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Françoise Ascal arpente le parc en poète
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- 23-12-2009
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Résidence de Françoise Ascal au Parc culturel de Rentilly, projet soutenu par la Région Ile-de-France et le Conseil général de Seine-et-Marne.
- La résidence rêvée par Françoise Ascal
- La résidence imaginée par le Parc culturel de Rentilly
La résidence rêvée par Françoise Ascal
L’avant projet d'écriture
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Dans notre monde contemporain en proie aux mutations, à une violence que chacun peut mesurer à l’instant même où elle se produit, le thème de la nature (arbres fleurs oiseaux jardins) est un sujet «poétique» piégé d’avance. Il véhicule d’emblée des soupçons et a priori résolument négatifs : s’y attachent les idées de mièvrerie, divertissement pour jeune fille attardée, lyrisme de pacotille, pensée réactionnaire, attitude passéiste, régionalisme étroit, etc.
S’il a longtemps nourri la poésie et la plus haute, de Ronsard à Jaccottet, à André du Boucher et Yves Bonnefoy, on peut constater son progressif retrait au XXI, du moins en France. Ce qui étrangement n’est pas le cas pour le roman (Michon, Bergounioux, E.Pagano…) ni pour les arts visuels (avec le land art notamment). Les jeunes poètes actuels sont essentiellement urbains. Préoccupés par le monde nouveau qui se dessine dans les grandes capitales, ils en interrogent les flux, les métamorphoses, les dérives, les violences, le devenir. Il y a bien sûr des oeuvres où le sentiment de la nature affleure subtilement comme chez Antoine Emaz, avec plus d’évidence chez Ariane Dreyfus ou chez Jean-Pascal Dubost , mais le plus souvent, le rapport à la végétation, aux éléments, et par-delà au cosmos paraît appartenir à des préoccupations d’hommes anciens, réservés à quelques illuminés, ou mystiques à la mode New Age.
Faut-il pour autant douter de la pertinence du thème et de son exploration ?
Qu’en est-il aujourd’hui de notre relation à la nature ? Et surtout de quelle «nature» s’agit-il ? Qu’a-t-elle à nous dire de nous-mêmes ? De notre société où paradoxalement elle fait retour sous des formes variées ? L’idée de «terre-mère» rassurante, enveloppante, qui accompagnait nos ancêtres a sombré en même temps que les grands effondrements du XX et en deux ou trois générations, la relation s’est inversée : il appartient désormais aux habitants de la terre de soigner leur planète. Souci écologique, obsession du «naturel» (avec marchandisation à la clé) répondent-ils à des besoins nouveaux d’hommes «séparés» ? D’humains manquant d’humus ? A l’ère du virtuel, quelles forêts imaginaires, quels mythes habitent encore nos pensées les plus «modernes»?
Rentilly et son parc constituent des entités privilégiées pour investiguer ce qui se joue dans notre société, pour interroger le statut de la nature à un moment charnière, celui qui voit surgir en quelques mois des villes nouvelles, jouxtant sans aucune transition la campagne. Ces passages abrupts font-ils naître une nouvelle ruralité, de nouveaux usages du jardin traditionnel ? Le mot même de «forêt» à Rentilly est à interroger, qu’est ce qu’une forêt à portée d’un RER ?
L’histoire du domaine avec ses métamorphoses au fil des siècles est riche de sens. La perspective «à la française» s’offre largement depuis la terrasse du château, mais il en est d’autres, plus secrètes, qui demandent à être parcourues.
Curieusement, il se trouve que les noms de Rentilly et de Menier croisent ma mémoire intime. Je suis née dans le 93 et les promenades familiales en vélo avaient pour but les bords de Marne, avec les longues parties de pêches au barrage de Noisiel, sous la chocolaterie Meunier, référence très populaire dans les années cinquante.
Arpenter (en poète ) le parc, explorer, fouiller ( mémoire intime et mémoire collective tressées ensemble) aller à la rencontre de -et j’oserai ajouter le verbe « contempler »- pourraient être les mots-clés de cette résidence.
Ce sont là des notions qui sont au coeur de ma démarche. J’entretiens depuis l’enfance une relation privilégiée avec le paysage -et le monde paysan privé de mots. Très tôt Bachelard a nourri ma sensibilité et ma pensée. Adulte, je me suis engagée dans un travail hospitalier qui m’a tenu au plus près de la souffrance humaine et de la mort, et le retour au jardin familier, à sa lumière, ont constitué un contrepoids précieux pour reprendre souffle. Pour autant je n’idéalise pas la nature, j’en connais la puissance destructrice, les aspects mortifères dès lors que l’homme n’intervient pas.
Je note au passage la volonté d’ouverture du parc de Rentilly, l’abattage d’arbres pour faire respirer les lointains, pour ouvrir les frontières, miroir inversé de ce que j’ai connu dans la plupart des institutions hospitalières d’île de France (Maison-Blanche/Ville-Evrard, Neufmoutiers-en Brie, etc.) lieux dont les parcs magnifiques ont toujours pour fonction de cacher, de retrancher ce qui dérange, handicap ou folie.
Quels seraient mes outils pour répondre à cette proposition de résidence ? Poèmes, carnets, journaux. Ils permettent l’accueil de l’émotion au plus vif, ils enregistrent les traces d’un «penser-rêver». Ils constituent une matrice au sein de laquelle se déposent des couches de mémoire, d’instants et de réflexions mêlés que je reprends ensuite pour en travailler la langue. Il s’agit toujours de rejoindre, à partir de l’intime, un champ littéraire avec son exigence et sa dimension de partage. Ainsi les journaux que j’ai publiés depuis 25 ans sont-ils autant des journaux «extimes» qu’intimes.
En raison des nombreuses potentialités du lieu, il me semble indispensable de :
- Prendre d’abord le temps de découvrir le site, sans idée préconçue, sans volonté de maîtrise, sans projet trop figé.
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Occuper non seulement l’atelier de travail qui serait mis à disposition mais plus encore l’Orangerie, coeur du domaine me semble-t-il, avec ses 5 000 livres dans lesquels investiguer, tant du côté nature que représentation de la nature dans l’art ; occasion pour moi d’unifier mes centres d’intérêts, puisque le dialogue écriture/peinture est l’un des fils conducteurs de mon travail.
Le seul mot d’ Orangerie témoigne de l’irruption d’une réalité autre dans notre quotidien, une greffe d’«ailleurs» qui entre en résonnance avec les bains turcs, rêve d’exotisme et de domestication de la nature.
- A partir de ce point focal, l’Orangerie, arpenter les 54 hectares du parc dans ses dimensions concrètes, dans son épaisseur physique et symbolique, muni d’un carnet de notes comme le ferait un voyageur. Déployer l’écriture comme le pas, alternativement vers chacun des points cardinaux, (peut-être suivre en cela le relevé en étoile du plan) se porter tour à tour vers les arbres «remarquables», vers les points forts (comme les bains turcs, la salle des trophées) ou vers les limites du domaine (comprendre son inscription dans la communauté de communes). La notion de «voyage» serait étayée par les 70 km à parcourir pour me rendre à Rentilly depuis le village que j’habite à l’extrémité de la Seine-et-Marne, voyage dans le temps car passant en l’espace d’une heure d’un milieu entièrement agricole, avec ses fermes briardes traditionnelles, à la ville nouvelle, avec ses immeubles et centres commerciaux.
- Revenir régulièrement au coeur , l’orangerie et ses murs de livres, laisser place à la surprise, à une rencontre émotive avec un ou plusieurs ouvrages de ce fond exceptionnel. Travailler dans la proximité de ses usagers, interroger ceux-ci sur leur propres représentations de la nature, sur leurs attentes à Rentilly et leur manière de vivre leur ville-campagne.
L’aspect laboratoire ou atelier de cette partie de la résidence pourrait s’incarner sur le site de parc. Sans nécessairement tenir un blog que j’estime trop contraignant, je pourrais régulièrement mettre en ligne des fragments ou images du travail.
A partir de cette matière engrangée pendant les premiers temps, je proposerai deux pistes de travail pour entrer dans la phase de construction littéraire :
- «Voyage en Orangerie»
Dérouler le fil de la pelote à partir du mot orangerie, explorer son architecture, son inscription sociale, les fantasmes qui se cachent derrière ce lieu particulier, revisiter ses fonctions successives à Rentilly. Une orangerie qui perd son caractère d’hébergement des plantes en hibernation pour accueillir des livres sur les plantes, voilà une métamorphose intéressante dans le cadre d’une résidence d’écriture !
- «Bachelard à Rentilly»
Relire Bachelard au sein de cette nouvelle nature aménagée, convoquer sa présence, me placer dans son sillage et écrire à la lumière de cette confrontation un ensemble de proses ou poèmes (selon ce qui s’imposerait dans l’expérience vécue).
Quelque soit le choix définitif, j’aimerai faire dialoguer les mots avec un travail plastique (photos ou dessins). Ce pourrait être mes propres prises de vues au long de mes arpentages, ou bien une invitation faite à un autre artiste dont les préoccupations entrent en résonance avec les miennes.
Pour conclure provisoirement, je précise qu’il ne s’agit ici que de réflexions préalables demandant à être affinées et confrontées aux remarques des différents partenaires. En outre je n’aborde pas ici une partie essentielle, celle des rencontres/lectures, le travail riche d’échanges avec les bibliothèques et les collèges de la communauté de communes.
Ce qui m’enthousiasme dans ce projet, c’est qu’il offre l’occasion d’écrire un texte d’approfondissement de mes questionnements propres, et tout à la fois un texte imprévu. Un texte (poèmes ou proses) qui accepte de se laisser modeler par le jeu de la résidence, un texte qui n’aurait pas pu naître sans la rencontre avec le lieu et les personnes faisant vivre ce lieu.
Françoise Ascal, le 8 juillet 2009
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Un étroit rapport à l’art
La résidence d’écrivain doit d’abord permettre à l’écrivain de créer en toute sérénité durant ces mois de présence. Elle est aussi un projet complémentaire et essentiel dans la construction des actions que mène le parc culturel vers son territoire. La diversité de la création (artistique, littéraire) est un moyen de s’exprimer et d’appréhender le monde d’une façon différente.
Françoise Ascal détient un étroit rapport à l’art. Son écriture est parsemée de références à l’art pictural et architectural (Le Corbusier, Rothko – Cf. Rouge Rothko . Ed. Apogée, 2009). L’art est un moteur et un élément faisant partie intégrante de la démarche de l’auteur. Elle a collaboré sur plusieurs projets de livres d’artistes qui mêlaient écriture et peinture comme, par exemple, cette édition de Mille étangs , salve 4 de la série Voix multiples – Françoise Ascal, Philippe Aubry et Denise Desautels, 2006 ou encore Si seulement aux éditions Calligrammes de 2008, réalisé en collaboration avec Alexandre Hollan.
Cet aspect pluridisciplinaire, de décloisonnement entre les arts s’inscrit tout à fait dans la visée du parc culturel au travers de son centre de ressources documentaires, de ses résidences et de ses événements. La résidence pourra certainement être le lieu de nouvelles rencontres voire de projets entre écriture / arts vivants / arts plastiques.
Un autre pont se fait entre l’auteur et le parc culturel. Elle a grandi à Villemomble, à proximité de la Marne, de Noisiel et donc à proximité de la chocolaterie des Menier, notamment propriétaires du Domaine de Rentilly… Toutes ces balades d’enfance trouvent un écho particulier au parc de Rentilly.
Enfin, Françoise Ascal entretient une relation privilégiée avec les bibliothèques. Il est possible de le constater dans le texte publié sur remue.net.
Les attentes et les intérêts du parc culturel et de Françoise Ascal se croisent. Il est certain que la résidence avec cet auteur permettra de créer, de renforcer des liens qui affleurent déjà.
Au mois de février, Françoise Ascal rencontrera les bibliothécaires de la ville de Collégien pour déterminer la teneur de ses interventions le 14 mars pendant leur manifestation autour de l’écriture.
Puis, avec la Médiathèque départementale sera délivrée une action pour «Printemps des poètes» au mois de mars.
Pour son prochain projet d’exposition, à partir du mois de mars, le Parc culturel souhaite créer un rapport entre le travail d’écriture de l’auteur et l’artiste qui exposera. En effet, l’objectif sera de lier l’exposition d’arts plastiques au projet d’écriture et, si possible, de permettre des échanges entre Françoise Ascal et l’artiste plasticien qui exposera (a priori Matthieu Kavyrchine choisi avec le Centre photographique d’Île-de-France qui produit un travail où l’espace naturel de la forêt est associé à l’espace scénique).
Au mois d’avril, deux types de rencontres sont envisagées :
- une rencontre avec des élèves de primaire à la Médiathèque de Lagny-sur-Marne qui sera l’aboutissement du travail en amont dans les classes (lectures, découverte d’un auteur, etc.) réalisé par les bibliothécaires ou des «brigades poétiques».
- une rencontre avec des professionnels (bibliothécaires, enseignants) dans le clos de l’atelier de l’écrivain pour parler de la place de la poésie dans la société, la place de la poésie à l’école ou dans la bibliothèque.
Françoise Ascal aura aussi des cartes blanches pour inviter des philosophes, des sociologues, des spécialistes des jardins, des artistes plasticiens, des danseurs… tout autant de savoirs à mêler pour aboutir à une réflexion commune sur un thème mis en avant par l’auteur.
Au mois de mai, Françoise Ascal participera au festival PrinTemps de paroles
(22 et 23 mai 2010), le festival intercommunal de toutes les expressions artistiques.
Voir aussi
Sur ce site
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Résidences d'auteur
Présentation -
Auteurs
Le répertoire de la vie littéraire en Seine-et-Marne
Sur Internet
- Le Parc culturel de Rentilly
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Printemps de paroles
Festival de toutes les expressions artistiques, 17-23 mai 2010.
EN SAVOIR PLUS
Sur Françoise Ascal
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La seconde peau
, par Françoise Ascal
Un texte inédit pour le dossier "bibliothèque(s) en littérature(s)" de la revue, été 2006.
- Poezibao
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Responsable du développement culturel

