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Festival Cinéma du Réel

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  • 10-04-2015
  • Cinéma documentaire

Du 19 au 29 mars s'est tenue la 37e édition de ce grand festival du film documentaire à la BPI. Retour sur images !


Palmarès

Tous les films primés

Le mois de mars est traditionnellement l’un des grands rendez-vous du cinéma documentaire. Pendant 10 jours, le Centre Pompidou à Paris héberge le festival Cinéma du Réel. Le festival porte aussi ses images au cinéma Luminor, au Centre Wallonie Bruxelles, au Forum des Images, sans oublier les séances hors les murs. Enfin, pour ceux qui n’ont pu se rendre à Paris, séances de rattrapage en VOD grâce à Medialib77.

Le programme, éclectique, s’adresse aux curieux de leur monde, à tout ceux qui ont soif de s’interroger, réfléchir et débattre. Cinéma du Réel permet un voyage à la rencontre du monde, des mondes, parfois si proches et si lointains, si lointains et si proches.

Au programme : de nombreux films répartis en quatre compétitions (compétition internationale, compétition française, compétition premiers films, compétition courts-métrages), des rétrospectives et des programmations thématiques.

Comme nombre de festivals, le Réel permet de voir, entendre, questionner les faiseurs de films, les réalisateurs venus du monde entier.

Impossible de tout voir, il faut faire une sélection parmi la sélection, composer avec les grilles horaires, le retour en RER.

Petite sélection de films qui ont retenu notre attention, en espérant leur sortie prochaine sur les écrans. Cette année, Laurence Bourdon de l'Astrolabe de Melun et Geneviève Renou de la médiathèque François Mitterrand de Pontault-Combault se joignent à nous pour étoffer la sélection.

Compétition française

C’est ma vie qui me regarde

Damien Fritsch - 102’ - France - 2015
Mention spéciale du jury jeunes et mention du jury des bibliothèques

Alice, quatre-vingt-huit ans, vit seule chez elle depuis la mort de son mari il y a trois mois. Son voisin, à qui elle a demandé de l’aider à se maintenir à domicile, vient faire son portrait filmé au jour le jour.

La première image est un choc : le visage d’Alice apparaît brutalement à l’écran, dans l’obscurité de sa maison alors que le soleil brille au-dehors. C’est la première rencontre avec cette vieille dame au caractère bien trempé, qui oscille entre douceur et fermeté mais sait une chose : elle ne veut pas finir ses jours ailleurs que dans sa maison. Ce portrait d’une femme encore bien vivante se fait dans le clair-obscur de son salon, toujours à sa hauteur, avec la pudeur permise par un hors-champ délicat qui capte la confidence (la jolie scène de la douche dans laquelle nous restons à la porte, mais entendons les souvenirs déroulés par Alice pendant qu’on l’aide à se laver).

Si Alice et le réalisateur sont les points fixes du film, la maison change pour tendre vers un hôpital de plus en plus aseptisé au fil des travaux de rénovation : installation d’une salle de bains, réfection de la cuisine, puis du salon. La valse du personnel des services sociaux rend le quotidien possible et rompt la solitude. Si Alice nous fait sourire par ses sorties directes ou en allumant nombre de cigarettes sur lesquelles elle tire goulûment, elle nous émeut aussi lorsqu’elle évoque sa vie difficile aux côtés de deux maris alcooliques, et la mort de ses deux fils avant la trentaine. C’est un beau film sur l’accompagnement et la confiance, résolument tourné vers la vie.

Playlist Dailymotion de Dora films

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C'est quoi ce travail ?

Sébastien Jousse, Luc Joulé - France - 100' - 2015
Prix international de la Scam 2012

Dans l’usine PSA Peugeot-Citroën de Saint Ouen, un compositeur en résidence prélève des sons. Les portraits d’ouvriers du film pourraient porter le même titre que le concert qu’il y donnera : Intimité.

Le travail, « ciment de l’être humain », fait l’objet de nombreux films, ici un portrait d’ouvriers dans une usine PSA. Le film, et c’est là son originalité, est réalisé à l’occasion d’une résidence d’artiste dans l’usine. Un musicien, compositeur, Damien Frise (vérifier le nom) déambule librement dans l’usine, capte les sons, les travaille, crée avec le personnel une chorale. La caméra filme ces œuvres, symphonies de gestes et de sons.

Le film s’ouvre sur les machines, ensuite seulement apparaissent à l’écran les mains au travail. La présence du musicien a quelque chose d’iconoclaste, lui avec ses antennes, ses micros, allant d’un poste à l’autre où le travail des ouvriers est rythmé par les robots, où l’homme fait partie de la machine.

Le montage alterne les séquences de composition, de chorale et des entretiens d’ouvriers diffusés sur les images de l’usine en mouvement.

C’est quoi ce travail est un film à voir et entendre pour les mondes qu’il fait se rencontrer et pour sa capacité à montrer le langage, la parole filmée. C’est le troisième film de ce duo de réalisateurs, tous leurs films sont pensés pour la projection en salle. 

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Sempre le stresse cose

Chloé Inguenaud, Gaspar Zurita -79' - 2015 - France
Label IB

Naples, quartier de la Sanità. Quatre générations de femmes vivent un quotidien répétitif dans un espace domestique tout juste étendu au trottoir, et où les hommes sont quasiment absents.

Entre les quatre murs, du salon - salle à manger - chambre à coucher de la famille, nous avons un rendez-vous quotidien avec quatre femmes. Nous sommes à Naples, la rue est étroite, le trottoir prolonge l'espace. L'espace est si petit que la vie y déborde, impossible d'y cacher quoi que ce soit, aussi, le temps d'un tournage, filmeurs et filmées sont complices et le revendiquent. Les disputes, les moments de tendresse, le passage du boulanger, le ménage encore et encore, rythment les jours comme autant de répétitions. Mais le temps passe, le vieux est parti enfin délivré alors que le bébé est né...
La position de spectateur plongé dans le menu de ce quotidien peut être parfois gênante mais elle est compensée par la qualité de la relation qui s'est établie entre les cinéastes et la famille. La caméra les respecte et sublime l'ordinaire.

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Compétition internationale

Et le bal continue 

Gueorgui Balabanov - France, Bulgarie -90' - 2015

D’un député nationaliste et haltérophile à un vedette télévisée queer, portrait en coupe parfois cocasse d’une Bulgarie désorientée, prise entre l’héritage soviétique et l’entrée dans l’UE.

Et le bal continue ou une façon de découvrir le monde à travers le regard singulier d’un réalisateur. La caméra de Balabanov ne rencontre pas de fervents partisans de l’Europe ni du souvenir soviétique. Il joue avec les frontières de la fiction, notamment avec son enquêtrice aux questions aléatoires. Il faut dire qu’elle est confrontée à une population bulgare désenchantée, pauvre, dont les principales préoccupations sont de se nourrir et trouver du travail.

Le réalisateur montre la situation mais, par son montage, prend le parti d’en rire. Au final, il se dégage du film une note d’espoir.

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In the underground

Zhantao Song - 90’ - Chine - 2014
Mention spéciale du jury 

Avant chaque descente dans la mine chinoise de Sunzhuang, les mineurs récitent par cœur le règlement de sécurité, qui n’empêche pas les extrêmes périls filmés ici. A la surface, les femmes pleurent leurs morts.

Ce qui frappe tout d’abord dans ce film, c’est la totale séparation entre les hommes et les femmes. Ils travaillent, elles prient. Et même s’ils partagent la solitude, l’angoisse et la fatigue, aucun ne comprend vraiment ce que vit l’autre.

Malgré l’extrême danger lié à la mine, le film donne une vision esthétisée de ces conditions de vie rudes et épuisantes. L’interminable descente de l’ascenseur qui emmène les mineurs au centre de la terre, le point de lumière qui rétrécit, l’eau qui ruisselle et rend tout luisant, le charbon qui s’accroche aux corps, les cordes qui frottent les dos sous la douche, tout devient beau et terrible à la fois. Et ce qui étonne ici, c’est la place de la caméra : elle est là au même titre que les travailleurs, dans les mêmes conditions, à la même distance, là où les choses se passent. Cette même caméra qui, proche des mineurs et de leurs familles, se fait oublier et capte les confidences en toute confiance, dans le respect. Un film magnifiquement dur. 

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Killing Time - Entre deux fronts

Lydie Wissaupt-Claudel - 88’ - France, Belgique - 2015
Grand prix du cinéma du réel 2015 

La base militaire californienne de Twentynine Palms est un sas pour de très jeunes Marines qui y stationnent, de retour d’Irak ou d’Afghanistan, avant de repartir pour une autre mission. Comment « tuer » le temps, désormais ?

Ce film montre sans fioritures la difficulté du retour à la vie civile pour ces jeunes soldats qui restent toujours entre deux. Une fois passées les retrouvailles familiales, les fêtes entre amis, les soirées alcoolisées, le temps est comme suspendu et l’atmosphère pesante dans cette ville au milieu du désert, entièrement dédiée aux soldats de passage (magasins de vêtements et de matériel militaires, pressing spécialisé dans les uniformes et galons officiels, coiffeur pour marines, etc.)

L’impression qui se dégage est celle du vide, de la solitude et de l’incompréhension face à des traumatismes qui sont tus. Le seul lieu où les langues se délient un peu est le salon de tatouage, où les corps s’exposent et où les messages tatoués montrent toute l’ambivalence de ces jeunes hommes qui regardent la mort en face au quotidien. Les plans sont très beaux, presque photographiques : les cadrages serrés sur certaines parties du corps, les mains, laissent le champ et le temps pour un début de formulation.

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Margina

Ljupcho Temelkovski - Macédoine, Allemagne, 82' - 2015

Dans les marges de l’Europe, une famille rom de Macédoine survit de la coupe de bois de chauffage. La difficulté économique et le racisme ambiant la poussent à s’exiler.

Pour son premier film, le réalisateur choisit de nous révéler la vie d’une famille rom, qui parmi d’autres, vend sa force de travail pour la coupe du bois de chauffage. A bord de drôles de voitures-scies, les hommes cherchent à se faire embaucher pour débiter du bois de chauffage. Les journées passent entre débrouille pour entretenir et réparer les engins, les lames de scie et la quête du travail.

Une nouvelle fois le cinéma met à l’écran les conditions de vie difficiles et l’inévitable exil des roms qui espèrent trouver dans l’ailleurs des conditions de vie meilleures. Leur rêve d’exil, longtemps préparé, peut tourner court et s’arrêter net avec la rencontre d’une patrouille de police sur leur route.C’est alors un retour à la case départ, avec encore moins d’argent et l’espoir envolé. 

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Strannye chasticy

Dennis Klebleev - 51' - 2014 - Russie
Prix Joris Ivens & Prix des jeunes Cinéma du réel

Chercheur et enseignant, Konstantin, jeune physicien passionné, vit de chiffres et d'équations pour lire le monde qui l'entoure, la quantique y règne en maître. L'été venu, il se voit continuer son enseignement sur les heures d'études du camp d'été de l'Université. Là, il entre en concurrence avec la plage et les filles... Ce portrait tout en finesse nous montre autant ses difficultés à appréhender la trivialité du quotidien, que le fonctionnement d'un camp universitaire russe. Drôle et sensible. 

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Une jeunesse allemande

Jean-Gabriel Périot - Allemagne, France, Suisse - 93' - 2015
Prix intenational de la SCAM, Label IB

Comment Meinhof, Baader, Meins, Hensslin et Mahler, jeunes intellectuels allemands nés dans les années 1940, en sont-ils arrivés à poser des bombes au nom de la Fraction Armée Rouge (RAF) ? Comment une démocratie a-t-elle généré des « ennemis de la démocratie », ainsi qu’Helmut Kohl désigne la RAF dans un discours ? Le film -un montage français, pourrait-on dire- apporte une réponse en images et en sons. Se tenant à des archives visuelles et sonores, Jean-Gabriel Périot retrace à la fois l’histoire d’une radicalisation et sa réception dans les médias.

Au delà de la question de l'histoire allemande des années 70 revue à l'aune du cinéma - archives, fiction, cinéma expérimental - c'est une interrogation sur le poids des mots et des représentations médiatiques. A l'heure où le terrorisme est devenu à la fois leitmotiv et justification, ce portrait d'Andreas Baader et Ulrike Meinhof documenté et ordonnancé, rappelle leur place d'intellectuels avant la radicalisation de leur mouvement. Leur engagement et les arrangements avec l'histoire qui aboutirent à leur disparition dans des conditions qui restent troubles, sont le fil rouge de ce travail de reconstitution tout en images et voix off. 

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Programmation Keith Griffiths 

Looking for light : Jane Bown

Michael Whyte, Luke Dodd - 90’ - Royaume-Uni - 2014 

“Un portrait d’une des plus grandes et modestes photographes qui soient, Jane Bown, qui se dessine au gré de conversations, anecdotes et réflexions sincères.”

Voici un très beau portrait, tout en douceur et en subtilité, d’une octogénaire qui se livre à travers photos d’enfance, de carrière et anecdotes. Parfois seule face caméra, parfois aux côtés d’un des réalisateurs, elle raconte sa vie, ses peurs, sa manière de travailler, ses relations avec des collègues qui sont devenus sa famille. En toute modestie, elle nous livre un parcours comme il n’y en a plus : sans formation technique mais avec un incontestable instinct photographique, elle a pu réussir en tant que photographe de stars grâce à son caractère faussement effacé. Des interviews d’amis ou de photographes reconnus achèvent de tisser ce portrait croisé.

Enfin, de beaux clichés émaillent le film à intervalles réguliers : en plein écran, sans musique, sans voix-off, nous voici « obligés » de regarder et d’apprécier les œuvres de ce génie du portrait.

Voir un extrait commenté (en anglais)

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Une histoire en images : focus sur la Cinémathèque de Grèce

Séance industrie 


Cette séance, composée de 2 courts métrages et un long métrage, s’est donné pour objectif de montrer des époques et des façons de filmer différentes.

A noter, le long métrage Matière première (1h19), film de Christos Karakepelis, tourné en 2011. Tourné en pellicule, sur une période de 6 ans, il montre roms et migrants qui collectent les matériaux, notamment les ferrailles et les revendent aux industriels qui les revalorisent. Le film est une illustration supplémentaire que la misère des uns fait la richesse des autres.

Les migrants vivent de nos restes, dans des camps aux conditions sanitaires extrêmes. Les plus chanceux sont employés par les industriels, ils triment, prisonniers de leurs conditions.

Toute cette misère laisse parfois une place à l’espoir, comme ce très beau moment dans le film où un enfant monte sur le toit de sa maison et s’occupe de ses pigeons voyageurs.

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