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Carnets de lecture
Naissance d'une nouvelle rubrique, la note d'intention
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- 12-04-2010
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Chronique d’un lecteur d’aujourd’hui ou comment peut-on encore être lecteur ?
- Le Carnet de lecture et sa note d’intention
- Le premier billet !
Le Carnet de lecture et sa note d’intention
Comment peut-on encore être lecteur ?
C’est presque comme être persan pour Montesquieu… A moins que cela ne soit chose aussi bizarre que d’écouter de la musique plutôt que d’accumuler des téléchargements. Il pourrait être amusant de tenir la chronique de ses lectures : pas de fiche de lecture, pas de chroniques littéraires, ni de critiques, mais des notes, des impressions, pourquoi pas aussi des listes, concept remis au goût du jour par le savant Umberto Eco* et la plus médiatique Dominique Loreau*.
Ce pourrait être comme un almanach avec quelques pensées retenues quand on lève le nez des pages, ce pourrait être le compte-rendu de la façon d’entrer dans un livre, des heures choisies pour tel ou tel, d’être attentif aux livres emportés avec soi, de ceux qui attendent au pied du lit, de ceux qui sont sur la table du salon, de ceux encore sagement rangés et qui attendent que peut-être un jour on se sente prêt à les ouvrir. Ce pourrait être comme autant de parcours de lectures possibles sans rien prescrire, juste en proposant des chemins, des manières de lire en notant comment souvent de façon totalement inconsciente on construit des labyrinthes de pages. Cela passera du coq à l’âne, selon les humeurs des jours. C’est une aventure à tenter.
*Umberto ECO. Vertige de la liste. Flammarion, 2009.
*Dominique LOREAU. L'art des listes . R.Laffont, 2007 .
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Le premier billet !
Par quoi commencer ?
Est-il possible d’énoncer l’ordre de ses lectures ? Quand vous interrogez sur le vif cette bête étrange qu’est un lecteur pour lui demander ce qu’il est en train de lire, il se produit fréquemment en lui une sorte de panique. Il doit faire un effort pour répondre à la question, non qu’il ne lise point, mais le temps de lecture appartenant à une temporalité singulière, il ne parvient pas immédiatement à relier ce temps à la réalité du moment. C’est un peu comme si les lecteurs développaient différentes vies, parfois très éloignées les unes des autres.
Je m’oblige à une concentration : viennent, tout d’abord, en vrac, des poèmes de Patricia Castex Menier mêlés à ceux de Françoise Ascal . Ce n’est pas un hasard : deux femmes, deux écritures épurées, deux poètes qui font du chemin de leur vie, une œuvre construite pas à pas. Ces poèmes sont autant d’épiphanies du quotidien, que cela soit sous forme d’un journal, d’un échange de lettres, ou plus simplement de vers courts déposés sur la page. J’ai mis longtemps à lire de la poésie. Cela demeure des instants volés, ou de lentes immersions. Je connais une femme qui apprend un poème chaque semaine, comme pour scander ses jours. Ensuite, elle range dans une boîte les poèmes sus. Quand son stock est suffisamment important, elle s’offre une petite fête, d’elle à elle, et récite son répertoire. Je ne vous parle pas de quelqu’un du siècle dernier, mais d’aujourd’hui, bon d’accord, elle est suisse allemande mais cela n’explique pas tout…
Retour au menuJ’en reviens à mes lectures récentes
Des pièces de Stéphane Jaubertie , pas des pièces musicales, quoique, mais théâtrales : Jojo au bord du monde, Yaël Tautavel, des pièces qui résonnent en tous cas, avec des mots volés à l’oralité, retravaillés, insérés au cœur de phrases qui décapent, qui jouent à faire trébucher le cours des choses et des tournures trop vite mâchées, des dialogues qui prennent à rebrousse poil la bonne conscience et les idées trop vite faites. Ces pièces sont éditées chez Théâtrales, il paraît que c’est pour la jeunesse et les adolescents mais pas seulement.
Retour au menuLe livre dont je me souviens toujours différemment
C’est celui qui dort près de moi, le compagnon des soirs, la liseuse accrochée à ses pages. C’est le plus souvent un roman. Cette semaine, un titre prometteur : Une Nouvelle femme, de Carmen Laforêt .
Au début, ce ne fut pas simple. Je ne parvenais pas à faire route, sans doute le côté « trop récit », ou quelque chose qui ne prenait pas dans l’écriture, ce petit quelque chose qui raconte bien une histoire mais qui la transforme en autre chose de plus, qu’est la littérature. Ce qui est toujours rageant à ce moment-là, c’est que je ne sais si j’arrête ou si je continue. Le fait que ce roman était l’élu du soir fut sa chance, car je n’avais pas envie de me relever ou même de tendre le bras pour sortir un autre ouvrage de la pile. Non, j’étais installée confortablement et cela suffisait à faire que je poursuive.
Pour résumer l’histoire, on pourrait dire qu’une femme, Paulina, la trentaine, se sépare de son mari et décide de vivre seule à Madrid avec son enfant. Elle entretient une intense liaison amoureuse avec son beau-frère. Le contexte est particulier : celui des années cinquante en plein après-guerre et dans une grande période de répression franquiste. Cette âme féminine ne peut se satisfaire de cette façon de vivre : elle ressent la nécessité d’un sens plus grand à donner à la vie. La libération de Paulina va passer par une intense quête spirituelle, qui n’est pas sans rappeler l’ascétisme et la violence des grandes mystiques espagnoles. Ce roman ouvre une porte sur l’âme féminine et les ressorts d’une extraordinaire personnalité. Je n’ai finalement pas regretté mon obstination du soir.
Retour au menuEnfin, dans la journée...
ET EN RESUME LA LISTE
Patricia CASTEX-MENIER. Bouge Tranquille . Cheyne, 2004.
Françoise ASCAL. La Table de veille . Apogée, 2004.
Stéphane JAUBERTIE. Jojo au bord du monde . Yaël Tautavel ou L'enfance de l'art . Ed. Théâtrales, 2007.
Carmen LAFORET. Une nouvelle femme . Bartillat, 2009.
Dominique LOREAU. L’Art de la simplicité. Marabout, 2007. L'Art de la frugalité et de la volupté. R.Laffont, 2009.
Enfin, dans la journée, après avoir préparé le repas, dans l’attente de manger, ou le matin lors de certains petits-déjeuners solitaires, j’ai parcouru le dernier livre de Dominique Loreau : l’art de la frugalité et de la volupté. Je n’aurai jamais dû tomber sur cet auteur : Marabout comme éditeur, collection Livre pratique, cette nouvelle tendance qui donne des solutions toutes faites aux problèmes existentiels, des philosophies à la petite semaine, histoire de croire qu’un peu de bon sens vous sort de tous les tracas. Bref, toutes ces recettes trop belles ne retiennent guère mon attention. Le contexte a une fois de plus joué de son influence : la gare de Fribourg, un temps suspendu, une libraire franco-allemande et un titre, l’Art de la simplicité, avec deux arômes représentés en couverture. Pour une fois, j’ai pris l’ouvrage en main et parcouru quelques lignes au hasard. Le ton m’a convaincu, sans prétention mais qui va droit au but, énonce clairement la place de sa parole.
Après 20 années de vie au Japon, Dominique Loreau reconsidère nos habitudes d’occidentaux et transmet quelques notions qui aident à revisiter nos quotidiens pour leur donner une portée nouvelle. Le moins pour le plus, pourrait être sa devise. Elle s’attaque à tous les aspects même ceux qui paraissent les plus ridiculement anodins. Une sorte d’humour, de distance bienfaitrice reste là, comme si l’auteur ne craignait pas d’ assumer ces propos, trop évidents pour l’être vraiment. Elle revoit notre manière d’acheter, de manger, de ranger, de garder, de jeter, de parler etc… Elle n’hésite pas à donner des modes d’emploi, sachant néanmoins ouvrir chaque exemple sur un champ plus vaste, par des citations d’auteurs, des pensées plus larges, un solide soubassement.
J’arrête : pour un premier billet, c’est presque indigeste. Il y en a déjà trop. Ces lignes quadrillent un premier paysage, celui d’une semaine avec certains livres, une coloration qui changera au fil du temps et des pages tournées.
Affaire à suivre !
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