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Littérature

Carnets de lecture

Chronique d’un lecteur d’aujourd’hui

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  • 26-05-2010
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Des lectures avortées aux quêtes réussies!

Le deuxième billet

pile de livres

Deuxième semaine à tenter de tenir cette chronique.

Cette fois, c’est plus délicat. Non que je n’aie pas ouvert de livres, cela, je crois, ne m’est plus arrivé depuis bien longtemps. Je suis largement atteinte par ce virus, ce vice impuni dirait Valéry Larbaud, extrêmement puissant de la lecture, mais le début n'a pas été convaincant.

J’ai ouvert et même largement commencé un livre sur Rudolf Steiner aux éditions Actes Sud, préfacé par Nancy Huston.

Rudolf Steiner est un anthroposophe qui a proposé de nouvelles écoles et façons d’enseigner mais aussi réfléchi sur notre rapport à la nature, à l’agriculture biodynamique, aux produits cosmétiques « weleda », à notre conscience du monde et, chose plus étrange, à notre relation avec l’au-delà du réel… mais voilà, je n’ai pu poursuivre.

Quelque chose m’a manqué dans cet essai, une mise en perspective, un style, une envolée, je ne sais. Je suis restée au niveau du biographique sans être entraînée dans une pensée… Ce n’était peut-être pas le moment. Cela m’amusait pourtant de découvrir enfin ce qui se cachait derrière ce mot bizarre d’anthroposophie. Aventure à tenter plus tard !

Même abandon avec le dernier livre de Guy Goffette Presqu’elles , d’abord séduisant : un homme voit les femmes comme autant d’îles. Sans doute trop attendu, sans rien de plus que des images lointaines de femmes qui passent, vues par un homme qui ne semble finalement pas vouloir vivre en insulaire mais du côté du « il »…. Nouvelle aventure différée….

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Je suis revenue à des valeurs sûres

Le dernier Irvin Yalom, Le jardin d'Epicure. Cet auteur, psychiatre américain, m’avait (et pas que moi) déjà contaminée, entraînée et même plus, sur les pas de Schopenhauer et de Nietzsche. Ce n’est pas pour faire prétentieux car justement, la position de cet auteur est loin d’être dans le savoir savant et de prétendre à cette transmission du haut vers le bas. Il ose aborder de front les questions qui nous assaillent : pourquoi mourons-nous ? Comment vivre en sachant que rien, ni l’amour ni l’intelligence, ne nous protégera du grand saut dans le vide ? Qu’est-ce qu’être libre ?

Il convoque son lecteur du côté de la philosophie et de l’analyse mais sans donner de leçons, comme on commencerait un polar, une histoire de suspense, comme s’il était convaincu que chacun peut dévider l’écheveau de sa vie et renouer avec le sens. Pas de longs exposés ennuyeux, mais des dialogues, une construction savamment orchestrée, un humour et une mise en relation distillée avec rythme qui font qu’à refermer ses livres on se sent prêt à ouvrir ceux des philosophes. Sacré défi !

Son dernier ouvrage, mais il ne faudrait pas commencer par là, aborde Epicure. C’est a priori plus tentant que les deux autres : l’épicurisme avec ses clichés sur le jardin et les délices de la vie. Mais justement, c’est loin de ces plaisirs immédiats, c’est face à une éthique de la vie et la mort qu’il nous place.

Cette fois, ce n’est pas un roman mais un récit construit à partir de témoignages, de réflexions nourries de sa pratique de soignant. C’est un livre qui vient à point quand on a déjà fait un bout de chemin avec lui.


ET EN RESUME LA LISTE

Gary LACHMAN. Rudolf Steiner . Actes Sud, 2009

Guy GOFFETTE. Presqu'elles . Gallimard, 2009

Irvin YALOM. Le jardin d'Epicure. Galaade, 2009

Pascal MERCIER. Un Train de nuit pour Lisbonne. Maren Sell, 2006

Pour finir...

... mais en restant dans le ton, c’est-à-dire autour de ces livres qui sont à mi-chemin entre littérature et philosophie de la vie, j’évoquerai Pascal Mercier et son désormais reconnu Train de nuit pour Lisbonne.

C’est ainsi que se construisent les labyrinthes de lectures.

Là encore, on embarque. Pourtant, rien de séduisant au début : un vieux professeur à la vie programmée, aux trajets répétés dans la ville de Bern quand un mot, une tonalité portugaise grippe sa vie routinière. C’est un voyage intérieur qui commence pour lui et pour le lecteur, une plongée du côté de Lisbonne et de Pessoa. Le personnage fait l'expérience de sa propre liberté. Il renaît et redécouvre la poésie du Verbe en apprenant une nouvelle langue. Il se révèle à lui-même et réapprend à penser. Seule une langue et un écrivain étrangers pouvaient l'atteindre au plus profond de son être et faire tomber les barrières que son pays, sa langue et son travail avaient édifiées en lui.

C’est alors, pour le lecteur que nous sommes, que le voyage et la lecture deviennent les deux faces d'une même quête.