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Quelle place pour la poésie en bibliothèque ?

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  • 31-07-2017
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Intervention au Marché de la poésie

La place du livre de poésie en bibliothèque

Petit mémo d’une intervention lors du Marché de la poésie 9 juin 2017


La place du livre de poésie en bibliothèque est une question qui mérite notre attention de bibliothécaires. Nous participons facilement au Printemps des poètes, nous allons au Marché de la Poésie mais avons-nous une vision claire de la place du livre de poésie dans nos collections ?
Je me suis mise à chercher : côté BBF, pas de dossier sur la question, idem côté ABF, pas non plus de mémoire d’élèves conservateur, (sauf un sur la place de la poésie en BU et un autre prévu en mai 2015 mais qui n’a pas dû voir le jour), des articles sur le site de l’inspection générale des bibliothèques mais surtout sur la place de la poésie dans différents départements, les bibliothèques sont présentes comme les théâtres, éditeurs, salons etc…J’ai juste trouvé un livre d’Etienne Ruhaud aux éditions de l’Harmattan dont le titre était sans ambiguïté : La poésie contemporaine en bibliothèque.
Il est vrai que les bibliothécaires n’ont pas toujours le goût de la théorie et que souvent, ils préfèrent faire que de laisser des traces de leurs actions, plus militants que producteurs d’articles.



Petit état des lieux approximatif avec quelques éléments glanés de-ci de-là


Les bibliothèques non soumises à des critères de rentabilité, ayant pour mission l’ouverture à toutes les formes de culture et surtout à celles de qualité qui souvent ne bénéficient pas d’un intérêt médiatique et commercial, sont les lieux par excellence pour l’accueil du livre de poésie.

Qu’en est-il en vérité ? Souvent le budget pour l’achat de livre de poésie n’est pas défini clairement. Il est englobé dans celui des 800. Il existe un lectorat fidèle et exigeant qui fait parfois des demandes mais le plus souvent, les bibliothécaires constituent leurs fonds à partir d’anthologies, de poètes classiques et reconnus, des quelques éditeurs contemporains repérés, des titres signalés dans la presse professionnelle jeunesse. Beaucoup de bibliothécaires avouent ne pas connaître la production actuelle ou ont des difficultés à se procurer des titres mal diffusés : problème de repérage sur Electre, problème des marchés. Parfois, c’est la rencontre avec un poète qui va amener des commandes de poésie contemporaine : les siens et ceux de ses compagnons de route.
Pourtant la production en matière de livre de poésie est plus que vivace et créative. De même que l’abondance des revues, plus de trois cents mais l’absence de cette production dans la presse professionnelle et générale est un drame. Seul Le Matricule des Anges valorise encore l’édition de poésie contemporaine. Il faut suivre régulièrement les sites tels que Poezibao, Sitaudis, Terres de femmes etc…pour suivre les nouveautés. Les événements tels que le Printemps des poètes, le salon de Tinqueux, la biennale internationale des poètes en Val de marne et évidemment Le Marché de la poésie offrent de solides repères pour les acquisitions.

Le taux de rotation de ces fonds est de 2% environ.

A regarder de plus près, il se passe beaucoup de choses autour de la poésie en bibliothèque. Allez donc jeter un œil chez nos collègues de la Médiathèque de l’Eure qui font Place à la poésie en partenariat avec le théâtre Ephéméride ! Beaucoup de bibliothèques s’impliquent comme la Médiathèque de Gradignan avec un fonds de poésie conséquent, ou la BDP des Landes qui promeut la création contemporaine. A Angers grâce à l’association la Miel, des résidences de poètes et des rencontres régulières ont lieu à la BM et Bibliothèque anglophone.

Dans les CDI : peu de poésie contemporaine, un peu plus dans les CDI de lycées.
Dans les bibliothèques des CDDP : petits rayons poésie jeunesse
Dans les bibliothèques d’Hôpitaux, presque pas de poésie un tout petit peu plus en Prison.

Le livre de poésie peu exposé

Installation "Troc je te lis, tu me lis"

Le livre de poésie peu exposé dans la vie demande à être sur exposé en bibliothèque : Il existe un peu partout des bibliothécaires motivées aux idées originales qui mettent le fonds poésie à côté de la banque de prêt, s’amusent à présenter les livres autrement, avec présentoirs, affiches d’éditeur, marques pages, dans des expositions, font des mises en voix, des scènes ouvertes, organisent des rencontres, des résidences… La poésie contemporaine couvre un champ varié, il est donc possible d’innover en permanence et de multiplier les partenariats (maison de retraite, prisons, MDS, librairies, écoles, maison d’édition, librairies, etc…)
Petite réflexion de bibliothécaire d’ordre très technique : le classement Dewey place la poésie du côté des documentaires, dans les fameux 800, entourés, voir noyés, par les livres d’art, géo, l’histoire, les guides, les sciences humaines. Est-ce vraiment un bon endroit pour valoriser ce fonds ? Les lecteurs de fiction, quand ils flânent pour chercher de quoi se mettre sous les yeux, errent du côté des romans. Pourquoi ne pas déplacer les livres de poésie comme les correspondances de ce côté-là ? Cela pourrait éviter que Jacques Roubaud ait son œuvre éclatée : Le Grand Incendie de Londres, orphelin de Quelque chose noir. Et pendant, la rentrée littéraire, grand moment attendu des lecteurs, ne pourrait-on pas glisser quelques nouveautés en poésie. Les romans ne peuvent être les ennemis de la poésie, mais des compagnons de route ? Comme le dit Jacques Jouet : « la poésie c’est nuit et jour et toutes heures sont propices ! ».

Le livre de poésie à la Médiathèque départemental de Seine-et-Marne


L’achat de livres en poésie représente 8,74 % du budget général des livres soit 17000 euros. Les livres de poésie représentent 40% du fonds littérature. 44% des livres du fonds poésie sont empruntés. 29% des livres empruntés dans le rayon littérature sont des livres de poésie. Ces chiffres sont le résultat d’une politique d’acquisition alliée au développement culturel pour la mise en valeur de la création contemporaine.

Actions de la valorisation de la Médiathèque départementale pour la poésie :
Le dispositif des A Voix vives Poésie : 2 poètes choisis par an pour 8 à 10 classes de collégiens. Sont venus dans le cadre de ce dispositif : Isabelle Damotte, Patricia Castex-Meunier, Jean-Pierre Verheggen, Ito Naga, Véronique Pitollo, David Dumortier, Dominique Cagnard etc..

Ateliers du mardi :
Côté poésie, nous avons invité un éditeur EPM, livres et Cd poésie en la présence de Bernard Ascal, nous avons aussi mis en valeur un répertoire des auteurs, revues et librairies en 77. Nous avons ouvert l’atelier du mardi à Yves Boudier, président du Marché, afin qu’il donne quelques pistes aux bibliothécaires pour visiter le marché, un atelier d’écriture autour des œuvres de Fabienne Yvert et avec elle lors d’une journée d’étude.

Des résidences dans le cadre du dispositif Ile-deFrance :
Des poètes ont été accueillis en Seine-et-Marne sur des temps longs six à dix mois : Françoise Ascal, Jacques Jouet, Fred Griot, Olivier Salon au Parc culturel de Rentilly, Frédéric Forte à l’Université de Champs-sur-Marne, Jean-Paul Honoré au collège de Vert-Saint-Denis, Geneviève Huttin au collège d’Avon.

Partenariat avec le Musée départemental Stéphane Mallarmé :
Des auteurs contemporains viennent parler de leur lecture de Mallarmé : Jean-Michel Maulpoix, Christian Doumet, Yves Bonefoy, Nimrod, Jean-Christophe Bailly. Corinne Atlan est venue traduire une poétesse japonaise. Jacques Jouet a réalisé des poèmes adressés avec Benoit Casas, Cécile Riou, Jean-Paul Honoré et Jacques Roubaud. Un pique-nique-poésie a été organisé avec Laurence vielle, Chantal Bizzini, Marc Delouze, Jacques Demarcq.

Des présentations renouvelées :
L'installation L'Atelier est un dispositif scénographié conçu pour mettre en valeur les livres singuliers et livres d'artiste dont beaucoup de livre de poésie. Troc je te lis, tu me lis est un dispositif ludique de lecture à voix haute.
Sur des "murs facing", des présentations sont faites régulièrement autour de la poésie lors du Printemps des poètes, des A Voix vives, du Marché de la poésie.

Se former pour mieux acheter et valoriser

A venir, le 19 décembre 2017

A la Médiathèque départementale, nous tentons de maintenir nos découvertes à jour en continuant de nous former (Salon du livre de Tinqueux, Marché de la Poésie, lectures croisées, proposition de texte de poésie pour le Prix des lycéens, rencontres en librairies etc…). Nous avons appris que bientôt une centrale ou une coopérative proche de Paris permettrait une belle exposition des nouveautés.
On forme de plus en plus à l’éducation du regard, aux nouvelles technologies, aux new media, arts visuels plastiques. Ce qui est une bonne chose quand ce n’est pas une mode mais la formation à la poésie contemporaine pourrait prendre une place plus essentielle. La poésie devrait être le phare du travail autour de la langue et de ces possibilités (à l’école, comme en bibliothèque, comme en librairie). Et comme le dit David Dumortier lors de ces interventions devant les classes : « les gens qui nous dominent sont ceux qui maîtrisent la langue, il est urgent que les jeunes la maîtrisent aussi pour être libres, et ne surtout pas devenir des dominés » .

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