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Eclairer le présent

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  • 06-02-2012
  • Sciences humaines

Des auteurs, des lieux et des actions pour penser libre !

Le jeudi 13 octobre 2011 se déroulait une journée d’étude « Penser libre », deuxième du cycle « Eclairer le présent ! ». Vous y étiez peut-être ou pas… Vous aurez, quoiqu’il en soit, plaisir à retrouver, dans les grandes lignes, les propos des intervenants. N’oubliez pas de prolonger votre visite par les liens proposés et les livres sélectionnés.
Vous serez ainsi libres de penser, prêts à nous retrouver le 12 avril 2012 pour la troisième journée du cycle et armés pour transmettre à vos lecteurs des parcours nouveaux dans les collections de sciences humaines.

Des auteurs pour penser libre

Développer une aptitude à penser libre

Philippe petit

Philippe Petit

Philippe Petit, philosophe, a longtemps présenté l’émission La Fabrique de l’humain sur France Culture. Il est rédacteur en chef du Journal Marianne et coproducteur avec Adèle Van Reeth des Nouveaux chemins de la connaissance. Il anime également le blog Pensées libres dans lequel il propose un éclairage sur des sujets d'actualité.

Philippe Petit aborde la problématique en évoquant l'importance de développer une aptitude à penser libre. Il part de l'exemple de la lecture de la presse pour aboutir à la manière d'aborder l'oeuvre d'un auteur.

Dans notre société de la vitesse, de la circulation des marchandises et des hommes, des ralentissements sont nécessaires pour pouvoir se repérer. Presse et sites internet sont des prescripteurs qui aident à ce repérage. Aujourd’hui la presse s'est transformée : les journaux ont toujours une ligne éditoriale mais ils n’ont plus d’équipe de presse à demeure. Certains auteurs sont plus médiatisés que d’autres. Ainsi on ne parle jamais de Pierre Legendre tandis que Pierre Nora, aura systématiquement des articles dans la presse. De ce point de vue, rien n'a changé : à toute époque des auteurs tels Franz Fanon, Franz Kafka, Herman Melville étaient ignorés alors que paraissaient leurs textes.

Le lecteur d'aujourd'hui ne sait plus décrypter une signature. Il suit globalement un journal et au mieux une ligne éditoriale. Or reconnaître une signature c’est déjà entrer dans la forêt des significations : qui écrit, pourquoi, d'où vient cette personne, quels sont ses liens avec d'autres, avec le sujet traité etc.... C’est le premier acte qui nous permet d’apprendre et de prendre de la distance. A ce moment là, on peut parler de liberté de penser, de construction de l'esprit critique. De même, quand on lit un essai, il ne faudrait pas s’arrêter à ce titre mais suivre l'ensemble de l'œuvre d'un auteur pour saisir l'histoire d'une pensée.

Philippe Petit propose un panel d'auteurs essentiels pour apprendre à penser au-delà des idées toutes faites, comme Bernard Stiegler, Olivier Mongin, Mireille Delmas-Marty, Fabienne Brugère, Alain Supiot, Stanislas Dehaene, Jean-Claude Milner.
Reste alors la place du désir, notion incontournable, qui nous conduira vers ces grands auteurs quelque soit le temps dont on dispose.

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Les philosophes pour nous aider à penser libre

la philosophie (livre de Alain Renaut)

Jean-Cassien Billier maître de conférences à la Sorbonne et enseignant à Sciences Po, co-dirige le Collège de Philosophie avec Pierre-Henri Tavoillot et Eric Deschavanne. Il est aussi membre du conseil de rédaction des revues Raison publique, Les cahiers de la justice et rédacteur en chef de la rubrique Penser l’éthique.

Jean-Cassien Billier choisit le thème de la gestation pour autrui afin de révéler le rôle des philosophes pour aider à penser libre dans les débats éthiques qui animent notre société. Il a notamment illustré son propos avec le cas des époux Menesson dont les jumelles sont nées d’une mère porteuse aux Etats-Unis. Cet exemple visait à interroger la possibilité de devenir mère. Jusqu'où va-t-on? Que reconnaît la société? Comment trancher? Aucune approche ne détient pleinement la vérité, mais toutes complexifient le débat et permettent de ne pas décider trop vite, trop brutalement.

Un premier éclairage est apporté avec Françoise Héritier anthropologue et disciple de Claude Levi-Strauss, qui met en valeur le fait que, pour certaines civilisations, être femme c’est être mère. La société développe alors de multiples remèdes pour lutter contre la stérilité.
Ulrich Beck, sociologue, explique qu'aujourd'hui, plus que jamais, que la structure classique de la famille est bouleversée au nom d’une valeur extrême : celle de l’amour. Au nom de l'amour, ce font les ruptures. Au nom de l'amour, vouloir un enfant justifie tous les moyens d'y parvenir.
Quant aux philosophes ils sont partagés sur ce débat. Sylviane Agacinski pense que la commercialisation du corps doit rester un tabou, de même que la gestation pour autrui. A l'inverse Ruwen Ogien soutient que de nombreux services corporels étant commercialisés, il n'y a pas à faire d' exception avec la gestation pour autrui.

Jean-Cassien Billier développe alors la thèse suivante : toutes les sociétés démocratiques modernes sont des sociétés pluralistes. Le pluralisme devrait être une valeur, une chance pour la démocratie, et non un risque. Plus nous discutons avec les autres, plus nous nous apercevons que nous sommes potentiellement en désaccord. Et c’est tant mieux. Il est tout à fait normal de changer d’opinion au cours de sa vie. Seul l’Etat doit rester le plus neutre possible. Philosophes, anthropologues, sociologues nous aident à accepter la pluralité des points des vues et à éclairer les enjeux multiples d’un problème.

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Des lieux, des actions pour penser libre…

Des bibliothèques pour penser libre ?

bibliothèque

Yves Desrichard est rédacteur en chef du Bulletin des bibliothèques de France.

Yves Desrichard commence par décrire ce qui nous empêche de penser libre. La publicité, les sondages ... qui orientent nos idées dans les médias. L'omniprésence de l'image, du multimédia qui réduit l'importance de l'écrit et de la lecture. L’absence d’éducation, le manque de méthode mais aussi le trop plein d’éducation qui conduit à des formatages. Tout participe à l'aveuglement. Il a aussi évoqué le bruit, le temps qui manque, les autres, les contraintes sociales, financières, etc.

Heureusement des lieux, certes de moins en moins nombreux, aident à penser libre. Les bibliothèques en font partie. Accessibles à tous, ce sont des lieux de silence où tous les domaines, toutes les tendances sont représentés. Là se trouvent des outils critiques indispensables à la libre pensée. Yves Desrichard relève l’aspect financier positif : le temps n’a pas de valeur marchande dans une bibliothèque. « D’évidence , les bibliothèques participent à la construction du « penser libre » de leurs lecteurs, de leurs utilisateurs, des "fréquentants", des usagers. Quoi que… ».
En effet, des limites apparaissent : le temps d'ouverture des bibliothèques n’est pas forcément le temps libre des gens, le libre accès à l’information est parfois freiné par le système de cotation Dewey, un mode de classement intellectuel imposé.
Pour finir, Yves Desrichard souligne la nécessité d’aller dans les marges et d’éviter le mainstream pour penser libre.

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Devenir des lieux qui engagent à penser. Ils ont tenté, ils en parlent…

Café des lumières

Stéphane Grene, directeur de la MJC de Combs-la-Ville, tente, avec les Cafés des Lumières, de combler l’écart entre experts et citoyens et de lutter contre les obscurantismes.
L’expérience remonte à 2004. Ce sont des rapports houleux avec les jeunes qui ont déclenché les premières discussions. L'homosexualité, les juifs, les complots de la république, font l'objet de discours emplis de préjugés, loin d’une pensée libre. Des ateliers de découpage et d’affichage d’articles de journaux ont alors été mis en place, provoquant d'autres échanges. Revues de presse, expositions et débats sont peu à peu devenus activités courantes de la MJC, informant les jeunes, leur faisant découvrir les différences existant entre eux, afin de casser les rapports de force. Faire de la prison, n'est plus alors devenu forcément un critère distinctif positif par exemple. En somme, ils sont parvenus à élaborer une opinion d’après leur réflexion personnelle au lieu de reprendre des idées toutes faites, entendues ici et là.
Aujourd'hui, parce que les paroles de chacun peuvent nourrir la réflexion des penseurs et chercheurs, une nouvelle formule est mise en place avec le Café des Lumières. Tous les mois depuis 2006, des experts (scientifiques, politiques…) viennent gratuitement partager leurs connaissances avec le public de 15-25 ans. Ces confrontations provoquent une valorisation de la pensée argumentée. Le concept de Café des lumières a été récemment étendu à toute la Seine-et-Marne. Les thèmes, choisis en commun au sein de la MJC, peuvent donner lieu à des variantes quant à l’organisation. Par exemple, la programmation d’un Café gastronomique a permis d'interroger les effets de l’alimentation industrielle.

Créer des parcours scénographiques qui font sens dans les collections des bibliothèques : la démarche est présentée par Laëtitia Touchard, attachée de conservation du patrimoine, responsable pendant 5 ans de la « mise en scène des collections » au sein du Réseau des Médiathèques du Val d’Europe en Seine-et-Marne. Symbolisant la rencontre entre le monde des musées dont elle vient et celui des bibliothèques, elle a exposé en détail son expérience autour de ces parcours scénographiés au sein des collections et leur impact sur le public et le développement d’une pensée éclectique, voire libérée.

Autre expérience, cette fois-ci en Essonne, les Politikafés. Vincent Edin, journaliste animateur de ces rencontres, explique l'idée originale de deux bénévoles socialistes. L'envie d’échanges réels autour de questions politiques et sociales a motivé la programmation de rendez-vous autour de trois intervenants et de thèmes généraux (santé, éducation, culture…) . Le but est d’informer, d’émettre des opinions, de débattre.
Une petite salle, prévue pour une centaine de participants, accueille ces séances en début de soirée, vers 20h30. Les intervenants disposent d'une heure chacun pour exposer leurs travaux sur la thématique. Le public n'est pas bridé, alimente la réflexion en cours. La parole circule librement et peu à peu chacun perçoit le pan caché d'une préoccupation quotidienne.

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Gestation pour autrui - Maternité

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Cafés des lumières

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    Les MJC en Seine-et-Marne / Union départementale