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Souvenirs d'une femme libre

" Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées", Souvenirs, 1755-1842 . Elisabeth VIGEE LE BRUN. Edition établie et annotée par Didier Masseau. Ed. Tallandier, 2009, coll. La Bibliothèque d’Evelyne Lever.


Chronique


Livre d'Elisabeth Vigié

Elisabeth Vigée Le Brun, peintre et créatrice de mode, incarne la société brillante des dernières années de l’Ancien Régime. Portraitiste, elle excelle dans l’art de peindre les sentiments. Contrainte à l’exil pendant la Révolution, l’immigration la plonge dans l’aventure jusqu’en Russie.

L'auteur rédige ses mémoires avec simplicité et franchise, ce qui apporte beaucoup de pittoresque et de vérité au récit. Les Lettres nous donnent des indices sur sa façon de peindre et les intentions qu'elle met derrière ses portraits mais aussi sur sa vie d'enfant puis de femme, d'abord libre puis mariée mais toujours aussi indépendante.

Dans ses Souvenirs , elle décrit ses sentiments face aux bouleversements révolutionnaires et aux voyages qui leur font suite. Elle n'hésite pas à nous livrer avec humour situations cocasses et anecdotes, qui la mettent en scène directement. C'est un précieux témoignage historique sur le vécu de nombreux aristocrates de cette époque et plus particulièrement sur la pensée d'une femme brillante, tenant salon et totalement acquise à la royauté. Cela donne aussi une belle peinture des milieux artistiques de toute l'Europe, puisque Elisabeth Vigée Le Brun profite de ses voyages pour visiter les ateliers de nombreux peintres de l'époque.

" Son attachement à la royauté est le principe fondateur qui accompagne sa pratique de peinture, sans qu’il soit même nécessaire de le justifier (…). Mais l’intérêt des Souvenirs se situe ailleurs. N’est-il pas justement dans cette extraordinaire adhésion à l’esprit d’une société, dont elle représente le meilleur produit et la parfaite incarnation ? Ses défaillances ou ses naïvetés sont en elles-mêmes des témoignages sur une façon d’appréhender le monde. " Didier Masseau.

Ce récit confronte le lecteur d'aujourd'hui à l'Autre, cette femme qui semble sortie d'un autre monde, source d'incompréhension et en même temps de curiosité, d'étonnement et de rapprochement, finalement. L'émerveillement n'est pas loin quand on croit toucher "les gens d'autrefois".

Extrait

Les femmes régnaient alors, la Révolution les a détrônées , Lettre IV, p59.


« J’avais alors vingt ans ; je vivais sans inquiétude sur mon avenir puisque je gagnais beaucoup d’argent, en sorte que je ne sentais aucun désir de me marier. Mais ma mère, qui croyait M. Le Brun fort riche, ne cessait de m’engager avec instances à ne point refuser un parti aussi avantageux. Je me décidai enfin à ce mariage, poussée surtout à l’envie de me soustraire au tourment de vivre avec mon beau-père, dont la mauvaise humeur augmentait chaque jour depuis qu’il était oisif. Je me sentais si peu entraînée, toutefois, à faire le sacrifice de ma liberté, qu’en allant à l’église, je me disais encore : Dirai-je oui ? Dirai-je non ? Hélas ! J’ai dit oui, et j’ai changé mes peines contre d’autres peines

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