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Sous le soleil des docs

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  • 30-09-2011
  • Cinéma documentaire

Quand short, tongs et documentaire font bon ménage

Retour sur le festival de cinéma documentaire de Lussas (Ardèche), lieu de découvertes et d’explorations, qui s’est déroulé du 11 au 27 août 2011.

Un festival pas comme les autres

L’état général du festival

Pas de palmarès, mais un site

La France est un pays riche… de festivals de cinéma ! Une fois n’est pas coutume, le principe, à Lussas, est de donner à voir sans décerner de prix. Les états généraux du film documentaire est un festival dédié à la beauté du cinéma, aux rencontres, aux débats, à la défense d’un cinéma militant et de création. « Donner à entendre » et « Le cinéma comme expérience » restent les maîtres-mots de cette 23e édition.

Lussas, commune de 895 habitants, devient, le temps d’une semaine aoûtienne, le nombril du monde documentaire. Le festival est le point d’orgue d’un engagement permanent puisque Lussas accueille la maison du documentaire et une école documentaire qui délivre un master. Quelques 5000 festivaliers en short et tongs envahissent les deux rues du village, campent dans les prés, mangent les fruits fraîchement cueillis par les producteurs locaux.

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La commune dispose d’un centre culturel avec deux salles de projection, équipement complété le temps du festival par un chapiteau, un camion-cinéma de la région Centre et un bâtiment agricole aménagé pour l’occasion.

Comme tout festival qui se respecte, les états généraux du film documentaire sont une occasion de découvrir des films, parfois en avant-première, ou de les revoir, de prolonger leur vie sur les écrans. Plus globalement, dans une économie de production toujours plus difficile pour les cinéastes, les festivals sont primordiaux dans la diffusion des films documentaires. Rappelons aussi le rôle majeur des médiathèques dans la promotion de ce cinéma essentiel.

Programmation 2011

  • Ateliers : donner à entendre, le cabinet d'amateur
  • Histoire de doc : Tchécoslovaquie
  • Route du doc : Italie
  • Expériences du regard (sélection des pays francophones européens)
  • Afrique
  • Fragments d'une œuvre : Gunvor Nelson et Klaus Wildenhahn
  • Journée SACEM, journée SCAM (+ nuit de la radio)
  • Séances spéciales Plein air, ou le plaisir de voir des films en plein air, à la tombée de la nuit, et d’en débattre ensuite
  • Rencontres professionnelles
  • Débats à toutes les séances : une autre particularité de ce festival, miser sur la rencontre et l’échange. Chaque projection est prolongée par un débat avec le réalisateur, un spécialiste. Essentiel quand on se confronte à un cinéma exigeant.
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Pas de palmarès mais un coup de projecteur

Certes, il n'y a pas de compétition mais rien n'empêche de dresser une sélection toute subjective de films qui nous ont emballés, marqués, éclairés, interrogés

An angel in Doel

Tom Fassaert, 76'. 2011. Pays-Bas, Belgique

Situé à proximité du port d’Anvers, Doel est un village qui empêchait l’expansion mégalomane de la ville depuis des décennies. Alors que Doel est en train de mourir doucement, Emilienne essaie de vivre comme si rien n’avait changé. Sera-t-elle finalement obligée d’abandonner Doel elle aussi ?

Emilienne a choisi son camp, celui de rester, coûte que coûte, dans son village. Tom Fassaert l’accompagne dans ce bras de fer moral. Le sujet est évidemment grave, avec la disparition programmée de cette commune, de ses habitants, et en filigrane la mort qui hante Emilienne. Le parti pris esthétique du réalisateur est fort, avec une image en noir et blanc, de très beaux cadres et une photo soignée. La mise en scène, la façon dont le réalisateur crée une distance et nous fait sourire avec ses personnages truculents, attachants, rendent ce film des plus agréables. Précipitez-vous vers cette histoire belge qui dure maintenant depuis 5 ans…

Le site de Tom Fassaert (en néerlandais) ou voir un extrait

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Entrée du personnel

Manuela Frésil, 59’. 2011. France

« Au début, on pense qu’on ne va pas rester. Mais on change seulement de poste, de service. On veut une vie normale. Une maison a été achetée, des enfants sont nés. On s’obstine, on s’arc-boute. On a mal le jour, on a mal la nuit, on a mal tout le temps. On tient quand même, jusqu’au jour où l’on ne tient plus (...) Alors l’usine vous licencie. A moins qu’entre temps on ne soit passé chef, et que l’on impose maintenant aux autres ce qu’on ne supportait plus soi-même. Mais on peut aussi choisir de refuser cela. »

Le monde du travail peut s’enorgueillir d’être une intarissable source d’inspiration pour le cinéma, que ce soit en fiction ou en documentaire. A partir des récits de vie d’ouvriers des grands abattoirs industriels, Manuela Frésil livre ici un film vérité qui montre une fois de plus les dérives de l’industrie agro-alimentaire. Ces employés sont victimes de toujours plus de productivité. Et quand les machines sont là pour aider l’homme, on augmente les cadences pour amortir l’investissement. Le travail dans ce qu’il a de pire, avilissant, usant… et lorsque le corps abdique, l’entreprise vous lâche. Ce film est efficace, énervant, désespérant, mais nécessaire.

A noter, ce film a été primé au FID de Marseille en 2011.

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Il capo

Yuri Ancarani, 15’. 2010. Italie

Bienvenue dans les carrières de marbre de Carrare. L’homme y a inventé une fabuleuse langue des signes pour communiquer avec les machines : une série de gestes de bras ou de mains extrêmement précis, pour guider visuellement les hommes qui dirigent les pelleteuses.

Par le biais de gros plans sur les mains ou les visages, par la multiplication des ralentis, par l’absence de paroles, nous entrons dans une étonnante chorégraphie du travail, presque une nouvelle vision du monde. « Il capo », le chef de ce ballet, devient un homme-machine à la puissance et précision vertigineuses, encore accentuées par le contraste avec le paysage environnant - magnifique, calme, majestueux - mêlant montagnes italiennes et « banquise » de marbre. Un hommage particulier pour ce film court qui utilise cadrage et profondeur de champ pour nous entrainer dans un voyage entre science-fiction, onirisme et poésie.

Bande-annonce
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Mourir de travail

Description de l'image

Daniele Segre, 88’. 2008. Italie

Des ouvriers ou leur famille témoignent sur les conditions de travail et de sécurité sur les chantiers italiens.

Du début à la fin, le parti pris formel du film est très puissant : filmer la parole sans fard, sur fond noir, s’attacher aux visages de ceux qui retrouvent une dignité en se racontant. On entend les accidents mortels sur les chantiers, l’absence de sécurité, le travail au noir, mais aussi l’apprentissage du métier et la fierté que l’on a de son travail. Voici encore une fois la preuve de la force de la parole sans céder à la tentation du spectaculaire : le film dure 1h30 et on ne s’ennuie pas une seconde. La seule incursion de « l’extérieur » : des paysages qui ne servent que de toile de fond pendant qu’on entend la voix de ceux qui sont morts au travail. Jamais de voyeurisme, et pourtant on sort de ce film en ayant côtoyé la mort et le handicap permanent. Le cinéma joue ici pleinement son rôle, celui de dénoncer les abus quel qu’en soit le prix. Inutile de dire que la télévision italienne a refusé le film, qui est donc distribué par la maison d’édition du réalisateur…

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Tahrir

Stefano Savona, 90’. 2011. France-Italie

Le Caire, février 2011. Les Egyptiens font la révolution et occupent la place Tahrir jour et nuit. Ils disent, crient, chantent, avec des milliers d’autres Egyptiens, ce qu’ils n’ont pas pu dire jusqu’ici.

Le film est entièrement tourné avec un appareil photo numérique. Ce dispositif permet d’être au centre de l’action, aux côtés des différents protagonistes, de leurs slogans, de la musique et de la violence. La mise au point parfois aléatoire renforce le côté indéniablement vivant de la révolution, en dégage la force, la beauté, la joie de vivre et de lutter pour des convictions et la liberté. Et même au cœur de l’action, Stefano Savona soigne ses cadrages, capte les mouvements de foule, s’attarde sur les visages tendus et le regard intense des manifestants dans la lumière orangée du Caire en train de se libérer. Du grand cinéma !

Interview du réalisateur

Voir aussi le dernier film de Stefano Savona : Pallazo delle Aquile

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Tous au Larzac

Christian Rouaud, 120’. 2011. France

Décidément, Lussas justifie sa réputation de festival de cinéma engagé ! Retour en images sur la décennie de résistance organisée en Aveyron suite à l’annonce de Michel Debré, ministre de la Défense de l’époque, d’agrandir le camp militaire du Larzac.

Christian Rouaud reproduit le même dispositif cinématographique que pour Les Lip, l’imagination au pouvoir, construit sur une série de conversations. Ici se mêlent images d’archives et entretiens sur les principaux lieux de l’action. Les personnages, toujours aussi enthousiastes après toutes ces années, sont filmés seuls face à la caméra. Ce choix permet à Christian Rouaud de laisser la parole se dévider sans contrainte extérieure et de confronter les points de vue. Ce voyage dans le passé français est également l’occasion d’admirer le paysage balayé par les vents, façon western, et transmet au spectateur une formidable force de vie et une foi retrouvée en la solidarité et la lutte contre l’injustice.

Tous au Larzac ! sur France Culture

Interview

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Bakoroman

Simplice Ganou, 62'. 2011. France-Burkina Fasso

Les bakoroman sont des enfants de rue dans le jargon de Ouagadougou. Ils quittent leur famille pour fuir un monde qui les étouffe, les maltraite ou ne peut simplement pas les prendre en charge. Ils se créent une nouvelle famille, un nouveau monde, partent en terrain inconnu. Ils apprennent à se droguer, à voler, à fuir, à se battre, à ne plus avoir peur, se font des amis et des ennemis.

Le film est dur, sans concession, à l’image du monde dans lequel ces enfants doivent (sur)vivre. Leur parcours est relaté par une alternance d’interviews et de scènes de la rue. Les belles couleurs de l’Afrique, si elles soignent l’esthétique du film, ne font toutefois pas oublier les difficultés de sa jeunesse.

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Savoir raison garder

Mamounata Mikiema, 52'. 2011. Burkina Faso-France

L’un des éléments essentiels du processus démocratique réside dans la tenue d’élections libres, équitables et transparentes. Au Burkina Faso, les relations entre les différents acteurs politiques sont souvent difficiles. Cette difficulté se double d’une certaine tension quand survient une élection. Il s’en faut de peu pour que l’équilibre sociopolitique soit menacé et les élections entachées de doutes ou d’irrégularités.

Le film explore les coulisses de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), chargée d’organiser les élections présidentielles. Il révèle les difficultés administratives qu’elle rencontre dans l’application des textes régis par le code électoral, notamment pour l’établissement des cartes d’électeurs. Ce film est essentiel pour comprendre le difficile chemin vers la démocratie. Mamounata Nikiema dévoile une succession d’erreurs, de problèmes et autres non-sens administratifs. Cette démonstration tourne parfois à l’absurde, mais heureusement avec beaucoup d’humour !

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Koukan Kourcia ou le cri de la tourterelle

Sani Magori, 62'. 2010. Niger-France

Un long voyage du Niger à la Côte d’Ivoire, à la rencontre des Nigériens poussés à l’exil il y a 20 ans par les chants de Hussey, cantatrice adulée. Aujourd’hui, elle revient vers eux avec une chanson qui leur demande de rentrer au pays.

Le film soulève, en chantant, la question universelle de la séparation : pourquoi ces hommes ont-ils quitté leur terre natale ? Et qu’est-ce qui les a retenus ailleurs tout ce temps ? Le réalisateur est le fils de l’un de ces exilés. Il convainc la cantatrice, 75 ans, de s’engager dans une croisade vers Abidjian pour inviter les hommes au retour, aidée par sa voix toujours puissante et sa popularité. Il livre ici un étonnant témoignage sur cette charismatique griote, dont le chant, si surprenant, possède un étrange pouvoir d’envoûtement.

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