flux rss imprimer (nouvelle fenêtre)

Rentrée littéraire 2009

  • Retour
  • 18-11-2009
  • Littérature

La sélection proposée par Jean-Claude Lebrun lors de la formation.

Devant l’abondance des titres qui sont publiés à l’occasion de cette rentrée littéraire (659 au total !), il est tout aussi intéressant que nécessaire de lire les critiques littéraires. Voici celles de Jean-Claude Lebrun, critique littéraire et également intervenant pour les formations dispensées par la Médiathèque départementale.

Les ouvrages "sélectionnés" par Jean-Claude Lebrun

Laurent Mauvignier et Lyonel Trouillot sont exemplaires pour montrer le poids renforcé de l’Histoire dans les fictions romanesques d’aujourd’hui.

  • Lyonel Trouillot dans "Yanvalou pour Charlie" publié chez Actes Sud dépeint une certaine réalité haïtienne entre opulence et pauvreté. Avec Dany Laferrière, Patrick Chamoiseau et Raphael Confiant, ils témoignent de la vitalité de cette littérature des Antilles et des Caraïbes. 
  • Laurent Mauvignier avec "Des hommes" publié aux Editions de Minuit revient sur la guerre d’Algérie qui est un thème actif dans le champ littéraire. Ce roman est à mettre en lien avec le très réussi « C’était notre terre » de Mathieu Belezi publié chez Albin Michel en 2008. On retrouve ici les grandes qualités narratives de L. Mauvignier déjà révélées avec un précédent roman intitulé « Dans la foule » qui avait pour sujet la tragédie du Heysel… Gageons que ces romans de Trouillot et de Mauvignier ne seront pas absents des prochains prix littéraires car d’une certaine façon, ils élèvent leurs récits à quelque chose d’universel.

Pour illustrer un courant où se retrouvent beaucoup d’auteurs actuels et que l’on peut regrouper sous le terme d’« écritures du moi », associant les biographies, les autobiographies et les auto-fictions, on peut citer quatre ouvrages :

  • "Mon enfant de Berlin" d’Anne Wiazemsky , publié chez Gallimard qui d’une écriture blanche, simple, ingénue presque mais totalement voulue et porteuse de sens évoque au jour le jour à partir de septembre 1944 la vie de la mère de l’auteur, Claire Mauriac, fille de François Mauriac. Ce texte est aussi en creux l’autoportrait de l’auteur.
  • Avec "Bella ciao" publié au Seuil, Eric Holder nous livre son vingt sixième roman. L’auteur maintenant domicilié dans le Médoc avec une écriture minimaliste nous parle des petits faits de la vie, de ce qui est fugace, insaisissable. Porté par la symbolique et la métaphore, il nous propose ici un récit empreint de mortification et d’expiation pour une rédemption finale symbolisée par une belle et émouvante lettre écrite à sa fille et renaître ainsi au statut d’écrivain.
  • Marie Le Gall quant à elle avec "La peine du menuisier" publié chez Phébus nous propose la cinquantaine passée un premier roman dans la tradition du roman familial. La démarche n’est pas originale en soi, mais ce texte surprend par la richesse de sa matière et son talent de portraitiste. L’auteur nous propose pas moins d’un siècle de l’histoire des siens dans la campagne finistérienne ! On ne peut s’empêcher de penser au « cheval d’orgueil » de Per Jakez Hélias. Ce texte est aussi l’histoire d’un secret, que la quête de l’auteur va révéler. Tout est amorcé avec cette citation de Camille Claudel : « Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente »…
  • Jean-Michel Guenassia avec "Le club des incorrigibles optimistes" publié chez Albin Michel, nous propose aussi le portrait d’une génération, celle qui a connu la seconde guerre mondiale, la Libération et puis plus tard la guerre en Algérie. Roman d’apprentissage et chronique sociale d’une France gaulliste à peine relevée de la guerre, ce beau roman ambitieux et généreux évoque avec talent le petit monde des réfugiés de l’Est dans le Paris populaire des années 60. Michel qui avait 12 ans en 1959 sera notre guide tout au long de ces 750 pages de rencontres, d’aventures et d’humour !
  • Frédéric Beigbeder dans "Un roman français" publié chez Grasset nous offre un texte plus sobre et plus maîtrisé que ses précédents ouvrages. Plus qu’un classique roman de formation, l’auteur nous propose ici un roman intimiste en forme de quête d’identité. Une garde à vue est l’occasion d’un premier examen de conscience et d’un travail de mémoire sur sa vie passée. C’est aussi l’occasion de réfléchir sur ses relations avec son frère qui est un symbole de réussite sociale et de stabilité. D’ailleurs ce frère en lui laissant un territoire étroit pour exister, est sans doute l’une des clefs du passage à l’écriture de l’auteur.
  • Autre quête d’identité, celle de Daniel de Roulet avec "Le silence des abeilles" publié chez Buchet Chastel. Cet écrivain suisse produit souvent des fictions liées à l’actualité, au pire de l’actualité. C’est aussi une littérature très cultivée, très référencée. Voici le roman d’apprentissage d’une certaine jeunesse, une ballade sur ces trente dernières années, celle d’un garçon en rupture replié sur lui-même et devenu apiculteur qui rencontre une japonaise, son exact contraire, c'est-à-dire l’incarnation même de la société mondialisée.
  • François Bon avec "L'incendie du Hilton" publié chez Albin Michel, résiste à tout classement dans une tendance ou un genre littéraire. La seule parenté décelée serait celle de la «contrainte productive » chère à Raymond Roussel. Il faut en effet que le temps de lecture corresponde au temps de l’action décrite dans ce roman. Un lieu unique ( un hôtel dans une métropole canadienne), un temps minimal ( quatre heures) et une action limitée ( un incendie ) voici donc les seuls ingrédients de ce roman hors norme qui collationne une multitude de petits événements, d’impressions, de souvenirs de lectures…
  • Jean-Philippe Toussaint avec "La vérité sur Marie" publié chez Minuit résiste aussi à tout classement ou regroupement si ce n’est d’associer ce titre à « Faire l’amour » et à « Fuir » pour en faire comme un prolongement dont le lien serait cette Marie, amie du narrateur ou incarnation d’une muse, l’histoire naît en fait là où est Marie… Cet écrivain belge qui a beaucoup voyagé ces dernières années en extrême orient (Chine et Japon), excelle à transcrire la vitesse, la lumière, les couleurs. Son écriture nette, claire et toute en vigueur confère par moment au sublime !
  • Après Laurent Mauvignier, voici l’autre événement littéraire de cette rentrée. Marie Ndiaye avec "Trois femmes puissantes" publié chez Gallimard signe ici son roman le plus réaliste en nous livrant trois portraits de femmes, largement autonomes les uns des autres mais liés par un seul et même pays d’Afrique, le Sénégal. Trois histoires où l’auteur avec une plume affûtée, dit la douleur de l’exil et la déchéance qui s’ensuit…
  • De l’un des meilleurs et des plus singuliers romanciers espagnols contemporains voici « Le sommeil du caïman » d’ Antonio Soler publié chez Albin Michel. Au Canada à Toronto de nos jours, le narrateur, réceptionniste dans un hôtel croit reconnaître un homme surgi de son lointain passé. Plongeant alors dans ses souvenirs, il revit les années sombres du franquisme qui l’ont conduit à la prison, la torture et l’exil… Ce roman, récit d’apprentissage sans illusion construit par l’entrelacement du passé et du présent plonge le lecteur dans une atmosphère oppressante et trouble comme un « songe » sur la destinée humaine…
  • Martin Prinz , écrivain autrichien, signe avec « L’envolée belle » publié chez Absalon un petit roman retraçant avec beaucoup de suspens les quatre jours de cavale d’un braqueur de banque autrichien dans les années 80. Ce récit d’une fuite, d’une course dont on vit le rythme à travers le texte est à la fois vivant et poétique et nous transporte dans un monde réaliste et irréel en même temps. Un auteur à suivre !
  • Autre écrivain à suivre et autre roman de langue allemande, Jenny Erpenbeck publie chez Actes Sud « Le bois de Klara ». Dans les années 1920, Klara hérite d’un joli bois autour d’un lac, un petit paradis près de Berlin-Est. Ce bois est ensuite revendu en trois parcelles. En 2000, l’auteur enquête sur ce lieu et sur le destin des familles qui s’y sont installées, dont l’une d’elles est la sienne.. Ce roman assez sombre, éclairé par de petites touches puissantes et poétiques a eu un très grand succès outre-Rhin car il est un résumé de l’histoire allemande.

Vous pouvez réserver tous ces ouvrages sur le catalogue en ligne de la médiathèque départementale.

Voir aussi

Sur ce site