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Rentrée et prix littéraires 2010

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  • 05-01-2011
  • Roman contemporain

Une rentrée littéraire riche et de qualité

Devant l’abondance cette année encore de titres qui sont publiés à l’occasion de cette rentrée littéraire et à l’heure où les critiques d’ouvrages foisonnent de tous côtés et notamment sur le net, il est important de distinguer le simple « avis de lecteurs » de la réelle critique qui sélectionne vraiment, fait des choix , porte une analyse esthétique et une vision du monde… Pour différencier le simple « produit » de l’œuvre qui apporte à la littérature, il nous semble tout aussi intéressant que nécessaire de lire les critiques.

Voici celles de Jean-Claude Lebrun, critique littéraire

Le roman français contemporain s’inscrit dans une époque où cohabitent trois tendances majeures. Tout d’abord celle d’écritures qui explorent l’Histoire où notamment toutes les guerres du siècle dernier sont revisitées. Ensuite signalons la présence rémanente de proses autobiographiques ou biographiques ou autofictions. Enfin les littératures d’apocalypse qui émergent largement depuis les années 80 car elles se nourrissent des mutations et des crises de nos sociétés. Pour être complet il faut aussi mentionner cette tendance toute récente de fictions qui évoquent le monde du travail d’aujourd’hui et ses crises. On parle parfois de « romans d’entreprise ». Les derniers écrits de Nathalie Kuperman, Philippe Claudel et Thierry Beinstingel illustrent cette nouvelle tendance. Les romans chroniqués ici s’inspirent majoritairement de ces tendances.

Autofictions, autobiographies et biographies romancées

« Une forme de vie » d’Amélie Nothomb

Publié chez Albin Michel

On ne pouvait être dithyrambique sur ses précédents livres marqués par l’autodérision et l’ironie. Celui-ci est beaucoup plus intéressant car il propose une dramaturgie très travaillée et c’est une nouveauté dans son écriture. Elle se livre à l’exercice d’autofiction mais d’une façon originale en la mêlant avec talent au genre du roman épistolaire . Dans ce livre elle évoque ou invente un épisode de son existence. Elle reçoit des lettres de Bagdad, d’un certain Melvin Mapple, soldat américain et homme du rang engagé dans la guerre en Irak. Une correspondance s’engage entre la romancière et le soldat… La sortie de cet échange épistolaire aurait pu être laborieuse ou en queue de poisson, mais non. L’intérêt reste soutenu. L’écriture et la vie s’enrichissent mutuellement.

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« Le siècle des nuages » de Philippe Forest

Publié chez Gallimard

Cet auteur qui est aussi un intellectuel réfléchissant sur le littéraire produit des romans qui sont tous autobiographiques tels « L’enfant éternel » et le « Le nouvel amour ». Celui-ci d’esprit proustien tant la narration est lente, est construit autour de la figure de son père. Evoquer la mémoire de ce dernier l’aide à comprendre le XXème siècle et ses événements majeurs tels les guerres, l’aviation et le cinéma... Les paragraphes de ce roman sont comme des instantanés qui restituent la vie du père et de la famille évoquant par là même sa propre histoire. L’intérêt de ce texte est une justesse de regard, une invention littéraire se référant à son histoire familiale. Le tour de force narratif c’est la restitution des années 30 et le début de la Seconde Guerre mondiale, époque compliquée dépeinte avec brio et finesse. Le roman est également un hommage à sa mère.

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« Des éclairs » de Jean Echenoz

Publié aux éditions de Minuit

Après « Ravel » et « Courir » deux romans construits autour du thème de la vitesse et du rythme, Jean Echenoz termine son parcours de narration biographique avec ce nouveau titre qui s’intéresse à Nikola Tesla (1856-1943), un ingénieur américain d’origine serbe particulièrement méconnu, mais pourtant si prolifique en nombre de brevets déposés dans le domaine de l’électricité, de l’induction et du magnétisme. Sur Nikola Tesla il y a très peu de documentation, ce sont ses découvertes qui parlent pour lui. Cela laisse une grande place pour l’invention d’Echenoz et son travail littéraire réalisé ici non sans humour.

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« Enlèvement avec rançon » d’Yves Ravey

Publié aux éditions de Minuit

Yves Ravey est installé depuis une quinzaine d’années dans le paysage littéraire sans avoir trouvé la reconnaissance méritée. C’est un spécialiste de romans très noirs et celui ci n’échappe pas à ce constat car il relate une histoire crapuleuse , un enlèvement avec rançon… L’intérêt du livre réside dans la manière dont il est traité. Pas une once de psychologie, seuls les actes parlent et tout est décrit avec une précision chirurgicale. Le roman de la reconnaissance pour Yves Ravey ?

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« Quand j’étais normal » de Marc Weitzmann

Publié chez Grasset

Ce roman très inspiré et très tonique écrit à la première personne dresse le portrait de deux époques en évoquant le destin d’une famille juive dans la province française des années 60 et son parcours dans une période beaucoup plus récente marquée par la guerre en Irak et l’élection présidentielle de 2002. Ce texte a le mérite de nous faire vivre l’idéologie des années 60 en plein XXIème siècle. A tout le moins, la comparaison ne laisse pas le lecteur indifférent !

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Lorsque le littéraire rencontre l’Histoire

« L’insomnie des étoiles » de Marc Dugain

Publié chez Gallimard

Dans la veine de ses précédents romans « La chambre des officiers » et « La malédiction d’Edgar » ainsi qu’« Une exécution ordinaire », le nouveau roman de Marc Dugain est situé dans l’Allemagne de l’immédiate après-guerre, celle qui tente de surmonter son passé en le passant sous silence. L’histoire, des soldats français découvrent une jeune fille dépenaillée et des restes humains calcinés dans la grange d’une ferme isolée du sud de l’Allemagne... Un officier, astronome dans le civil va mener l’enquête… Marc Dugain construit ici avec cohérence son roman en utilisant trois modes narratifs : le roman historique, le roman de mémoire et le roman policier. Cela devient même un roman à portée philosophique, une réflexion sur le bien et le mal sur fond d’Histoire allemande et de monstruosité du nazisme… Ce roman fonctionne à merveille. A l’inverse de l’impression première où tout semble flou et désordonné, ce texte se révèle être une vraie mécanique d’horlogerie.

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« Passé sous silence » d’Alice Ferney

Publié aux éditions Actes Sud

Le thème évoqué ici est celui de la Guerre d’Algérie bien qu’elle ne soit jamais citée. Ce roman interroge et suscite la polémique car il évoque à partir d’événements réels un épisode compliqué de notre Histoire. Double face à face entre un « Vieux pays » engagé dans une opération militaire pour garder sa « Terre du Sud » qui aspire à l’indépendance et entre deux militaires, un général et un jeune officier qui passent successivement de l’entente à la méfiance puis à la rupture… A travers ce roman nous retrouvons cette période agitée de notre Histoire, la personne du Général De Gaulle et la figure de Bastien Thierry. Tentative de réhabilitation ? Le débat reste ouvert. A l’image des « Bienveillantes » de Jonathan Littell, du « Jan Karski » de Yannick Haenel et du « Rapport de Brodeck » de Philippe Claudel, des auteurs prennent aujourd’hui la liberté d’être dans la tête de ceux qui sont du mauvais côté de l’Histoire…Ils se placent sur un autre plan, celui qui donne la liberté d’explorer les mécanismes intimes, de comprendre les ombres et lumières des personnages…Ce livre est une réussite en ce sens qu’il montre deux aspirations toutes aussi nobles, mais il n’y en a qu’une qui épouse le sens de l’Histoire. Ce roman doit sans doute être présenté avec un mode d’emploi ou tout du moins des clefs car nous sommes en présence d’une littérature qui brasse des idées, de l’idéologie.

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« Des feux fragiles dans la nuit qui vient » de Xavier Hanotte

Publié chez Belfond

Ici aussi le littéraire rencontre l’Histoire. C’est un roman étrange, très stimulant d’un auteur belge peu connu dont le premier roman « Manière noire » a été publié en 1995. Ce texte publié pour cette rentrée rassemble tous les thèmes qui animent son écriture c’est à dire les guerres et les batailles, c’est même l’un des meilleurs peintres de batailles qui soit dans la littérature. C’est aussi un écrivain de l’attente qui fait penser à Dino Buzzati ou à Julien Gracq et un écrivain de l’incompréhension du monde, le monde étant donné comme une énigme… Figure emblématique du « réalisme magique belge » marqué par André Delvaux au cinéma et Maeterlinck en littérature, il est à la rencontre d’un courant symboliste et d’un courant réaliste . Dans ce roman une guerre se prépare et se déclenche. Hanotte dépeint admirablement le tout entre extrême précision et flou général. Ce qui l’intéresse c’est l’épaisseur de l’humain à travers des façons d’agir et non des paroles. Il accumule des gestes pour leur donner du sens et analyser ainsi les comportements. C’est un maître du paradoxe littéraire.

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Le réalisme contemporain ou « littérature d’apocalypse »

« La Carte et le territoire » de Michel Houellebecq et « Vies d’Andy » de Philippe Lafitte

La Carte et le territoire . Publié chez Flammarion. Prix Goncourt 2010

Vies d'Andy . Publié aux éditions du Serpent à Plumes

Ces deux ouvrages confirment la présence significative dans le paysage littéraire français d’un nouveau courant réaliste. Ce courant ne cherche pas à créer l’illusion de la réalité, il cherche plutôt à mettre à jour le sens de la réalité à travers un travail fictionnel clairement affiché. Ces écrivains modernisent et renouvellent la littérature à travers les thèmes et les procédés littéraires utilisés. Le tour de force du livre de Houellebecq est de saisir l’écume de notre temps ou le sens de notre époque à travers une anticipation comme il l’avait déjà fait avec la « Possibilité d’une île ». En suivant deux personnages, un peintre photographe et un romancier qui n’est autre que l’évocation de Michel Houellebecq lui même, ce roman dresse un tableau décapant d’une société française, pays tranquille qui ne pèse plus sur la scène mondiale, pays fossilisé aussi sur ses traditions et ne vivant plus que du tourisme, du divertissement et du sensationnalisme. « Un voile de cendres semble s’être répandu sur les esprits » ! A partir d’une trame inattendue et de nombreuses références économiques et politiques notamment , ce roman construit de façon ironique le récit d’un déclin programmé, celui de ses personnages et de la société toute entière... Houellebecq travaille à la façon d’un géologue. Il nous propose une vision de ce qui structure la réalité contemporaine mais à travers une fiction par une recherche continuelle de symboles. Le roman « Vies d’Andy » de Philippe Lafitte quant à lui, se développe selon le principe de l’uchronie, c’est à dire d’une réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Cet événement, c’est la mort d’Andy Warhol en 1987. Cet artiste était un spécialiste des mystifications aussi l’idée première de ce roman est qu’Andy Warhol n’est pas mort ! Ce roman propose avec talent une exploration de l’univers esthétique de l’artiste et une vision du monde à la fin de la Guerre froide.

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Bonus littéraire : deux romans en forme de consécration

« Naissance d’un pont » de Maylis de Kerangal

Publié aux éditions Verticales. Prix Médicis 2010

L’auteur du remarqué «Corniche Kennedy » nous livre ici un roman ambitieux d’une grande qualité littéraire utilisant une langue riche, précise et inventive. Récit d’un gigantesque chantier des années 2000, la construction d’un pont suspendu dans une ville imaginaire de Californie, ce roman est aussi le tableau ou la métaphore d’une époque marquée par la démesure, l’orgueil et la violence des rapports sociaux. Un grand roman qui n’est pas sans parenté avec l’œuvre de grands romanciers américains tels Steinbeck ou Dos Passos… Consécration d’un vrai talent d’écrivain couronné par le Médicis.

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« Ecrivains » d’Antoine Volodine

Publié aux éditions du Seuil

L’auteur en brossant une succession de portraits d’écrivains si éloignés de notre représentation commune en ce sens qu’il luttent tous contre le silence, la maladie ou l’oubli nous présente sa conception du littéraire. Ce roman qui se lit facilement est pourtant un texte ambitieux sur la condition littéraire doublée d’une réflexion profonde sur la littérature contemporaine.

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Florilège de romans étrangers

« Parole perdue » de Oya Baydar

Traduit du turc par Valérie-Aksoy et publié chez Phébus

Oya Baydar est née à Istanbul en 1940 et s’est exilée un temps en Allemagne. A travers la destinée d’un couple d’intellectuels de sa génération elle nous propose une vision incomparable de l’histoire de la Turquie, ce pays immense, riche de sa diversité et de ses contradictions. A la fois roman de formation, roman intime, roman social et roman politique aussi, ce texte est une restitution magnifique de la Turquie d’aujourd’hui. Une grande voix de la littérature !

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« Jésus et Tito : roman inventaire » de Velibor Colic

Publié aux éditions Gaïa

C'est un « roman inventaire » à la manière de Georges Perec. L’auteur, installé aujourd’hui en Bretagne, nous propose ici des séquences très rythmées pour évoquer son enfance et son adolescence en Bosnie. Ce sont des tranches de vie écrites à la façon de petites nouvelles sous le signe des trois divinités de l’ancienne Yougoslavie, Tito, Jésus et le foot ! Son style oscille entre humour et dérision, absurde et poésie. Ce livre foisonnant dresse l’inventaire politique et poétique de la Yougoslavie socialiste.

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« Renégat, roman du temps nerveux » de Reinhard Jirgl ,

Traduit de l’allemand par Martine Rémon et publié aux éditions Quidam dans la collection Made in Europe. Prix Georg-Büchner 2010

L’auteur des « Inachevés » publié en 2007 traite en permanence de la question allemande, de la séparation et de la réunification. Ce livre, servi par un remarquable travail de traduction est une succession de destins croisés que Jirgl relate d’une manière toute particulière avec une langue radicalement en rupture comme en écho à son projet de porter un regard radical sur la société allemande. La critique allemande le considère comme « un écorcheur de langue et de pensée ».

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« La maison Rajani » d’Alon Hilu

Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche et publié aux éditions du Seuil

Ce roman qui mêle l’Histoire et la fiction fait alterner deux voix, celle d’un sioniste et celle d’une jeune femme arabe. Roman de la fusion de cet homme et de cette femme rapprochés par leur attachement commun à cette terre de Palestine puis roman de leur séparation qui se transforme en opposition radicale face au poids de l’Histoire. Sur le mode du récit intime, nous sommes en face d’un grand roman qui se confronte aux réalités contemporaines.

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« Histoire secrète du Costaguana » de Juan Gabriel Vasquez

Traduit de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon et publié aux éditions du Seuil

En exil à Londres, un personnage raconte à Joseph Conrad, l’histoire de sa vie au Panama. Une histoire de deux pays d’Amérique du sud, la Colombie et le Panama, qui sont traversés par des conflits, et gangrénés par la corruption des politiciens et des militaires...

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« Paraguay » de Lily Tuck

Traduit de l’anglais par Oristelle Bonis et publié aux éditions Jacqueline Chambon

Au XIXème siècle à Paris , le fils du Président du Paraguay venu pour y faire ses études, fait la rencontre d’une belle courtisane irlandaise qui le suit à Asuncion, où elle devient sa maîtresse… Un roman truculent, une fable sur l’ivresse du pouvoir !

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Prix littéraires 2010

Comme chaque année, le Grand prix du roman de l'Académie Française 2010 ouvre la saison des prix littéraires.


Il est suivi des Prix Page des libraires, Femina, Médicis, puis du Prix Goncourt. Suivent le Prix Renaudot, le Prix Décembre et enfin le Prix Interallié.
  • Grand prix du roman de l’Académie Française : « Nagasaki » d’Eric Faye chez Stock
  • Prix Nobel de Littérature a été attribué à Mario Vargas Llosa (Pérou) pour l’ensemble de son œuvre.

Vous pouvez réserver tous ces titres sur le catalogue en ligne de la Médiathèque départementale.



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