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Pistes d'analyse des films documentaires de François Caillat

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  • 08-06-2016
  • Mois du doc 2016

Focus sur François Caillat, sa filmographie, ses méthodes de travail, sa perception du cinéma, pour préparer le mois du doc 2016

En avant pour le Mois du film documentaire 2016 !

C'est maintenant un rendez-vous annuel en Seine-et-Marne : pendant deux jours au mois d'avril, les bibliothécaires, professeurs, médiateurs culturels se retrouvent pour deux journées d'immersion dans l’œuvre des réalisateurs qui seront mis à l'honneur en novembre suivant dans le cadre de la manifestation nationale du Mois du film documentaire.

C'est l'occasion de se plonger dans les filmographies des réalisateurs en compagnie de Guy Baudon et Françoise Marie, documentaristes addociens. Ils nous présentent les auteurs, nous guident dans la filmographie de chacun, explorent avec nous les thèmes abordés, aiguisent notre regard aux choix cinématographiques effectués, nous révèlent les coulisses de la confection d'un film documentaire.

Pour ceux qui n'ont pas pu assister à ces deux journées intenses ou qui souhaitent explorer les films présentés -et plus-, voici un arrêt sur image bienvenu.

Coup de projecteur sur François Caillat

Sa biographie et sa démarche


Après un parcours universitaire (agrégé de philosophie, études de musique et d'ethnologie), François Caillat tourne des courts-métrages de fiction, des films musicaux et des séries de documentaires courts. Depuis le milieu des années 1990, il s’est engagé dans la réalisation de films aux frontières du documentaire et de l’essai : longs-métrages produits pour le cinéma ou la télévision (Arte), portraits d’intellectuels et d’écrivains. Il n’a pas fait d’école de cinéma mais a, dès son enfance, tourné des films Super 8 en amateur. Il a appris en pratiquant, c’est un véritable autodidacte. Ce qui l’intéresse est de filmer le réel sans se poser la question de savoir s’il fait du documentaire ou de la fiction. Son cinéma est comme tout cinéma celui de la transparence. Il met en place des dispositifs pour qu’il se passe quelque chose et met l’accent sur sa méthode. Il aime autant réaliser que produire. Sa région natale et d’attache est la Lorraine. 

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Sa filmographie

Pour chaque film suivant, Guy Baudon a tour à tour présenté la démarche de la réalisatrice, remis le film dans son contexte, donné des pistes de réflexion et attiré notre attention sur les éléments à ne pas manquer, puis à approfondir pour préparer le mois du film documentaire de cette année.

A nous de jouer !

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La Quatrième génération


(80', 1997)

La Quatrième Génération raconte l'histoire d'une famille mosellane liée au commerce du bois : sa fortune et sa chute, de 1870 à nos jours. Cette saga familiale est emblématique en ce qu'elle reflète l'aventure d'une région et les aléas de sa prospérité. Elle révèle aussi une étrange destinée nationale : celle de tous les Lorrains qui, en un siècle, ont vécu cinq fois écartelés entre leur identité française et leur annexion à l'Allemagne.

La quatrième génération - à laquelle appartient le réalisateur - est celle qui vient « après », lorsque tout est joué et qu'il ne reste que le souvenir. La forêt dans ce film est comme un personnage à part entière. Le chef opérateur Jacques Besse est un fidèle des films de François Caillat. La voix off est celle du réalisateur : claire, presque monocorde, reposante. Elle nous accompagne et nous permet d’avancer. Le texte dit est très écrit. Les fermetures au noir sont comme une marque de fabrique assumée par le réalisateur qui donne ainsi à voir les plans séquences et invite le spectateur à créer les liens. Tout n’est pas dit. Le regardeur a sa place dans la construction du film, il doit élaborer sa solution quand tout n’est pas démontré. François Caillat filme beaucoup et de façon intuitive puis passe beaucoup de temps au montage, partie qu’il juge la plus créative.

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Trois Soldats allemands


(74', 2001)

Le film débute par une énigme : l'exhumation, dans une propriété privée des environs de Sarrebourg (Moselle), d'un cadavre de soldat allemand qui était resté enterré là depuis la dernière guerre. Un soldat inconnu. Le film enquête pour découvrir l'identité de ce soldat et connaître les circonstances exactes de sa mort. Il met alors à jour l'existence, en ce même lieu, de plusieurs autres personnages dont les destinées étaient restées jusqu'alors inconnues : de jeunes lorrains incorporés de force sous uniforme allemand durant l'une ou l'autre des trois guerres entre la France et le Reich. À travers leurs figures tragiques et romanesques, le film aborde le problème de l'identité des peuples de la région, écartelés entre deux citoyennetés. Il raconte les derniers soubresauts de la nation française avant l'heure de son intégration européenne.

Nous sommes dans une construction et un processus en spirale. La voix off est celle du comédien Pierre Calfon, qui s’entremêle avec les voix témoignages qui sont filtrées comme pour donner une distance spacio-temporelle. La forêt demeure un élément très présent. Les personnages sont tous intégrés dans un décor, à la réalité d’un lieu. Cela met en valeur toute la question sur les traces que suppose le travail sur l’histoire. Qui parle, de quoi ? Le flou de la mémoire est questionné et mis en valeur par ce parti pris esthétique. Les références à l’école pictorialiste, Ecole du Flou, ne sont pas anodines. « Comment filme-t-on l’histoire ? » est la problématique de François Caillat dans ces images entre photographies et peintures, un monde hanté, où la confusion du passé, le spectre des soldats inconnus, l’inquiétante étrangeté déréalisent, emmènent vers l’invisible. Comment en effet filmer ce qui n’est pas filmable, ce qui a disparu ?

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L'Homme qui écoute


(90' ou 52', 1998)

« Je suis l'homme qui écoute... Du matin au soir, sans aucun répit... Quelquefois je me bouche les oreilles, mais j'écoute quand même... » Ainsi commence le récit de L'homme qui écoute, journal documenté du monde sonore, exploration de tous les sons formant notre univers auditif : la musique, les sons du langage, les différents bruits (naturels ou fabriqués) de notre quotidien. D'une pièce de Boulez aux « langues à clicks » des bushmen africains, du grésillement d'un banc de crevettes aux sons imaginaires de nos rêves, un même désir entraîne ce récit : « J'aimerais comprendre tout ce que j'écoute, comment je l'entends, pourquoi c'est là...» L'homme qui écoute chronique le monde sonore, de Paris à New York, de Québec à Marseille... Il fait surtout un voyage intérieur dans le monde de la pensée : il démontre notre machine à entendre.

Ce film est un excellent exercice pour apprendre à comprendre le hors champs. Il aide à s’entraîner à entendre par l’importance du travail de sa bande sons mais aussi à décrypter ce qui ne nous est point montré.

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L'Affaire Valérie


(75’, 2004)

Qui se rappelle de Valérie, disparue dans les Alpes en 1983 ? Qu’est devenue la jeune serveuse soupçonnée d’avoir assassiné un touriste canadien ?
Le cinéaste revient sur les lieux où il avait séjourné vingt ans plus tôt. Il enquête dans les villages de montagne, devant les précipices, au bord des lacs alpins. Il parcourt la région et interroge. Les témoignages se succèdent, mais personne ne sait. Valérie semble s’enfuir une seconde fois, s’évanouir dans la nature, devenir insaisissable. Le paysage grandiose l’a engloutie. Comment disparaît-on ? Comment est-ce possible que cette jeune femme n’ait pas laissé la moindre trace ? Rien sur sa vie, aucun souvenir de son passage. A-t-elle même existé ?

Le spectateur n’entre pas dans le film, il le regarde. François Caillat nous invite à voir. Par le mélange des formats, l’insertion d’images super 8, la confrontation à la montagne, on bute sur un rideau. Est-ce que l’on pourra l’arracher et trouver la vérité ? Les images d’autoroute nous rappellent que l’on n’arrive pas toujours quelque part mais que l’essentiel est le chemin. Le dispositif est presque brutal : l’équipe de tournage, dans sa quête de Valérie, arrive sur des lieux sans préparation. La caméra est installée devant la personne. La personne est seule à répondre et à parler. C’est un peu quitte ou double : soit cela fonctionne soit cela rate. En tous les cas, la problématique de la t
Éthique et folie : quelle relation ? Quelle conscience de soi, de l'autre, du fait d'être filmé, de ce que représente l'acte d'être filmé ?

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Le documentaire réussi est celui qui met en question la réalité, comme la philosophie le fait avec les représentations, les opinions.

François Caillat

Julia Kristeva, étrange étrangère


(60', 2005)

François Caillat présente Julia Kristeva lors de plusieurs entretiens menés à Paris et de conversations plus informelles filmées à l'île de Ré, son lieu de refuge en France et en Bulgarie où elle retourne sur les traces de son enfance. Ces archives privées, inédites, sont le continent secret d'une vie publique et intellectuelle bien remplie.

François Caillat est tout-à-fait légitime pour faire ce type de film « portrait d’intellectuel », vu son profil d’agrégé en philosophie et ancien d’ENS. Néanmoins, filmer la parole et les idées reste un défi cinématographique. Là encore, il choisit un dispositif qui lui donne un point d’appui. Il pose la caméra sans préparer son interlocutrice. Il la fait marcher, bouger pour appréhender la pensée à travers la fragilité du corps. Il répond ainsi à la commande d’Arte tout en faisant son propre cinéma. La relation du réalisateur qui s’instaure avec Kristeva est alors aussi fondamentale. Le voyage même assouplit les interdits.

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Jean-Marie Le Clézio, entre les mondes


(52', 2008)

Jean-Marie Gustave Le Clézio passe sa vie à sillonner le monde. Ses livres sont comme des traces qu’il laisse de lui-même, de la littérature et de ses pérégrinations. Composé de voyages, d’entretiens et d’évocations, ce film tourné en Corée du Sud, au Mexique et en Bretagne, entremêle paysages, villes, nature et mots - ceux d’un grand écrivain qui parcourt les continents depuis un demi-siècle et « voyage en littérature »...

Le portrait est très cadré. On pourrait penser qu’il filme Le Clézio comme une sculpture, comme un roc. Cet être qui voyage beaucoup est donné à voir dans une certaine immobilité. On sent qu’il n’a pas été possible d’improviser et une certaine tension, entre être dupe et ne pas l’être, traverse ce film.

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Michel Foucault contre lui-même


(53', 2014)

Michel Foucault, philosophe brillant et incisif, a laissé une œuvre foisonnante, source d’inspiration pour de nombreux penseurs. François Caillat réalise un documentaire au plus près de ses livres. Disparu en juin 1984, Michel Foucault a laissé une œuvre traduite dans le monde entier, source d’inspiration pour de nombreux penseurs. Homme complexe et contrasté, il fut en même temps militant radical et professeur au Collège de France. Engagé politique et philosophe studieux, vivant volontiers aux marges mais soucieux de tenir une place centrale dans l’institution, ce personnage brillant et iconoclaste a incarné la figure d’un intellectuel en prise avec son temps, tirant de son expérience personnelle la matière de réflexions qui font aujourd’hui autorité.

Ce film découpé en quatre mouvements avec un prologue et un épilogue, cherche la relation entre les mots. La musique, Les variations de Bach, complète cette construction. Tout est filmé à la Bibliothèque Nationale, lieu clos où quatre experts s’expriment. Nous sommes dans un univers de rituels, presque sacré. François Caillat part de cette parole des penseurs d’aujourd’hui pour remonter aux origines. Foucault écrit contre lui-même : chaque livre contredit le précédent comme s’il fallait prendre chacun d’eux pour mieux s’en défaire. « Si je savais où je vais, je n’écrirai pas », dit-il. Il y a des vides entre chacun des livres de Foucault comme il y a des noirs entre chaque séquence du film de François Caillat. Fils d’Hugues Capet et d’Adélaïde d’Aquitaine, Robert le Pieux est roi de France de 996 à 1031. Son union avec Constance de Provence, fille du Comte de Toulouse, permet de réunir le sud de la France au royaume de France.

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Une jeunesse amoureuse


(105', 2012)

Une jeunesse amoureuse : cartographie du temps qui passe. François Caillat a eu vingt ans en 1970. De ce constat, d'une certaine banalité, il a pourtant décidé de faire un film. Un film à la fois intime et universel, qui tourne autour de ses amours disparues et de sa jeunesse, partant d'une époque qui semble elle-même à jamais révolue. Sans doute est-ce le fait de toute époque, et c'est d'ailleurs pourquoi ce film touchera tout spectateur...

La voix est douce, intime pour ce film autobiographique qui passe du présent au passé, qui s’intéresse aux interstices. François Caillat filme seul, c’est sa voix qui aide à imaginer et tisse aussi entre la géographie des lieux et l’Histoire. Il filme les façades des appartements où il a vécu une relation amoureuse, il raconte et peu à peu on entre dans cette histoire singulière, on l’expérimente presque avec lui.

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