assistée de Julia Inissan, Maître Soki commence un ballet avec les ustensiles, maniés avec ordre et précision, lavés et essuyés à chaque opération avec un linge blanc plié et replié (fukusa) : on puise de l’eau dans avec une louche de bois (hishaku), on met de l’eau dans la bouilloire en fonte, on prélève la poudre de thé avec une écope (chashaku) de la boite à thé ornée (natsume), on verse l’eau sur la poudre de thé vert (matcha), on fouette (avec un chasen de bambou) le thé vert avec dans un bol artisanal (shawan) dont le motif ne doit pas être tourné vers le visage. On mange une petite sucrerie qui équilibrera l’amertume des quelques gorgées de thé, moussu et concentré. Il faut remercier le Maître pour son excellent thé, ce qui l’encourage à le servir de la même manière à ses autres invités. Puis on reste recueilli, et enfin on admire les ustensiles précieux qui ont servi…
A la suite de cette cérémonie, chacun peut interroger Maître Soki sur sa pratique, la signification de ces gestes, les longues études nécessaires pour devenir Maître. Non dénué d’humour, celui-ci remarque qu’au Japon il se serait peut-être fait seppuku (ou harakiri) pour préserver son honneur, s’il avait estimé avoir échoué dans la réalisation de cette cérémonie, qui cherche à atteindre la perfection… Ouf ! on est à Vulaines-sur-Seine, cette initiation a supporté quelques adaptations.
Encore méditatifs, plongés dans les subtilités des coutumes japonaises, Corinne Atlan nous invite ensuite à un nouvel atelier de Haïku le 14 mars et le 13 mai prochains...
Voir aussi
Sur ce site
- Le Japon à l'honneur avec Corinne Atlan
Résidences d'auteur - Trois nouveaux auteurs...
Résidences d'auteur - Résidences d'auteur
Présentation - Corinne Atlan
Acteurs culturels
Sur le catalogue
Sur Internet
- Corinne Atlan
Japonline - Rencontre avec Corinne Atlan
Remue.net - Corinne Atlan
Littérature Japonaise

