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May Angeli

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  • 07-06-2011
  • Univers d'auteur

L’œuvre de May Angeli est mise en lumière dans une nouvelle exposition acquise par la Médiathèque Départementale. Découvrez à cette occasion, l’univers de cette artiste prolifique à travers sa technique picturale, ses sources d’inspiration et ses thèmes de prédilection.

Les techniques d'illustration au coeur de sa démarche créatrice

Une formation en arts appliqués

May Angeli

© Anna Angeli

Ancienne élève de l'Ecole Nationale Supérieure des arts appliqués, des métiers d'art à Paris et de l’Ecole Estienne, May Angeli illustre son premier album jeunesse, en 1961 ("Christine et François" de Madeleine Gilard), édité chez La Farandole. Elle participe donc dès ces années-là à l’aventure d’une maison d’édition militante et engagée dans le soutien à la création littéraire pour la jeunesse.

C'est à l'Académie d'arts graphiques d'Urbino en Italie qu'elle apprend la peinture sur bois et la création de marionnettes. Illustratrice de nombreux ouvrages pour enfants, elle mélange techniques et outils, joue avec la superposition des couches d'encre, et exploite tous les coloris, de l'aquarelle douce aux tons plus chatoyants des crayons de couleur en passant par les tons pastel de la craie grasse. Son expression est précise et énergique.

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Gravure 1

Une technique prédominante, la gravure sur bois

Lors d’un séjour en Tunisie, elle rencontre un graveur sur bois qui lui fait découvrir la gravure. De retour à Paris, elle étudie cette technique à l’ADAC puis travaille la gravure en couleurs à l’Université d’été d’Urbino en Italie. Depuis elle illustre essentiellement en gravures.

Pour graver, on reporte le dessin à l’envers sur la planche de bois. On creuse de part et d’autre des lignes et des surfaces du dessin ; ainsi, il apparaît en relief. Les surfaces ainsi obtenues sont enduites d’encre. On pose le papier sur la planche et on exerce une pression. L’image est ainsi reportée ou transférée de la planche sur la feuille de papier.

« Pour moi, graver, c’est un plaisir du geste. C’est aussi posséder la maîtrise d’un outil , savoir entailler le bois et arrêter son geste juste au bon endroit, enlever les morceaux inutiles pour ne garder que les bons, ceux qui serviront à l’impression, sentir son odeur, celle de l’encre, ne jamais savoir exactement ce que l’on va découvrir à l’impression, en retournant le papier …. J’ai toujours été émerveillée par la dextérité des artisans ( le potier qui monte sa pièce, le pêcheur qui ramasse ses filets ...) et par tout ce qui appartient à ces pratiques d’un travail manuel . Et dans la gravure, je retrouve l’excitation intellectuelle de la création, jumelée avec l’aisance que possède l’artisan dans la pratique de son métier. » May Angeli.

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Trois éclairages thématiques pour une oeuvre d'une grande richesse

Dis-moi

L'attachement familial

Une importante partie de l’œuvre de May Angeli repose sur l’évocation fine de l’attachement familial. Dans La nuit des dauphins et Dis-moi , l’attachement filial, père-fille ou mère-fils est décrit à travers le rapport à la mer, symbole d’immensité, à la fois toute puissante et protectrice, comme le parent pour l’enfant.

La petite fille de La nuit des dauphins est confrontée à son père changeant comme la mer, qui devient menaçante, jusqu’à l’apparition des dauphins, symboles de l’enfance, joueurs, confiants et porteurs de joie pour tous. La mer est rude et joyeuse à la fois, comme le rapport père-fille, et finalement, la mer rassemble et devient matière d’échanges, support, d’une relation filiale riche et intense. Les gravures de May Angeli s’adaptent alors aux sentiments et la nuit, bleu-noire concentre toutes les émotions.

Dis-moi est une très belle évocation à travers la relation mère-fils de l’arrivée des bateaux Phéniciens sur les côtes tunisiennes et de la naissance de Carthage. L’album démarre dès la deuxième de couverture avec l’arrivée de ce magnifique bateau blanc sur fond bleu infini de la mer, que l’on retrouvera à l’arrivée sur la troisième de couverture. Dès la page de titre, apparaît en noir et blanc le portrait de la maman, qui annonce la symbolique mère/mer présente tout au long du récit. L’enfant est sur un bateau de pêche avec elle et l’interpelle sur ses racines et la conquête phénicienne. La mère, rouspétant, finit par accepter le dialogue de son fils, qui interroge tous les possibles. Ainsi, la page de gauche accueille le bateau de pêche et ses occupant en noir et blanc alors que la page de droite présente la mer sous tous ses aspects utilisant toutes les teintes du bleu et du vert, au rythme des "si" de l’enfant : « Ecoute-moi, maman, si le vent du sud avait soufflé… ».

A l’instar de ses ancêtres, l’enfant réussit sa propre conquête, celle de ses racines et de sa mère.

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Chapeau perdu

Le rapport au corps

Feuilleter un album de May Angeli, c’est être assailli de sensations : les odeurs, l’appétit, les couleurs et la lumière, le toucher. Le corps et les sens sont au cœur des expériences vécues par les personnages.

La petite fille de Chapeau perdu se promène «au milieu des blés verts», respire «une odeur de terre tiède et d’herbe foulée», entend le bruit des insectes «en train de grignoter, de brouter, de mastiquer ou de croquer» et «les cris perçants» des martinets, est aveuglée par « la lumière des couchant » ; elle marche, court, avance à quatre pattes, s’allonge, se recroqueville, se redresse, court à nouveau, puis enfin se faufile.

Les orties décrites par la pintade de Carotte ou pissenlit commencent par piquer, puis sont hachées menu pour devenir délicieuses, les châtaignes de la truie «éclatent sous la dent», le parfum des églantines emplit l’air et fait rêver la chèvre.

Le véritable parcours du combattant vécu par la petite fourmi de Voisins de palmier la fait se cramponner, écouter, monter, grimper, contourner, virer. Puis le corps cède la place aux sens : elle hume, attaque les fruits qui deviennent bruits « Paf ! Paf ! Ploc ! Ploc ! pour que l’insecte puisse enfin, plaisir suprême, « s’empiffrer ».

Dans Mon jardin mon potager , la description des légumes récoltés devient une invitation sensuelle à la gourmandise : les carottes sont croquées, les haricots verts cuits, « fumants encore, arrosés d’huile d’olive » , quant aux tomates, on y plante ses dents, « la peau (…) éclate et le jus coule » , tout ceci répondant aux illustrations, proche de la fresque ou de l’ornement, dans une richesse des couleurs, qui trahit une délectation particulière de l’artiste pour la nature.

En écho au corps et aux sens, les éléments naturels sont centraux : c’est le vent qui fait s’envoler le chapeau perdu, ainsi que le temps qui construit le rythme de certains ouvrages : une journée ou une nuit pour Chapeau perdu , Voisins de palmier ou La nuit des dauphins , les saisons pour Mon jardin, mon potager .

La plume de l’écrivain se fait alors aussi précise que le ciseau à bois dont elle se sert pour ses gravures. Elle use d’images poétiques à la fois simples et puissantes qui prennent vie dans l’imaginaire du lecteur.

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Petit

L'altérité

May Angeli est aussi un auteur engagé, qui questionne le rapport à l’altérité, l’acceptation et le rejet de la différence et plus largement le respect de l’autre et la défense de la liberté.

Dans Drôle d’oiseau , le héros, seul oiseau multicolore au milieu de corbeaux, rit lors d’un défilé militaire. La force subversive de sa différence pousse les soldats à le battre puis à l’emprisonner. Mais il a semé des plumes de couleurs chez les autres oiseaux, qui lui redonnent assez d’espoir pour s’échapper… En aquarelles simples et colorées, May Angeli reproduit le regard de l’oiseau, qui commence par une fleur, pour se réduire à une porte de prison, et finir dans le ciel. La libération de l’oiseau par le symbole de la plume (également symbole de l’écriture) est laissée à libre interprétation : est-elle réelle, ou métaphorique ? Une histoire d’apparence simple, avec une économie de mots, qui ouvre la porte à la gravité et à la réflexion sur la résistance à l’oppression, l’aliénation des libertés et la solidarité.

Oiseau migrant est un album remarquablement construit aux aquarelles vives passant du vert au rouge, qui porte sur l’initiation d’un jeune prenant son envol. Face à l’aquarelle sur la page principale qui suit le héros, un plus petit carré présente l’autre, tel qu’il apparaît, à chaque étape du voyage. D’abord la colombe, symbole de paix et de liberté puis l’arbre, symbole d’unité et de sagesse, la vie en majesté. Puis vient « l’autre pareil » : un oiseau différent, qui le rejette avant de l’accueillir face au soleil levant.

On retrouve cette construction narrative dans Chat , avec l’idée d’un voyage initiatique ponctué de rencontres, qui se resserrent au milieu avec les panthères, symboles de son caractère félin, et s’ouvrent à la fin avec la rencontre amoureuse de « l’autre pareille » au féminin.

Dans son album Petit , un chien est rejeté par une meute. Jusqu’à sa rencontre avec … un chat, avec qui il noue une amitié étroite, par le jeu, la complicité, jusqu’à le ramener chez lui. Une véritable adoption antinomique et réciproque. La différence comme essence de la relation à l’autre.

Karen et Mel.

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