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Anne Herbauts

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  • 21-06-2011
  • Univers d'auteur
  • Par Contributeur Médiathèque

L’œuvre d’Anne Herbauts est mise en lumière dans une exposition réunissant des originaux issus de son album «De quelle couleur est le vent ?».

Anne Herbauts

L'entre-deux

Description de l'image

Anne Herbauts est l’auteur de « l’entre-deux », ce pays du rien où se déploie l’indicible, qu’elle sait qualifier autant par l’écriture que par l’image. La poésie des mots rejoint la délicatesse du graphisme pour exprimer l’acuité du regard qu’elle porte sur les petites choses du quotidien.
Toute l’humanité semble tenir dans ce fragile équilibre entre bonheur du temps présent et mélancolie de l’éphémère. La spiritualité est d’ailleurs au cœur du travail d’Anne Herbauts, qui utilise certains objets symboliques de manière récurrente. Ainsi, la chaise rouge, symbole d’assise méditative, l’eau avec l’arrosoir, la théière et la cafetière, symboles de circulation, de cycle et d’échanges entre nature et corps humain, cosmos et microcosme, ou encore l’arbre sacré qui relie terre et ciel, présent et passé.
En effet, l’histoire, et de manière plus prosaïque les traces laissées par l’homme, apparaissent souvent au fil des pages. Ici un tableau de la Renaissance, là des croisés, ailleurs des cartes ou des photos anciennes. Le passé toujours présent aide à interroger la vie et la mort, le temps qui passe, comme dans L’Heure vide ou Lundi. Le retour sur le corps est alors incontournable, tel une montagne, qui impose et protège. Tous les corps d’Anne Herbauts sont monolithiques, non-dévoilés ; ce sont des corps-maison qui enveloppent comme des murailles.
Des corps qui cachent ou laissent deviner les failles de l’individu, comme dans Sans début ni fin , face à soi-même dans la solitude et face à l’autre. Cette alliance du corps et de l’esprit émerge à travers la délicatesse d’une langue qui touche à l’existentiel. Chaque mot est choisi avec soin pour créer une langue poétique et polysémique.

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L’influence de la culture flamande et germanique

Herbauts Silencio

Anne Herbauts est non seulement maître dans l’art de l’écriture, mais elle est aussi une immense graphiste, dessinatrice dotée d’une grande culture qui émerge par touches délicates dans tous ses livres. Ses origines belges la prédestinent à être en résonance avec la culture flamande voire germanique que l’on décèle à travers les coiffes que portent ses personnages renvoyant aux femmes peintes par Vermeer ou aux Béguines (Mme Avril), à la dentelle de Bruges (Les Moindres petites choses), à l’univers des danses macabres ou aux vanités (les masques squelettes de Silencio , le duo de squelettes dans L’Idiot qui renvoie également aux peintures de James Ensor, de Jérôme Bosch (détail d’un tableau dans Les Moindres petites choses) ou de Dürer (Vue du Val d’Arco dans Les Moindres petites choses ou lorsqu’elle évoque le rocher citadelle dans Silencio).

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L’ornement pour dire le monde …

Herbauts Lundi

Les arts décoratifs sont également au cœur de son œuvre et ne sont pas à considérer de façon gratuite. Le motif et l’ornement, les papiers peints et les collages sont là pour démontrer que le décor, ce qui environne les personnages représente tout un monde qui permet l’accès à l’imaginaire, à la divagation (De temps en temps). Les peintres Nabis (Vuillard notamment) et ceux de l’Art Nouveau ne sont pas loin lorsqu’on prend plaisir à découvrir les motifs floraux des Moindres petites choses. Mais ce foisonnement laisse la place aux respirations : ainsi l’esthétique asiatique du vide et du plein permet d’entendre les silences (De Temps en temps).
Grande dessinatrice de bande dessinée, Anne Herbauts l’est par dessus tout : que ce soit dans Par-delà les nuages, Cardiogramme , ou dans L’Idiot, les planches au crayon de papier révèlent une justesse de traits et une sensibilité exceptionnelle : le petit animal malade de Cardiogramme est saisissant : il sort du cadre pour se faire une raison, accepter sa maladie, son cœur malade. La finesse d’une ligne suggère la fragilité de l’existence, le tremblé du trait évoque l’imperfection propre à l’humain.

Rien n’est gratuit : jusqu’au choix du papier…
Dans Lundi, le thème de la disparition qui est au cœur du récit est symbolisé par la matérialité qui peu à peu devient ténue : le grammage du papier est de plus en plus fin. Le livre que l’on feuillette, perd ainsi peu à peu de sa substance alors que la neige, le froid de la mort envahissent les dernières pages pour dire que Lundi a disparu... .

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Analyse d’albums

Les moindres petites choses

Herbauts Moindres petites choses

C’est l’histoire de Madame Avril, de son jardin et de sa vie. Qui est Madame Avril ? une femme qui vit seule, en compagnie d’un lapin domestique. C’est une femme fantaisiste, une artiste qui sait être dans la vacance si nécessaire à la création (en témoigne le cahier ouvert au pied de la chaise, les feuilles froissées, le crayon). Une femme qui est à l’écoute de ce qui l’environne : le microcosme et le macrocosme. Une femme qui regarde vraiment, se laisse imprégner par le paysage qui l’entoure, happer par le ciel (comme les personnages de tableaux de Kaspar David Friedrich). Assise sur une fine cotonnade étendue sur le sol, elle se laisse aller à ses rêveries en observant son linge étendu dans le vent.

C’est une parque ou une Pénélope qui tricote une interminable écharpe de laine dans l’attente de quelqu’un, dans le souvenir d’un ange qu’elle aurait connu autrefois, dans le souvenir des tourments (tableau de Jérôme Bosch) et des jours de paix (Vue du Val d’Arco de Dürer).
Quel âge a-t-elle ? elle n’a pas d’âge, elle incarne toutes les femmes : la jeune femme dans l’attente des promesses, la vieille femme (elle est représentée voutée dès la première page) ou la femme d’âge mur. Une femme libre, une béguine contemporaine qui partage sa vie entre la contemplation et les tâches domestiques qu’elle accomplie avec simplicité. Le jardin qui occupe sa vie, l’ouvre à l’indicible, révèle et exacerbe son monde intérieur.

Pour dire toute la richesse et la profondeur de Madame Avril (qui n’est pas Madame Hiver…), Anne Herbauts choisit de plonger le lecteur dans un univers esthétique qui révèle à chaque page un superbe triptyque. Tout d’abord, l’auteur commence par un poème qui donne le ton : « Madame Avril a un jardin, un coin d’herbe minuscule, un jardinet sans mesure (…) Et quand Madame Avril réfléchit, le jardin s’agrandit ». Ce sentiment d’ampleur est matérialisé par le format : une vaste page qui se déploie sur l’horizon de la page. D’abord la première double page offre un contraste entre le foisonnement chaleureux de la table de cuisine et le cadre de la fenêtre grise puis on est invité à déplier la page qui s’ouvre sur un triptyque en aplat de couleurs chaudes. A chaque page, le lecteur découvre la singularité et la beauté d’un tableau propice à la rêverie et à l’interprétation.
Cet «album monde» se clôt par l’image d’une fragile cabane au crépuscule qui renvoie à la fragilité de l’existence. La gravité du propos est atténuée par la quatrième de couverture qui donne à voir au final l’image d’un lapin dodu qui repose en boule au pied de cinq petites crottes. La comptine en écho renvoie au prosaïsme du quotidien. Cet album délivre une leçon de vie : vivre, ce peut être cultiver son monde intérieur, c’est comme cultiver son jardin et être attentifs «aux moindres petites choses» en vivant l’instant dans sa réalité profonde.
Nathalie.

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De temps en temps

Herbauts Temps en temps

Sur la couverture passe un éléphant de profil, œil fermé et costumé. Derrière lui, un nuage de pluie, devant lui, un nuage de neige. Il porte sur sa tête une bobine de fil rouge : le fil de la pensée, du temps, du souvenir, ou celui de la raison ? En tout cas le fil d’une narration étrange, d’un long monologue intérieur, celui d’un narrateur qui interroge ce temps de l’attente, de latence.
Dans cet album de l’intime, Anne Herbauts impose une autre temporalité, où «le minuscule remplissait un jour entier» et le détail d’un papier peint prend toute une page. C’est le temps des questionnements intérieurs, des ruminations, de «l’heure vide».
Des oiseaux passent en guise de personnages : coiffés d’un fichu bleu ou transportant sur un fleuve incertain un cœur encore battant, ils sont autant d’incarnations de la narration. On oscille entre le «tout fane» et le «tout est possible», ce climat étrange et tenu au fil de l’émotion. Tout en non-dit et en récit abstrait, c’est un ouvrage d’ambiance et d’émotions : l’attente, la fébrilité, puis l’oubli dans la double-page blanche.
Jusqu’au mot écrit : «arbre» et l’image de la forêt avec qui surgit à la fois une image douce, calme, rangée, l’enracinement, le temps plus long, mais aussi le tumulte, l’éparpillement, la débauche, l’écume. Des nuages ont parcouru l’ouvrage, pour qu’enfin une femme nue avec une cafetière sur la tête hurle dans un cri noir sa peur de la folie.
Collages de motifs de papier peint, sérigraphie, récupération de cartes anciennes, papier mat ou brillant, les images obsessionnelles de l’auteure se succèdent : une chaise, une cafetière, des maisons, quelques nuages. Oscillant entre douceur et violence, Anne Herbauts distille très subtilement un état intérieur plein de questionnements et de doutes, de vides et de trop-pleins, une richesse qu’elle livre avec une pudeur poétique.
Karen.

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L’Heure vide

Herbauts Heure vide

L’Heure Vide est une très belle métaphore de l’entre-deux, «espace de souvenirs» précieux pour Anne Herbauts.
L’album est extrêmement bien construit, tout semble y être pensé au millimètre. Dès les premières pages, l’auteur pose des objets symboliques qui annoncent l’histoire, éveillent la curiosité, nous portent déjà. Le dé à coudre et le livre évoquent le recueillement entre lecture et couture, thèmes chers à l’auteur, les fleurs et les oiseaux posent le décor entre nature et liberté, la couronne et la baguette annoncent le merveilleux et la toute puissance des rois.
L’auteur interroge : «connaissez-vous l’heure vide ?» et l’histoire commence avec un personnage étrange. Gris bleuté, l’Heure Vide marche sur des échasses comme pour ne pas laisser de trace ni faire de bruit. Il a deux attributs : un livre vide parce qu’illisible et un dé à coudre en guise de chapeau, dernières traces d’une activité de couture ou de lecture abandonnée faute de lumière.
Le jour et la nuit le rejettent et il vit caché la plupart du temps. Seul, il découvre un jour une princesse de l’Aube…. De ce jour, son carnet vide se remplit d’une rose blanche. Ils sont complémentaires, dans la douceur ; l’un apparaît toujours sur la page de droite, l’autre sur la page de gauche.
Tout est poésie. La délicatesse de l’aquarelle donne une fluidité aquatique au milieu dans lequel se glisse le personnage de l’Heure Vide entre bleus, gris et verts. A l’inverse, les couleurs chaudes jaunes orangées du jour et le noir de la nuit affirment des contrastes qui servent l’aspect guerrier du Roi Soleil couronné et de la Reine de la Nuit baguette en main.
Cette œuvre est une hymne à la fragilité du monde et à ce qu’elle recèle de richesse et de poésie.
Mélanie.

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