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Des détenus membres d’un jury littéraire

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  • 07-06-2016
  • Prix Esprits Libres

La Médiathèque départementale rejoint le prix Paris Diderot

A Réau, le vendredi après-midi, le jury se réunit

Carine Trevisan

Ils sont quinze participants, incarcérés au centre pénitentiaire de Réau. Ensemble, ils constituent le jury du prix Paris Diderot-Esprits libres 2016, présidé par Adrien Bosc, lauréat 2015. Accompagnés par Régis Salado et Carine Trevisan, professeurs de lettres à Paris Diderot, les jurés du prix ont à choisir parmi six ouvrages pré-sélectionnés. L'initiative du prix Esprits libres est portée et financée par la Fondation Paris Diderot.

La Médiathèque départementale a offert ces six livres à chacun des détenus car lire quand on est en position de critique littéraire suppose de glisser des remarques dans le livre, de surligner des passages aimés ou pas, des mots, des expressions. Lors des séances de travail qui se déroulent entre mars et juin, chacun des participants donne son point de vue sur le titre à lire. Les débats sont passionnés. L’ultime séance se fera en présence du président du jury pour retenir le livre auquel ils décerneront le prix Esprits libres. Mais plus qu’un vote final, l’ensemble de ce processus a à voir avec les fonctions essentielles de la littérature, ouvrant des perspectives nouvelles aux lecteurs.

Deux bibliothécaires de la Médiathèque départementale ont rejoint l’aventure de cette année. Ont  été lus et discutés : Soudain, seuls d’Isabelle Autissier, La Cache de Christophe Bolstanski, Illettré de Cécile Ladjali. Sont en cours de lecture : Le Goût de l'ombre de Georges-Olivier Chateaureynaud, Celle que vous croyez de Camille Laurens, Le Grand marin de Catherine Poulain. Le vendredi 17 juin a eu lieu la séance de vote.Chaque membre a présenté un des livres de la sélection au président du jury Adrien Bosc. Chaque présentation était singulière, approfondie et donner à comprendre  les impressions de lecture des uns et des autres.  Puis chaque détenu a défendu le livre pour lequel il allait voter. Ensuite, le vote a eu lieu à bulletin secret. La lauréate de cette année 2016 est Isabelle Autissier. Elle sera invitée en septembre à venir au centre pénitentiaire de Réau pour recevoir officiellement son prix.

« Un processus transformateur » : disent les deux professeurs animateurs du Prix

Régis Salado

« En prison, la routine est pauvre. Face à cette situation, nos séances font exception. Elles sont rares, elles mobilisent les participants dans la durée, elles les re-sociabilisent en les faisant se rencontrer et les ré-humanisent par la littérature. » C’est ainsi que Carine Trevisan décrit l’une des réussites du prix.

Quant à sa réussite globale, les deux professeurs s’accordent pour dire qu’ils la doivent à l’engagement des membres du jury. « Au début, ils ne savaient pas à quoi s’attendre, ils n’étaient pas, pour la plupart d’entre eux, familiers de littérature contemporaine. Mais chacun a joué le jeu. Nous avons senti et observé une réelle implication et une transformation s’est opérée au fur et à mesure », témoigne Régis Salado.

Au gré des lectures, des réflexions et des débats, la capacité d’appréciation évolue : « Chacun avait ses préférences et savait les argumenter, tout comme ils étaient capables de trouver de l’intérêt dans un ouvrage qu’ils n’avaient pas forcément apprécié », explique Carine Trevisan.


Les séances offrent aux participants un temps de parole et de pensée totalement libres, sans surveillance. La mixité du groupe, alors que femmes et hommes vivent dans des secteurs séparés en détention, fait elle aussi exception. Et c’est avec sérieux et vivacité qu’ils profitent de ce temps qui « fait du sens », poursuit Carine : « Ils accordent de l’importance, de l’intérêt au prix tout comme le prix leur en accorde, en tant que membres du jury, en tant que décideurs. »

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