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Le cinéma documentaire à l’affiche pour les collèges

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  • 24-02-2015
  • A Tout doc collèges

Formation autour des univers d’Ariane Doublet et de Mariana Otero.

Un A Tout doc dans un collège : mais qu’est-ce que c’est ?

C’est une action culturelle proposée en priorité aux collèges ayant reçu une dotation dans l’année. En quelques mots, c’est une plongée dans l’univers d’un documentariste. A Tout doc est un dispositif élaboré pour trois ou quatre classes. L’enjeu est de développer chez les jeunes un goût pour l’analyse de l’image et les sensibiliser au cinéma documentaire à partir d’un film. Le tout se décline en trois temps : un jour de formation pour les enseignants et bibliothécaires porteurs du projet, un temps d’analyse d’images avec un documentariste d’Addoc pour les classes, un temps d’immersion dans le film et de préparation avant la rencontre finale avec le réalisateur.

Deux collèges dans l’aventure en 2015 :

Les collèges Arthur Rimbaud à Nemours et Elsa Triolet à Varennes-sur-Seine sont inscrits cette année. Le mardi 3 février, la bibliothèque de Nemours accueillait la formation menée par Marc Gourden, documentariste de l’association Addoc, qui donnait des pistes d'entrée dans les univers de deux réalisatrices : Ariane Doublet et Mariana Otero.

Quelques repères pour entrer dans les films d’Ariane Doublet et Mariana Otero

Prologue : quand le cinéma documentaire n’était pas encore parlant.

les terriens


A partir d’un extrait de Nuit et brouillard d’Alain Resnais (1955) est abordée la question de l’acte de création dans le cinéma documentaire. Quels sont les éléments qui concourent à donner une forme à ce film ? (principe de discordance entre les mots et les images, de dissonance entre la musique et le montage…).
Eléments historiques sur la réalisation du film (cf. Nuit et brouillard, un film dans l’Histoire de Sylvie Lindeperg, Odile Jacob, 2007).
Aux sources du « cinéma direct » avec un extrait de Chronique d’un été de Jean Rouch et Edgar Morin (1961).

Le témoignage de Marceline Loridan et la mise en situation du « personnage ». De la personne filmée au personnage : « je me suis mise en situation, je me suis dramatisée, j’ai choisi un personnage que j’ai interprété dans la mesure des possibilités du film, un personnage qui est à la fois un aspect d’une réalité de Marceline et aussi un personnage dramatisé créé par Marceline . » L’innovation technique suscite et accompagne l’invention d’un regard sur la réalité.
(cf. L’aventure du cinéma direct revisitée, Gilles Marsolais, 400 coups, 1997)

Coup de projecteur sur Ariane Doublet

ariane doublet 1

Ariane Doublet

Née en 1965, elle a étudié le cinéma à la Fémis au département Image puis Montage. Elle vit en partie dans le village normand de Vattetot-sur-Mer. La plupart de ses films sont tournés dans un périmètre de 50 km autour de Fécamp en pays de Caux (en Seine Maritime, Haute Normandie). « Ariane Doublet a sa marque de fabrique : la complicité amusée qu’elle entretient avec les personnages de ses films. Ils sont vétérinaires ou paysans cauchois, sucriers en colère ou négociateurs chinois… On les suit, on les aime comme elle les aime, on sourit souvent à l’ironie des situations qu’ils vivent. Derrière cette légèreté en trompe-l’œil défile tout le désordre du monde qu’elle filme avec lucidité, presque sans qu’on s’en aperçoive » (Éditions Montparnasse).

Les Terriens d’Ariane Doublet (1999)

« Quand on fait un film, on ne cherche pas du tout à être représentatif (d’un monde, d’un univers), on se pose beaucoup de questions sur la représentation. On filme le réel mais à partir du moment où on le filme, on le met aussi en scène, on se demande comment on va le représenter. Mais je n’ai jamais cherché à être représentative, en plus je crois qu’il est absolument impossible de l’être et je lutte contre ça. Pour moi, le représentatif est quelque chose de normatif. »
Ariane Doublet.


A partir d’extraits, questionner le film…

- Le cinéma documentaire est-il fidèle à la réalité ou aux intentions du réalisateur ? 

- Les personnes ont-elles conscience d’être filmées ? Cette séquence vous semble-t-elle organisée pour le tournage ? A quoi le voit-on ? ( regards caméra, adresses à la réalisatrice, sentiment d’une action préméditée…) 

- Quelles sont les intentions de la réalisatrice ? ( un film porté par une dynamique de légèreté, de gaieté et d’humour). Quels sont les principaux moments qui illustrent cette « volonté » dans le film ? 

- Le métier d’agriculteur est-il filmé comme un métier dur ? L'est-il selon vous ? Pourquoi ? Quels sont les thèmes qui viennent équilibrer ce sentiment de légèreté ? Que transmet-on à ses enfants ? (valeurs, rapport à la nature, à la terre…). Le célibat en milieu rural (dans quelles séquences en est-il question ?) 

- Qu’est-ce que l’image de soi ? Comment se constitue-t-elle ? Quelle image Philippe a-t-il de lui-même, des paysans et des citadins ? Sa fille Valérie a-t-elle un autre regard sur la condition paysanne ? Comment Philippe regarde-t-il le jeune garçon « qui a ça dans le sang » ?


Le passé est évoqué à plusieurs reprises dans le film.

- Retrouvez les séquences et décrivez de quelle manière ce passé est évoqué (nostalgie, regret…) ( le mariage de Philippe et Annick, le jeune marié mort à la guerre, les vacances à Paris de Philippe et Annick, la longévité des vaches laitières avant le rendement, le changement climatique…)

- Le montage efface les traces des sauts dans le temps (ex : le mariage de Philippe et Annick et la corvée de pomme de terre ; la continuité sonore..)

- Quand la réalisatrice met en situation ses personnages (ex. le cultivateur et l’astronome amateur). Jusqu’où peut-on intervenir sur la réalité filmée ?

- Comment construire un récit qui crée des attentes et des questions chez le spectateur ? Quelles sont-elles dans le film ? (l’éclipse, la crainte du nombre de touristes, des risques d’incendie, de chutes dans les falaises, de déception en cas de pluie, y aura-t-il assez de lunettes, comment loger tous les touristes ?…).

Présentation d’extraits de la filmographie d’Ariane Doublet

Fièvres (45’, 2009)
Nous voilà dans le cabinet médical du Dr Moussa Maman. La pièce est rudimentaire, l’espace étroit, quelques chaises, une couche pour s’étendre. Pour les personnages, le Dr Maman, son assistant, et quelques malades qui défilent, sans oublier un guérisseur. Ce sera, à l’exception de plans dehors, plus tard, à la fin, l’unique théâtre.

La Maison neuve (52’, 2005)
Cette année, Philippe va connaître un « vrai changement de vie ». Il prend sa retraite, et doit quitter la ferme dont il n’est pas propriétaire. Alors dans l’herbage, juste à côté, là où ils ont toujours mis les vaches, il fait construire une maison confortable livrée « clé en main » par une société industrielle. En suivant le chantier, le film invite à une réflexion sur le paysage qui change.

Les Bêtes (67’, 2001)
Le cabinet de vétérinaire d'un gros bourg du pays de Caux. Quatre vétérinaires consultent. Le travail est varié : tantôt consultations de ville où l'on soigne les chats et les chiens, tantôt interventions dans les fermes où l'on s'occupe du bétail, dans la crainte de l’Encéphalopathie Spongiforme Bovine. Au cabinet comme à la ferme, leur métier les confronte à la maladie des « bêtes » et à ce qu'elle révèle. Entre ces animaux de compagnie surinvestis affectivement et ces animaux de ferme transformés en fabrique de protéines, quels sont aujourd'hui les rapports que nous entretenons avec « les bêtes » ?

Coup de projecteur sur Mariana Otero

Mariana otero

Mariana Otero

Née à Rennes en 1963 de parents peintres (mère bretonne et père d’origine argentine), Mariana Otero suit d’abord des études de Lettres à Paris avant d’entrer à l’IDHEC. Elle découvre le cinéma documentaire aux Ateliers Varan qui lui proposent de filmer des répétitions de théâtre à la prison de Fleury-Mérogis. Petit à petit ce qui devait être un simple travail de captation prend la forme d’un film plus global : ce sera Non Lieux (1991).

Puis, elle s’intéresse à d’autres espaces collectifs. Après la prison, elle filme pendant une année la vie d’un collège en banlieue parisienne en centrant son regard sur la question de la socialisation et de la transmission de la loi ( La Loi du collège, 1993). Suivra Cette télévision est la vôtre (1997) sur le fonctionnement d’une télévision commerciale portugaise. Avec Histoire d’un secret (2003) elle aborde un sujet a priori plus intime : la mort de sa mère en 1968 à la suite d’un avortement clandestin. Son dernier film est A ciel ouvert ( 2014), qui suit la vie quotidienne d'enfants psychiquement et socialement inadaptés dans un Institut belge.

Entre nos mains de Mariana Otero (2010)

« La fiction et le documentaire se mêlent toujours dans mes films d’une manière ou d’une autre. Mais ce que j’aime c’est m’immerger dans un milieu, être avec les gens, et à un moment donné, trouver une forme et arriver à raconter leur histoire et aussi, d’une certaine façon, arriver à la sublimer. C’est ce qui m’intéresse dans le documentaire : donner à la vie une forme, un sens, essayer de sortir du chaos ».
Mariana Otero.


Questions autour du film :

- La subjectivité de la réalisatrice apparaît dans quels choix ?

- Qu’est-ce qui n’a pas été filmé et qui aurait pu l’être, compte tenu du sujet du film ? ( Sylvie et la vie à la ferme, les discussions en famille, les réunions avec le patron…).

- Qu’est-ce qui est suggéré par le film ?

« Ce qui m’intéresse ce sont les films « politiques » dans le sens premier : la vie de la cité, la question de comment on vit ensemble, comment on s’organise, comment on répartit les pouvoirs. Mes films sont toujours des portraits collectifs car ce qui m’intéresse c’est de faire lien, de montrer les liens entre les choses, les gens, les concepts ». Mariana Otero.

« Ce que je veux, c’est construire un récit et le filmer, de manière à faire éprouver le bouleversement intime que vont vivre les salariés du fait du changement « politique » profond que représente l’organisation coopérative, en racontant l’histoire singulière de quatre ou cinq d’entre eux ». Mariana Otero.

« Je vois ce film comme une grande fresque romanesque, qui pourra durer entre trois et cinq heures, composée de plusieurs parties qui correspondront chacune plus ou moins à l’une des grandes étapes de cette aventure. Ces parties pourraient faire l’objet d’épisodes de cinquante-deux minutes au sein d’une série documentaire télévisée (plus que d’un feuilleton) ». Mariana Otero.

- Le choix de l'entreprise Starissima :  la réalisatrice est conquise tant par les employés, surtout des femmes -d’âge, d’origine et de milieux culturels très différents- que par les décors étonnants de l’entreprise de lingerie et décide de suivre l’aventure de Starissima.

- Les doutes : cette histoire écourtée, qui s’est terminée par un échec, peut-elle faire un film ? Est-ce que la transformation intime des employées est vraiment visible dans les 70 heures de rushes ?

- La relation filmeuse / filmés : la réalisatrice intervient par la voix qu’elle a gardé au montage, s’engage dans la relation, propose des solutions (séquence musicale pour récolter de l’argent), elle est la dernière à partir (« au revoir, bon week-end », comme si elle était devenue l’une d’entre elles).

- La construction narrative (montage) : une construction narrative classique avec l’exposition des personnages (la quarantaine de salariés est réduite à 10 personnages) et d’une situation initiale (faillite) d’une quête (coopérative) et des obstacles à la réalisation de cette quête (désaccords lorsque les ouvrières sont face au dilemme de risquer un mois de salaire, faire confiance ou non au nouveau dirigeant, l’avis du mari, les aléas économiques…) ainsi qu’un « suspense » entretenu par des coups de théâtre (proposition du patron, perte d’un gros client)… L’unité de lieu est conservée (pas de séquences en famille comme prévu). Le patron n’est pas filmé (il a refusé puis a accepté mais n’a pas été monté).

- La séquence d’exposition : les couturières travaillent en silence, isolées par le cadre. Le montage en parallèle de la réunion avec la consultante SCOP permet d'énoncer les différents obstacles à la réussite de la SCOP.  

- La place du spectateur : le spectateur est à égalité avec les ouvrières qui découvrent ce que c’est qu’une SCOP. La réalisatrice n’a pas monté les images des échanges entre les salariés et la consultante.

- Mariana Otero interroge off plusieurs ouvrières après la réunion le lendemain. Chacun réagit différemment. La réalisatrice semble plus proche des ouvrières (plus souvent filmées) que des représentants du personnel ou des cadres.

- Vrai plaisir esthétique des séquences où les ouvrières parlent tout en travaillant (cousant, manipulant des dessous féminins…)

- Véritable enjeu de faire comprendre la complexité du monde économique dont on se sent éloigné (dividendes, parts de marché, chiffre d’affaire, bénéfice, investisseurs extérieurs..).

- Le projet de SCOP dévoile les distances, séparations entre les groupes, la défiance qui existait.

- Une fin heureuse - la séquence de comédie musicale.

Extraits de la filmographie de Mariana Otero

A ciel ouvert (110', 2014)
Alysson observe son corps avec méfiance. Evanne s’étourdit jusqu’à la chute. Amina ne parvient pas à faire sortir les mots de sa bouche. À la frontière franco-belge, existe un lieu hors du commun qui prend en charge ces enfants psychiquement et socialement en difficulté. Jour après jour, les adultes essaient de comprendre l’énigme que représente chacun d’eux et inventent, au cas par cas, sans jamais rien leur imposer, des solutions qui les aideront à vivre apaisés. Au fil de leurs histoires, A ciel ouvert nous ouvre à leur vision singulière du monde.

Histoire d’un secret (95', 2003)
Quand j’ai eu quatre ans et demi ma mère a disparu. Notre famille nous a dit à ma sœur et à moi qu’elle était partie travailler à Paris. Un an et demi plus tard notre grand-mère nous avouait qu’elle était morte d’une opération de l’appendicite. Il y a sept ans, notre père se décida enfin à nous parler de notre mère. Ce fut pour nous révéler les circonstances réelles de son décès. Ce secret que mon père avait porté seul pendant 25 ans l’avait empêché de nous raconter sa vie et de nous montrer son œuvre.

La loi du collège (6x26', 1997)
Jour après jour, tout au long de l’année scolaire 1992-1993, Mariana Otero a filmé les élèves d’un collège implanté au cœur d’une cité en banlieue parisienne. Dans les salles de cours ou le bureau du Principal, pendant les conseils de classe ou les conseils de discipline, quand tout va bien ou quand tout va mal, la réalisatrice a capté les moments ordinaires, exceptionnels ou dramatiques de la vie d’un collège. Âgés de 10 à 16 ans, les élèves découvrent avec le collège, ses règles et ses sanctions, un lieu de socialisation. Le feuilleton met ainsi en évidence la complexité des rapports que ces jeunes, issus pour la plupart de milieux en difficulté, entretiennent avec l’organisation de la société. 

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