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Le roman français contemporain

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  • 03-09-2011
  • Littérature

Une invitation à aller y voir de plus près…

Pour accompagner cette rencontre avec le roman français contemporain, deux valises thématiques ont été constituées et une formation sera proposée en 2012.

Le Nouveau roman dans les années 60 a transformé le paysage littéraire. Même si ce mouvement a prouvé ses limites, les auteurs n’écriront plus de la même façon. « Le récit n'est plus l'écriture d'une aventure, mais l'aventure d'une écriture » a noté Jean Ricardou dans son ouvrage Pour une théorie du nouveau roman . Nous nous sommes largement inspirés de La littérature française au présent de Dominique Viart et Bruno Vercier, publié chez Bordas en 2008, pour présenter des auteurs singuliers, les regroupant par familles d’écriture.

S'ECRIRE

Est-ce, suite à l’effondrement des idéologies, le signe d’un repli sur soi ? A partir des années 1990, de jeunes écrivains prétendent ne plus faire de différence entre l’auteur et son personnage, et révéler sans tabou. C’est l’écriture du moi. Cela suffit-il pour faire œuvre ? Auto-fiction et bio-fiction sont des avatars beaucoup plus exigeants dont s’empareront des écrivains.

Ecriture du moi pur

Hervé Guibert a mis sa souffrance à nu dans A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie (Gallimard, 1990) en osant une relation « à-plat » du sida dont il était atteint : sans aucune concession pour la sensibilité du lecteur. Loin de l’écriture décorative ou pathétique, on est plutôt du côté de "De la littérature considérée comme une tauromachie", notion apportée par Michel Leiris dans sa préface de L'Âge d'homme (1939) et qui consiste à s’exposer à la « corne acérée du taureau ».

Il est difficile de ne pas verser dans la complaisance et d’innover vraiment. Christine Angot en écrivant L’inceste (Stock, 1999) et Catherine Millet , La vie sexuelle de Catherine M . (Seuil, 2001), se racontent clairement.

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Ecriture de l’auto-fiction

Le père du terme « autofiction » est Serge Doubrovsky , qualifiant ainsi son roman intitulé Fils paru en 1977 chez Galilée. Et, comme le rappelle Thierry Guichard*, « Il insiste sur le fait que ce mélange entre fiction et autobiographie se fait par le travail sur la langue. »

La fiction part de ce que l’auteur a vécu. Ici, c’est le contraire : ces auteurs font de leur vécu une fiction. Annie Ernaux , Hélène Cixous , et Chloë Deleaume dernière arrivée, en sont les représentants. Patrick Modiano se situe à la frontière, qui pratique l’autobiographie de façon plus lointaine, moins directement reconnaissable. Tous tissent à des degrés divers, autour de leur vie, des œuvres sublimées par l’écriture.

* Les mutations du roman français, article de Thierry Guichard, extrait de Le roman français contemporain, CulturesFrance, 2007.

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Ecriture de la biofiction

Un modèle : Les vies imaginaires écrit en 1896 par Marcel Schwob , a initié ce genre tout à fait à part, où il s’agit, par son propre imaginaire et son érudition, de revisiter des vies d’artistes, de personnages illustres ou d’anonymes. Ces romans se situent à mi-chemin entre le réel et des possibles inventés et ceci, à travers l’expérience d’une langue exceptionnelle, seule capable de capter ce qui n’existait pas avant que cela soit écrit.

Souvent publiés chez Verdier, Fata Morgana ou Corti, des auteurs comme Pierre Michon , Pierre Bergounioux , Claude Louis-Combet , Pascal Quignard Michèle Desbordes , abordent à travers cette construction littéraire leurs propres questionnements sur l’art, l’écriture, les valeurs.

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ECRITURE DE L’HISTOIRE


L’Histoire du XXème siècle a eu peine à s’exprimer. La Grande Guerre : le récit des horreurs reste longtemps enfoui. Pour la Deuxième Guerre mondiale, la phrase d’Adorno : « On ne peut plus écrire de poésie après Auschwitz» a pesé au-delà de la poésie. Enfin la guerre d’Algérie sort encore difficilement du statut de tabou.

De son côté, la littérature dans les années 60 subit l’influence des sciences humaines pour lesquelles tout est structure : langage, inconscient, société. Dans cette optique, le réalisme est un mensonge. Alors ne tiennent ni les personnages, ni les histoires, ni la notion d’auteur. Et les remarques sociologiques, les intuitions psychologiques, si innovantes du temps de Balzac, ne satisfont plus.

Ecriture de la Guerre de 14

  • Le silence agit encore sur cette période...

Une œuvre a été écrite à l’époque même : Les croix de bois , par Roland Dorgelès , publié en 1919 chez Albin Michel. Elle reste la grande référence, en ce qu’elle est un témoignage réaliste, restituant la vie des tranchées, l’absurde, l’horreur, l’humanité aussi... Puis paraît Voyage au bout de la nuit en 1932 chez Denoël de Louis-Ferdinand Céline , un récit hautement halluciné, à travers une écriture inventive au point qu’elle constitue une révolution stylistique.

  • A la manière d’une expérience passant par le travail sur le langage

C’est la conception choisie par Claude Simon , un des plus prestigieux initiateurs du Nouveau roman, et Prix Nobel 1985. « On n'écrit (ou ne décrit) jamais quelque chose qui s'est passé avant le travail d'écrire, mais bien ce qui se produit (et cela dans tous les sens du terme) au cours de ce travail, au présent de celui-ci ». (conférence Nobel du 9 décembre 1985).
Il avait déjà publié en 1960 La route des Flandres chez Minuit, sur ce thème, avec ce souffle si particulier. Dans Acacia (Minuit, 1989), trois générations d’hommes partent à la guerre, et l’acacia du jardin en est le témoin. Le propos est sans doute autobiographique mais ce qui domine, c’est la façon foisonnante et obsessive de la narration, où la phrase fait coexister plusieurs strates de réalités simultanément et qui cherche et qui tâtonne, et qui finit par brosser des tableaux somptueux.

En 2001, Laurent Gaudé , auparavant dramaturge, publie Cris chez Actes Sud. Ce roman est construit comme une suite de poèmes portant comme titre les noms des soldats dont on suit leur vie, leur comportement. Ce récit haletant suit en phrases brèves la respiration saccadée du soldat qui court.

Paru en 2008 chez L. Teper, André des Ombres de Marie Cosnay décrit l’enquête menée par l’auteure autour de son aïeul revenu de la Grande Guerre. De courts paragraphes font alterner le présent de la recherche et le passé vécu par le grand-père, en une syntaxe bousculée, abrupte, faisant émerger le traumatisme.

  • Façon « primauté du sujet »

Ainsi, Jean Rouaud renoue avec les souvenirs familiaux dans Les champs d’honneur , édité chez Minuit, et qui aura le Prix Goncourt en 1990. Verront le jour ensuite deux romans qui seront portés à l’écran pour leur caractère visuel: Un long dimanche de fiançailles (Gallimard, 1992) de Sébastien Japrisot et La chambre des officiers de Marc Dugain (Lattès, 1998). Enfin, à signaler également : Les âmes grises (Stock) de Philippe Claudel , Prix Renaudot en 2003, qui raconte de façon très sensible la guerre, du côté des démunis.

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Ecriture de la Deuxième Guerre mondiale

La première est abordée. Le modèle inégalé, pour la seconde, reste Si c’est un homme de l’Italien Primo Lévi , écrit en 1958. Il s’agit d’un récit précis, distancié, sur la déportation et l’organisation dans les camps, essayant de comprendre le système, sans dramatisation, et d’une efficacité redoutable. L’œuvre est particulièrement aboutie, d’autant que l’auteur, partant de son vécu, se situe dans une réflexion morale d’envergure.

Trois autres œuvres remarquables :
Claude Simon , Acacia (cf : ci-dessus Guerre de 14)
Patrick Modiano , est fasciné par la période de la collaboration. Son premier livre, Place de l’Etoile (Gallimard, 1968), et quasiment toute son œuvre en est imprégnée. Ce climat d’incertitude, de trahison, de mal-être se traduit dans une langue en revanche sobre, maîtrisée, précise. C’est l’alliance des deux qui fait tout l’intérêt de cette écriture et le rendu de cette atmosphère.
Lydie Salvayre fait paraître au Seuil en 1997, La compagnie des spectres . Dans ce récit à trois voix se mesurent trois langues. Impassible et légaliste, celle de l’huissier venu faire l’inventaire des biens pour cause de non paiement des loyers ; pleine de bruit, de fureur, de peur et d’insultes, celle de la mère, revivant ses cauchemars et prenant l’homme pour un milicien de Pétain ; pleine de raison impuissante, celle de la fille écartelée entre absurde et folie.

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Ecriture de la guerre d’Algérie

A l’origine, La Question , d' Henri Alleg , chez Minuit, en 1958, n’est pas un roman, mais un récit véridique à partir de son expérience personnelle, où il dénonce la pratique quotidienne de la torture dans cette guerre. Au cinéma, Avoir 20 ans dans les Aurès , a été réalisé par René Vautier en 1972, mais rien de littéraire n’aura percé avant… 2009.

En effet, en 2009 seulement, Laurent Mauvignier dans Des hommes chez Minuit - le titre fait-il référence à Si c’est un homme ? - se confronte brillamment à l’indicible.
Et en 2010, Jérôme Ferrari fait paraître Où j'ai laissé mon âme chez Actes Sud. Voilà ce qu’en dit François Aubel, dans le Magazine littéraire de septembre 2010 : «Avec une plume frémissante, convulsive, naïve parfois, nombreux sont les écrivains de la génération de Jérôme Ferrari - il est né en 1968 - à s’emparer, ces dernières années, de l’histoire pour la mettre à l’épreuve du roman, persuadés que celui-ci explique mieux que toute forme d’art la condition humaine. Mais Où j’ai laissé mon âme développe, semble-t-il, une autre ambition. Si, avec cet examen de deux consciences, il nous plonge dans les replis d’une mémoire sale, honteuse, l’auteur, (…) réussit surtout à percer sous sa phrase ample, incantatoire, la ligne de démarcation (une ligne Maginot ?) entre le bien et le mal.»

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Ecriture de l’apocalypse

Dominique Viart et Bruno Vercier dénomment ainsi, dans leur ouvrage La littérature française au présent cité en introduction, cette écriture comme apocalyptique. Sans détermination de temps, ce pourrait être maintenant dans un pays en guerre, dans un passé proche ou vers ce qui nous attend. Images d’hécatombes, cauchemars de mondes délités, vagabonds plus terrifiants que chez Beckett, absurde et violences de conflits ou de totalitarismes nauséeux, sont donnés à voir et à entendre par ces héritiers de Kafka et de Thomas Bernhard réunis.

Au théâtre, Nicole Caligaris crée en 1997 Scie patriotique , et Olivier Py , Requiem pour Srebrenica en 1999.

Dans le domaine du roman, Emmanuel Darley , par ailleurs dramaturge, s’inspire de la Bosnie pour écrire Un des malheurs , édité chez Verdier en 2003.

Par ailleurs Antoine Volodine est l’un des auteurs les plus représentatifs de cette tonalité. Il a publié sous d’autres noms : Elli Kronauer , Lutz Bassmann et Manuela Draeger en littérature jeunesse … Ainsi, Bardo or not Bardo , publié chez Fiction & Cie en 2004, est un roman troublant. Sept chapitres mettent en scène des mourants qui ne savent pas toujours qu'ils sont en train de mourir et se retrouvent dans des lieux oniriques ou tout à fait réalistes, faisant face à une série d'épreuves initiatiques, en entendant, par divers moyens, la voix du Bardo Thödol, le Livre des morts tibétain...

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ECRITURE DU MONDE


A la préoccupation du retour sur soi, à l’urgence de «parler de» l’Histoire traumatique, se juxtapose la nécessité de dire le monde actuel. Les crises économiques et les ravages qu’elles provoquent dans la société et sur les individus, les paysages-ruines, les lieux de travail abandonnés, les violences urbaines.

L’établi est le texte qui fait référence, paru en 1978 aux Editions de Minuit. L’auteur, Robert Linhart , comme d’autres étudiants militants maoïstes, après 1968, « s’établit » volontairement comme ouvrier spécialisé en usine. Il ne s’agit pas d’un texte proprement littéraire, mais qui fait date par son observation du monde du quotidien, et sur des peuples exotiques, comme une enquête sociologique dans la société actuelle.
Puis, en 1993, Pierre Bourdieu dirige La misère du monde : une étude de notre société aux Editions du Seuil. Ces enquêtes sur le terrain prouvent que la souffrance n’est pas loin, que l’enfoui affleure, que les individus sont écrasés.

François Bon, Jean Rolin et Philippe Raulet

Ils ont ceci en commun qu’ils vont évoquer ces blessures du réel sous toutes leurs manifestations : à partir de faits divers, en entrant dans le monde du travail, en fouillant la réalité sociale… Et ceci, sans emprunter l’esthétique du roman dit « réaliste » : l’appréhension du réel est l’enjeu majeur et non la toile de fond. Ces romans ne constituent plus un exercice de mimétique, de reproduction naïve du réel. L’écriture seule est à même de donner à ressentir, à voir.

François Bon est un auteur de romans aux titres emblématiques : Sortie d’usine (1982), Décor ciment (1988), publiés aux Editions de Minuit, et, Prix Wepler, Daewo , 2004, chez Fayard. " Daewo superpose une sorte d’enquête descriptive menée sur un lieu sinistré, ces petites villes de l’Est de la France dont le tissu social s’est défait avec la fermeture de l’usine Daewo, et la mise en dialogue théâtral de la parole ouvrière qui en témoigne à l’intérieur du roman . " Dominique Viart et Bruno Vercier in La littérature française au présent , ouvrage précité. Opposition entre le lyrisme qui fait penser aux chœurs antiques et l’enquête proprement dite.

Jean Rolin de son côté est l’écrivain le plus apte à faire surgir les atmosphères des paysages urbains abandonnés, des terrains vagues, friches retournées à l’état sauvage, seuls lieux alloués aux laissés-pour-compte, pris dans une misère matérielle comme morale. Les titres mêmes sont évocateurs : Zones , La Clôture (P.O.L, 2001), Terminal Frigo , (P.O.L, 2005). Marianne Dubertret dans le magazine La Vie , en octobre 2003, caractérise cette écriture : « L'objectivité, ici, est hors sujet. Le lecteur écoute avec lui ses interlocuteurs, surprend leurs expressions, qui nuancent ou contredisent carrément les propos ; il sent peser, comme lui, l'ennui, la tension et la peur. L'exercice exige une grande qualité d'écriture. Ce n'est pas le moindre talent de Jean Rolin. » .

Autre écrivain à forger une langue, Philippe Raulet . Il va publier deux livres, inclassables, chez Verticales : Allons, pressons ! puis Pitiés . Voici le début : " Une femme rêvait de voir la mer, pas n'importe où, et c'est le drame, ou presque, on va comprendre elle est mariée, ils manquent d'argent, ça se paie cher, pitié, c'est déjà commencé à cette heure-ci on ne trouvera chez eux que l'homme, prénom Louis, assis en bout de table et immobile - le temps peut s'égoutter - on croit voir une image cuisine peinte en jaune, murs et plafond que barre un long néon, mais éteint pour l'instant, l'après-midi débute à peine ".

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Martin Winkler et Leslie Kaplan

Ces autres auteurs auscultent la société par des biais différents. " L’univers médical est propice à l’observation des défaillances individuelles et des symptômes collectifs. La maladie de Sachs (P.O.L., 1998) de Martin Winkler , offre à entendre la rumeur intime des gens dans des bribes de dialogues, récits morcelés, esquissés, parfois prolongés. (…). Le roman de Leslie Kaplan – femme de lettres et poète – Le psychanalyste (P.O.L.,1999) est un creuset où se déversent aussi des bribes d’histoires personnelles, des malaises entrevus, d’autres plus intenses. (…) Le principe du morcellement et du montage, celui de la variété (des tons, des figures, des voix, des modalités narratives à l’œuvre dans les livres de Martin Winkler et de Leslie Kaplan affiche combien la saisie kaléidoscopique est désormais la seule possible d’un monde privé de tout système d’intellection. Ce n’est pas forcément le signe d’un pessimisme ou d’une désillusion ; il y a tendresse dans l’approche d’autrui chez Martin Winkler et d’amour généreux chez Leslie Kaplan." Dominique Viart et Bruno Vercier in La littérature française au présent , ouvrage précité.

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Autres écritures : François Tallandier, Emmanuel Carrère, Régis Jauffret

Livre monstre, Microfictions rassemble cinq cents histoires tragi-comiques d’une page et demi, comme autant de fragments de vie compilés. Ainsi Gallimard présente-t-il le roman-texte de Régis Jauffret . Tour à tour cyniques, misérables, héroïques, les narrateurs varient les cas de figure et les points de vue, et le lecteur se retrouve à être voyeur.

Emmanuel Carrère , écrivain, scénariste et réalisateur. Il est fasciné par l’intrusion du fantastique dans la réalité. Ainsi les thèmes de La moustache , Adversaire (P.O.L., 2000) le prouvent. Ses romans suivants Un roman russe , (P.O.L., 2007), D’autres vies que la mienne (P.O.L, 2009), de veine plus autobiographique, tournent toujours autour de la recherche éperdue de la vérité. A travers le récit de la vie de personnes stupéfiantes, il cherche à comprendre jusqu’où peut aller l’être humain, son semblable. Ainsi a-t-il pris pour sujet de son dernier livre remarquable, le Russe Limonov , aux avatars fascinants.

François Taillandier , est un grand admirateur de Balzac. La Grande Intrigue (Stock) est une suite romanesque en cinq volumes évoquant un demi-siècle d'évolution de la société française.

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Un cas à part : Michel Houellebecq

Décrypteur lucide de notre société, Michel Houellebecq est un écrivain à part. Il ne s’en remet pas à l’écriture pour faire émerger le réel – c’est un écrivain académique - mais crée plutôt des mises en scène, des situations fictionnelles, des personnages, illustrant des thèmes comme la misère morale et sexuelle, héritages soixante-huitard et de la société postmoderne.
Dans Extension du domaine de la lutte (M. Nadeau, 1994) et Les particules élémentaires (Flammarion, 1998), il prétend décrypter la société moderne et les maux dont elle souffre. Dans son tout dernier roman, La carte et le territoire , il renouvelle l’analyse du sort prochain de la France, de l’Europe même, d’une façon ambitieuse...

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Qui seront les prochains ?

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ECRITURE DE MINUIT


En parallèle, depuis 1987, à toutes ces familles d’écriture, tous publiés chez Minuit, certains auteurs ont un style qui les rapproche, dit « minimaliste ». Minimalistes : les chapitres, le nombre de page, l’intrigue. Minimalistes : le vocabulaire sobre et la syntaxe lisse…
Pour clore le tout, une distanciation parodique qui autorise beaucoup de jeu avec le langage*. Ils aiment à traduire le ténu, le bord, la réalité vue à travers le prisme déformant d’une langue utilisée en virtuose, teintée d’humour et d’absurde, produisant un regard décalé sur le monde. L’histoire compte pour peu.

Pour autant, cela donne des univers dissemblables. Ce qui fait dire à certains que ce « mouvement » constituerait tout juste un banc, le banc de Minuit…

*Michèle Ammouche-Kremers et Henk Hillenaar, Jeunes auteurs de Minuit. Rodopi, 1994.

Jean-Philippe Toussaint

Auteur belge de langue française, annexé d’autorité dans ce panorama !
La salle de bain (1985). Voilà ce qu’en disait Jacques-Pierre Amette dans Le Point (16 Janvier 1989) : « Jean-Philippe Toussaint , a écrit quelque chose qui n'est ni une chronique ni un roman, mais une histoire picaresque version compacte, un bric-à-brac d'émotions et de détails saugrenus, une sorte de miracle qui tient sur le ton et non pas sur l'histoire. On prend un plaisir étonnant à ce livre au charme acide, constamment humoristique, qui procure des délectations secrètes . »
Faire l’amour (2002), Fuir (2005, Prix Médicis), La vérité sur Marie (2009) forment une sorte de trilogie où l’écriture est différente, plus sensuelle, moins axée sur l’humour et la dérision, mais toujours dans la maîtrise.

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Jean Echenoz

Iitinéraire plus contrasté. Jean Echenoz débute en 1979 avec Le méridien de Greenwich , première parodie du roman d’aventure. Il y en aura d’autres, où les codes du genre apparaîtront visiblement et astucieusement utilisés pour s’en moquer, les dépasser, les détourner. Ainsi Je m'en vais (1999) est un réjouissant faux roman d’aventure et Les grandes blondes (1995), un jubilatoire faux roman policier. Ses trois dernières livraisons constituent en revanche des biographies imaginées. Tout l’art est de rendre la vie de Zatopek par une écriture qui court, celle de Ravel par une écriture à la fois sobre et poétique. En fait, en perpétuelle recherche, en équilibre, à chercher toujours autre chose.

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Christian Gailly

Comment parler des romans de Christian Gailly sans recourir à la métaphore musicale, puisqu'ils empruntent non seulement à la musique des thèmes et des contextes d'histoire, mais aussi une structure et un style délibérément rythmique et sonore ?
Tiphaine Samoyault ( La Quinzaine littéraire , 1er octobre 1995) " Ses romans auscultent le quotidien de la passion amoureuse à travers un personnage souvent lunaire et fantasque, joyeux ou désespéré. D'une composition toujours rigoureuse, ils mêlent délicatesse et raffinement, drôlerie et cruauté, dans des phrases nettes et justes d'où la virtuosité et les trouvailles langagières ne sont pas absentes, et dont la mélodie entêtante, entre swing et blues, emprunte au jazz, à la fois modèle d'écriture et thème privilégié ." Be-Bop (1995 ), Un soir au club (2002, prix du Livre Inter).

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Eric Chevillard

Premier roman : Mourir m'enrhume , en 1987. Ironie, distance, non-sens à l’anglaise, ingénuité feinte, sont la marque de Eric Chevillard . Une méfiance par rapport à l’histoire, qu’il livre d’une chiquenaude, ou qu’il fait attendre tout au long d’un roman entier. Tel Le Vaillant petit tailleur , prix Wepler 2003 par exemple.

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Conclusion et sitographie

Poursuivre la découverte ...

« Le problème est que nous, lecteurs, - et je m’y inclus -, avons tendance à ouvrir un livre avec notre propre clé, nos expériences, nos lectures antérieures. Or il ne faut pas. Par exemple, quand j’ai commencé à lire Conrad, je n’y comprenais rien. J’avais l’impression de marcher dans le brouillard. Et soudain, tout s’est illuminé, parce que j’ai renoncé à le lire avec ma propre expérience de la vie, de la lecture, pour accepter de suivre ses règles. Si vous suivez les règles du livre, alors il devient votre livre. Un livre qui vous reflète, où vous voyez des parties, des régions, des provinces de vous-même, que nous ne connaissiez pas et qui soudain vous sont révélées. Car nous sommes tellement riches ! Comme de grandes maisons dont nous n’habitons que trois pièces. Nous avons peur d’ouvrir d’autres portes, mais en réalité, nous sommes beaucoup plus vastes que nous pensons. Cela, la littérature le révèle . » Interview d’Antonio Lobo Antunes par Nathalie Crom, Télérama , 5 mars 2011.

Ce tour d’horizon ne peut épuiser l’histoire littéraire en train de se faire ! D’autres auteurs émergent déjà qui inventent d’autres écritures. Régénérescence quand les mots, la syntaxe, la langue s’usent. En tant que professionnels, à nous d’être vigilants et de les aider à émerger. En tant que citoyen, à nous de nous en nourrir.

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