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Carnets de lecture

Leçon de lecture par Hermann Hesse

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  • 04-07-2011
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  • Par Contributeur Médiathèque

Quand lire devient acte d’amitié.

Carnet de lecture 9

Hermann Hesse portrait

Hermann Hesse

La bibliothèque idéale d’Hermann Hesse

Je dois revenir à Hermann Hesse et sa bibliothèque idéale. Ne pas aller trop vite en besogne dans ses carnets, prendre le temps de la décantation, oser un retour en arrière, plusieurs même si nécessaire, pas de plan préconçu, oser la déambulation et l’inscription de la lecture... J’ai découvert par hasard dans une librairie La bibliothèque idéale de Hermann Hesse et, tout de suite, son titre m'a à la fois intéressée et inquiétée. Existe-t-il vraiment une bibliothèque idéale ? En fait, ce livre rassemble différents articles écrits par Hesse dans lesquels il parle de la lecture, des livres, des écrivains. Il a des phrases que l’on voudrait inscrire tel Michel de Montaigne sur les murs de nos bibliothèques.

En voici quelques unes au hasard que j’aimerai déjà inscrire dans ce carnet :

  • Editer des livres : c’est oeuvrer pour la perpétuation de la vie spirituelle .
  • La lecture doit nous apporter quelque chose ; il faut fournir un effort qui nous rendra plus fort encore ; il faut se perdre pour se retrouver avec une conscience accrue.
  • Lire d’un oeil distrait, sans réfléchir, revient à se promener les yeux bandés dans un beau paysage.
  • Aborder un livre « comme un homme de bonne volonté qui rend visite à des amis ou à des personnes de bons conseils. »
  • Les livres n’ont de valeur que s’ils mènent à la vie.
  • Rien n’est plus inepte que de lire pour se distraire.
  • Les livres ne sont pas là pour servir de sujets de conversation et tomber rapidement dans l’oubli comme le dernier bulletin sportif... Non, il faut les savourer et les aimer sérieusement, sereinement. C’est alors seulement qu’ils dévoileront les forces et les beautés qu’ils révèlent.
  • Les journaux et les livres d’actualité ne permettent pas d’apprendre à lire, au sens le plus élevé du terme ; c’est l’apanage des chef-d’oeuvres. Ils ont souvent moins de saveur et de piquant que des textes à la mode : ils exigent qu’on les prenne au sérieux, qu’on parte à leur conquête.

Hermann Hesse a une relation affective, magique presque sacrée avec les livres. Pour lui, la lecture n’est pas cérébrale, elle est avant tout profonde sympathie avec l’oeuvre. Il analyse le texte avec un esprit positif et fructueux...C’est un compagnon de vie. Cet hymne à la lecture a parfois des accents naïfs et c’est sa force, ce contact avec le regard de l’enfance, une fraîcheur d’approche, gardée, protégée... Pourtant Hesse écrit cela en traversant deux guerres, temps plus que menaçants pour la littérature.

Quand lire est une rencontre

Parfois avant d’ouvrir un livre, quand une phrase ou deux lues au hasard appellent un achat, je me sens dans cette disposition décrite par Hesse : pleine de cet espoir à être transformée après la lecture, avec un regard plus vif sur la vie. Rien à voir avec une quête de savoir « savant », juste une ouverture, une attention, une concentration plus fine. Combien de fois, n’ai-je pas levé les yeux d’un texte pour revoir le monde qui m’entoure ? Combien de fois ne me suis-je pas levée avec cet obscur sentiment que je vivrai différemment ce matin-là encore imprégnée par les paroles du livre ? Ce ne sont pas des leçons à réciter, des histoires à raconter, ce sont d’infinies métamorphoses qui élargissent notre être. Ce peut être en douceur, comme en résonance harmonieuse, ce peut être déconcertant, dérangeant, moins proche. Après viennent les fils à tisser, les interprétations à engendrer, les apports théoriques mais la rencontre initiale doit se produire pour que lire ait du sens. Se peut-il que certains n’aient jamais vécu cela et se soient détournés des livres ? Se peut-il que la compulsion de lectures insipides soit aussi le résultat de cette rencontre ratée ? Je ne me souviens plus de la rencontre originelle. Je crois que ce fut bizarrement un livre de Jules Verne , Voyage au centre de la Terre. J’ai oublié l’histoire, j’ai pressenti quelque chose de difficile, éloigné de moi mais qui importait. Je n’ai sans doute même pas terminé ce livre-là mais je savais que d’autres viendraient inévitablement et heureusement en leur temps.

Un seul titre pour en découvrir tant d’autres : Une bibliothèque idéale / Hermann Hesse -Rivages, 2010 (Bibliothèque Rivages).

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